I.A MORALE INDEPENDANTE
au profit do l’ordre plus élevé, plus noble, plus parfait qu’elle veut établir.
Ici, elle empoisonne les victoires de la tyrannie par l’inquiétude et la crainte ; elle trouble les despotes sur leur trône, elle enlève au pouvoir absolu sa quiétude et sa sérénité. Là, elle fortifie le juste contre l’oppression inique et contre les rigueurs de la destinée, elle lui otfvre dans les secrètes satisfactions du devoir accompli une spbère de grandeur morale qui l’élève au-dessus de toutes les vicissitudes. Là elle pénètre dons la famille, elle en modifie les rapports d’inégalité, et quand elle s’approche du gouvernement, nous la voyons, dans les actes publics, rétablir au profit de l'équité la balance inégale que «soutient la force. Ainsi, rapprochant les distances factices, comblant les inégalités conventionnelles, adoucissant partout la violence et réparant l’injustice, elle arrivera lentement à transformer les lois en transformant les mœurs.
C’est pourquoi, si l’on peut dire que l'état social, greffé sur l’état de nature, est un second esclavage ajouté au premier, on peut dire aussi que, considéré en lui-même, il est un acheminement à la liberté; car au milieu des débats qui le remplissent, de la complexité de bien et de mal qu’il mnnifestp, il re-
l.E CONTRAT SOCIAL.
présente un travail de la raison, un effort de la conscience que l’état de nature ne connaît pas.
Dans l’état social, l'humanité s’est réveillée de son. premier sommeil, la lutte morale a commencé, et si d’une part la violence victorieuse appelle pour se justifier l’hypocrisie des faux raisonnements et détermine une série d’institutions correspondantes qui accroissent le mal, de l’autre, cette même violence vaincue cède quelque terrain à la liberté, et permet d’organiser les premières garanties de la justice.
C’est à la suite d’un long travail de la civilisation sur elle-même que la liberté morale mûrit dans la conscience, et que la raison arrive à la dégager théoriquement et à la poser comme le fondement d’une science.
Mais, pour parvenir à celle grande rénovation, il faut que la critique ait fait son œuvre.
La critique, avons-nous dit, est la méthode du doute et de la recherche ; elle doit tout détruire pour tout renouveler.
Quand la critique a fait table rase de toutes les théories; quand la métaphysique, la religion, les opinions acquises, les préjugés empiriques, la tradition, la foi, les fausses connaissances, quand tout a disparu sous sa faux, dans ce grand naufrage,