‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objet (volume 2)Chapitre 8 sur 73 · DISTINCTION DES PHÉNOMÈNES MORAUX ET DES PHÉNO- MÈNES INSTINCTIFS · texte numérisé non relu

DISTINCTION DES PHÉNOMÈNES MORAUX ET DES PHÉNO- MÈNES INSTINCTIFS

La cause morale étant donnée, le caractère distinctif des phénomènes qui en découlent , c’est la responsabilité.

Tout acte dont le mérite ou le démérite peut être imputé à celui qui l'accomplit, est un acte moral. La partie de nous-même purement passive et instinctive, celle qui ne se rattache pas à notre activité volontaire, reste en dehors de la morale.

Ainsi, nous ne sommes responsables ni de la nature et de l’énergie de nos passions, ni delà mesure de nos facultés ; nous sommes seulement responsables „ de l’action que nous exerçons sur les unes et les autres.

Nos dispositions naturelles ne sont donc ni morales ni immorales en elles-mêmes, elles sont plus ou moins favorables ou contraires à la morale, et peuvent lui servir ainsi ou d’appui ou d’obstacle.

Les affections de famille, par exemple, les amitiés, les dispositions à' la bienveillance et à la sociabilité, sont des appuis pour la vertu, tandis que l’âpreté des instincts égoïstes, le caractère envahissant des passions personnelles, peuvent lui faire obstacle. Mais néanmoins la règle du bien et du mal ne se trouve ni dans les tendances affectueuses, ni dans les tendances égoïstes.

Les premières, si elles n’ont d’autre règle qu’ellesmêmes, peuvent nous entraîner à toutes sortes de fautes et d’excès, tandis que les secondes, sous l’empire d’une règle, peuvent se transformer en activité bienfaisante.

La grandeur morale ne se mesure donc, en aucun cas, à la qualité de nos inclinations naturelles, mais à la lutte intérieure de la conscience, aux victoires que nous pouvons librement remporter, et aux forces que nous pouvons librement acquérir.

Certains êtres doués de natures souples et faciles et d’individualités peu accentuées sont très-accessibles à la discipline extérieure de l’éducation et du monde. Si nous les supposons d’ailleurs entourés de circonstances heureuses, ils traverseront la vie aisément et dans une grande conformité à la loi du devoir. Pourtant, la valeur morale chez eux est faible, parce que

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