DIVERSES SORTES DE LIBERTÉ. LIBERTÉ MÉTAPHYS1QUB ET LIBERTÉ NATURELLE
II est une sorte de liberté qui consiste dans la con- . formitéà un ordre général dont la morale fait partie.
La liberté, dans celte conception, n’est point un fait primitif, c’est un fait dérivé ; elle ne représente point une faculté active, mais un moyen passif, l’absence d’obstacles à la réalisation de l’ordre. Elle ne fonde pas la morale, c’est au contraire, la morale qui la détermine.
Les métaphysiciens et les naturalistes admettent également cette conception de la liberté, seulement ils diffèrent par la nature de l’ordre auquel il la rattache.
Pour les premiers, cet ordre est rationnel ou divin ; pour les seconds, il est physique, mais dans l’un et l’autre cas, il ravit à l’individualité humaine le principe de la morale pour le ramener soit à des entités abstraites, soit à des forces générales.
o2 * LA MORALE INDÉPENDANTE
La métaphysique, absorbant le inonde visible dans le monde invisible, place l’origine de la morale dans la raison divine, absolue, immuable, dont la raison humaine est le reflet.
La raison humaine existe par participation à la raison divine.
Lien mystérieux qui rattache l'homme à Dieu et la terre au ciel, la raison humaine possède les concepts des idées premières qui subsistent dans la raison divine comme d’éternelles réalités. Elfe possède entre autres le concept de l’idée de justice, source de la morale, et c’est par la contemplation de cette idée qu'elle arrivera à la science.
La raison, selon cette théorie, n’est donc ni le pouvoir d’analyser, ni la faculté de concevoir, c’est une vue intérieure qui nous met en communication avec l’universel et nous fait saisir la vérité à sa source mystique. La science n’est point une conquête de l’homme, c’est une propriété de Dieu ; la sagesse n’est point un fruit de l’expérience ou de la réflexion, c’est une céleste lumière ; la vertu n’est point un effort de la volonté, c’est un culte, et le dernier mot de toute métaphysique conséquente à elle-même, c’est une religion.
Aussi le système de métaphysique le plus complet
que nous connaissions est celui qui, poussant les principes à leurs dernières conséquences, reconnaît aux idées premières une expression déterminée dans la vie et une manifestation visible : c’est le catholicisme.
L’Église catholique est une institution d’en haut qui reproduit sur la terre tous les linéaments du ciel. Elle enveloppe la vie humaine de la naissance à la tombe, et la constitue par anticipation dans l’éternité; elle nousdonne un guide pour chaque voie, un appui pour chaque défaillance, une explication pour chaque obscurité, une solution pour chaque doute, et elle nous donne avec la vérité les moyens de l’accomplir, la grâce ou la force de Dieu.
Le catholicisme ramène la liberté à l’assentiment donné par l’homme au gouvernement de Dieu, représenté par l’Église. Son idéal c’est le cloître, et s’il consent, en dehors du cloître, à hiérarchiser la vie humaine dans un cadre plus large et dans des rapports plus variés que ceux du monachisme, c’est qu’il est des nécessités de la nature avec lesquelles il faut transiger. Mais la perfection individuelle n’en reste pas moins l’asservissement de l’individu. La société modèle, c’est l’édifice de foi où tous les hommes se servent et s’appuient sous un chef unique,