PROGRÈS DR LA MORALE DANS L’HISTOIRE
morale au dogme. Il n’y avait même pas de dogme dans le paganisme à proprement parler ; il y avait des légendes mêlées & l’histoire du pays et qui en constituaient la tradition. Le culte était tout national, et les dieux avaient pour mission de protéger le peuple contre les barbares, non pas de lui donner des exemples de vertu; il suffit, pour s'en convaincre, de comparer les mœurs de l’Olympe à celles qui étaient en honneur dans toutes les cités. Ne parlons donc pas de la morale païenne, c'est une pure fiction enfantée pour les besoins de la cause théologique. La morale chez les anciens commence par être traditionnelle et populaire; elle se développe d’une façon purement empirique au fur et à mesure du travail des générations successives, et plus tard elle devient philosophique, mais jamais religieuse. Ses premières formules se trouvent éparses dans les vieux poêles, qui leur donnent une couleur épique et un caractère sacré. Hésiode et Homère, tout en nous racontant les beaux jours de l’Hellénie, les gloires de cette terre privilégiée où les mortels et les dieux vivent dans une intimité si peu solennelle, mêlent à leurs chants héroïques des règles de conduite, des conseils, des instructions familières; et les sages les plus fameux depuis Thalès de Milet jusqu’à Solon d’Athènes, à
Pittacus, à Cléobule, à Pitilon, etc., joignent tour à tour leurs maximes et leur enseignement aux maximes et à l’enseignement des poètes.
Ainsi se forme peu à peu un code populaire qui se transmet fidèlement d’une génération à l'autre et dont chaque siècle accroît l'autorité. Ce code, il est vrai, n’a rien d’une théorie ordonnée et grandiose ; il est plein d'idées confuses et même contradictoires, pourtant il est un code ; on l’invoque dans toutes les grandes péripéties de la vie nationale, dans toutes les luttes et les hésitations de la vie individuelle. Il représente la foi des pères, il reste le guide vénéré des enfants.
Or, cette morale élémentaire et purement empirique qui a gouverné toute la première période de la Grèce, ressemble sur tous les points à celle que nos peuples professent encore dans leurs proverbes, pratiquent dans leurs rapports journaliers, et nous sommes surpris de voir à quel point la sagesse des nations est partout et en tout temps identique. Sans doute, on ne trouve point, dans ces premiers essais, les hauteurs où s’élèvera plus tard l’école socratique; on n’y trouve pas l’austérité et le pur désintéressement des stoïciens ; la prudence cauteleuse y joue un grand rôle, et l’intérêt bien entendu n’y est point