‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objetChapitre 15 sur 42 · PROGRÈS DK LA MORALE DANS L’HISTOIRE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DK LA MORALE DANS L’HISTOIRE

ment de la cité et de la nation, et si nous faisons abstraction des mœurs de l’Olympe, nous verrons que tout ce qui était alors grand et saint dans les liens qu’elle consacre l’est encore de nos jours.

La fidélité conjugale, par exemple, n’a-t-elle point été comprise par les anciens ? la dignité de l’époux, et, sous certains aspects, celle de l’épouse et * de la mère? Cette matrone romaine qui, la première levée dans la maison, distribue le travail aux esclaves, les surveille dans leur conduite, les soigne dans leur maladie, les gouverne enfin de la voix et de l’exemple en vue de la prospérité de la maison ; cette mère qui élève ses fils dans la tradition nationale la plus sévère et la plus pure, le culte des dieux et de la patrie, qui les prépare elle-même pour la vie civique et la vie des camps, et leur enseigne à sacrifier leurs biens, leur bonheur et leur vie pour la terre qui les nourrit et la cité qui les protège, ne nous reste-t-elle pas, dans sa simplicité et sa grandeur austère, comme un modèle toujours jeune et toujours vivant ? N’honore-t-elle pas encore son rôle ?

Sans doute, ce rôle ne saurait satisfaire un temps qui a compris la destruction de tous les esclavages. Celte femme douée à un si haut point du sentiment de sa noblesse et de la conscience de sa responsabi-

lilé, la loi l’asservit à un maître; elle peut être chassée, elle peut être vendue, elle peut être mise à mort selon l'arbitraire de son époux, et sa vertu même la glorifie bien moins comme une fin souveraine que comme un instrument utile. Aussi la conception d’une morale plus haute devra-t-elle transformer son rôle. L’égalité se joignant à la dignité sans la détruire, en étendra les applications, et la souveraineté individuelle ne se limitant plus à une classe de maîtres, à un groupe choisi d’élus, devenant le partage de tous les hommes, forme le fondement d’un nouveau code de droits et de devoirs qui ne connaît pas plus l’acception des sexes que l’acception des rangs. Les fonctions pourront rester diverses, mais i {responsabilité de chacun envers soi constituera la seule souveraineté que nous puissions encore reconnaître : celle de la conscience.

Ainsi, tout en gardant les vertus de la famille antique, l’austérité des mœurs, le travail et l’union, les progrès de la morale en modifient les rapports et en élèvent l’idée.

La famille n’est pas seulement aujourd’hui pour nous une association des corps en vue de la transmission intacte d’un sang pur et d’une race choisie,

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