PROGRÈS DB LA MORALE DANS L’BISTOIRE
étranger ; mais, en dépit de ce mélange et au milieu des obscurités inhérentes à ses premières manifestations, la morale n’y marque pas moins, à chaque génération nouvelle, ses lents développements. Les vérités qui lui sont propres, saisies par la conscience et formulées par la raison, demeurent acquises à l’homme, et nous les retrouvons intactes après des siècles.
Les progrès en morale s’opèrent donc par juxta- , position des vérités, non par révolution des théories, et nous allons voir, en poursuivant celte élude dans une époque plus avancée de l’histoire, que s’il est telle scène d’Homère qui a conservé toute sa fraîcheur et sa grâce parce qu’elle représente le côté immortel de nos sentiments, il est telle pensée d’Aristote dont la vérité et la grandeur n’ont jamais été et ne seront jamais dépassées par les modernes.
Est-il rien qui ait vieilli, en effet, dans la Morale d’Aristote, dans cette étude si sagace et si ingénieuse de nos passions, de nos vertus et de nos vices ? Et en lisant ces pages incomparables, ne les croyonsnous pas écrites d’hier, tant l’enseignement y est vivant et le modèle parfait ?
Lorsque Aristote, reprenant cette idée du souverain bien , qui était de son temps la forme populaire
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de la morale philosophique, la ramène à une activité en conformité avec la vertu, ne nous donne-t-il point une formule que nous pouvons répéter encore après plus de vingt siècles? Les religions et les philosophies qui lui ont succédé ont-elles transformé son point de vue ; ont-elles mieux pensé, ont-elles mieux dit?
Bien avant que les sciences de la nature aient déterminé leur principe et leur domaine de cette façon méthodique qui les caractérise aujourd’hui, Aristote conçoit comme nous, par la réflexion intérieure, que l’homme ne doit point chercher en elles sa règle et son objet. Le déterminisme lui apparaît déjà comme le principe absolu des phénomènes extérieurs auquels seule l’humanité échappe. L’homme diffère du monde, non-seulement en ce qu’il peut modifier le monde qui ne se modifie pas, mais en ce qu’il peut se modifier lui-même et acquérir par Yhabitude (1) des pouvoirs nouveaux. Ainsi, l’indépendance dë la morale est d’ores et déjà fondée sur la séparation des deux domaines et sur le fait intime et irrécusable de notre liberté.
(1) Le mot habitude, dans la morale d’Aristote, est presque toujours pris dans le sens de la nature morale acquise par la rolonté;