‹ La morale merveilleuseChapitre 11 sur 27 · KT L OISEAU QUI DIT TOUT · texte numérisé non relu

KT L OISEAU QUI DIT TOUT

plus (le joie, car il faut avouer que j'ai pour vous une inclination qui m'intéresse à tous vos avanta^^es. Cependant, continua-t-elle , je ne peux m'empêcher de vous donner un nouvel avis.

— Ah ! j^ardez vos avis, s'écria la princesse en s' éloignant d'elle; quelques biens qu'ils m'apportent, ils ne sauraient me payer de l'inquiétude qu'ils m'ont causée.

— L'inquiétude n'est pas un si grand mal, repartit-elle en souriant, il en est de douces et de tendres.

— Taisez-vous, ajouta Belle-Étoile, je tremhle quand j'y pense.

— Il est vrai, dit la vieille, que vous êtes fort à plaindre d'être la plus belle et la plus spirituelle fille de l'univers; je vous en fais mes excuses.

— Encore une fois, répliqua la princesse, je sais suffisamment l'état où l'absence de mon frère m'a réduite.

— Il faut malgré cela que je vous dise, continua Feintise, qu il vous manque encore le petit oiseau vert qui dit tout. Vous seriez informée par lui de votre naissance, des bons et des mauvais succès de la vie; il n'y a rien de particulier qu'il ne puisse vous découvrir, et lorsqu'on dira dans le monde : Belle-Étoile a l'eau qui danse, la pomme qui chante, on dira en même temps : Elle n'a pas le petit oiseau vert qui dit tout, et il vaudrait presque autanl qu'elle n'eût rien.

Après avoir débité ainsi ce qu'elle avait dans l'esprit, elle se retira. La princesse, triste et rêveuse, commença à soupirer amèrement.

128 l'eau qui danse, la pomme qui chante

— Cette femme a raison, disait-elle : à quoi me servent les avantages que je reçois de l'eau et de la pomme, puisque j'ignore d'où je suis, quels sont mes parents, et par quelle fatalité mes frères et moi avons été exposés à la fureur des ondes. 11 faut qu'il y ait quelque chose de bien extraordinaire dans notre naissance pour nous abandonner ainsi, et une protection bien évidente du ciel pour nous avoir sauvés de tant de périls. Quel plaisir n'aurais-je point de connaître mon père et ma mère, de les chérir, s'ils sont encore vivants, et d'honorer leur mémoire, s'ils sont morts !

Là-dessus les larmes vinrent en abondance couvrir ses joues, semblables aux gouttes de la rosée qui paraît le matin sur les lys et les roses.

Sur ces entrefaites, Chéri se présenta à sa vue. Dès que la princesse l'aperçut, elle entra dans une allée sombre, afin qu'il ne vît pas la douleur qui était peinte sur son visage. Cependant le prince l'aborda, et il eut à peine jeté les yeux sur elle, qu'il connut qu'elle avait quelque peine. 11 s'en inquiète, il la prie, il la presse de lui en apprendre le sujet; elle s'en défend avec opiniâtreté. Enfin, il tourne la pointe d'une de ses flèches contre son cœur.

— Vous ne m'aimez point, Belle-Étoile, lui dit-il: je n'ai donc plus qu'à mourir.

La manière dont il lui parla la jeta dans la dernière alarme; elle n'eut plus la force de lui taire son secret; mais elle ne le lui dit qu'à condition qu'il ne chercherait point les moyens de satisfaire le désir qu'elle avait; il le

f<:t i/oiseau qli dit tout. I'2*>

lui proinil et ne marqua point qu'il voulût entreprendre ce dernier voyage.

Néanmoins, aussitôt qu'elle se tut retirée dans sa chambre, et les princes dans les leurs, il tira son cheval de l'écurie, monta dessus et partit ^

sans parler à personne. Dès qu'on sut son départ, la l)clle famille fut dans une étrange consternation.

Le roi, qui ne [)0uvait les oublier, les envoya prier de venir .~J dîner avec lui; ils répondirent

que leur frère venait de s'absen- ^7 ter, qu'ils ne pouvaient avoir de joie ni de repos sans lui, et qu'à son retour ils ne manqueraient pas d'aller an palais.

La princesse était inconsolable; l'eau qui danse et la pomme qui chante n'avaient plus de charmes pour elle : sans Chéri, rien ne lui était agréable.

Le prince s'en alla, errant par le monde. Il demandait à ceux qu'il rencontrait où il pourrait trouver le petit oiseau vert qui dit tout. La plupart l'ignoraient; mais il rencontra un vénérable vieillard, qui, l'avant fait entrer dans sa maison, voulut bien prendre la peine de regarder sur un globe qui faisait une partie de son étude et de son divertissement. 11 lui dit ensuite que cet oiseau était ilans un climat glacé, sur la j)ointe diiii rocher affreux, et il lui enseigna la route qu'il devail U>ini'.

130 l'eau qui danse, la pomme qui chante

Le prince, par reconnaissance, Ini donna un petit sac de grosses perles qui étaient tombées de ses cheveux , et prenant conoé de lui, il continua son voyage.

Enfin, au lever de l'aurore, il aperçut un rocher fort escarpé, et sur le sommet 1 oiseau qui parlait comme un oracle, disant des choses admirables. Il comprit qu'avec un peu d'adresse il était aisé de l'attraper, car il ne paraissait point farouche. Il descendit donc de cheval, et ayant gravi le rocher avec précaution, il se voyait si proche de l'oiseau vert qu'il crovait le prendre, lorsque le rocher, s'ouvrant tout d'un coup, il tomba dans une spacieuse salle, où il demeura aussi immobile qu'une statue, ne pouvant ni remuer, ni se plaindre de sa déplorable aventure. Trois cents chevaliers, qui l'avaient tentée comme lui, étaient dans le même état : ils s'entreregardaient, c'était la seule chose qui leur fût permise.

Le temps semblait si long à Belle-Étoile, que, ne voyant point venir Chéri, elle tomba dangereusement malade. Les médecins connurent bien qu'elle était dévorée par une profonde mélancolie. Ses frères qui l'aimaient tendrement lui parlèrent de la cause de son mal : elle leur avoua qu'elle se reprochait nuit et jour l'éloignement de Chéri; qu'elle sentait bien qu'elle mourrait, si elle n'apprenait pas de ses nouvelles. Us furent louches de ses larmes, et, pour la guérir, Petit-Soleil résolut d'aller chercher son frère.

Quand il sut en ([uel lieu élail le fjuneux oiseau, il \ alla; il h» vil et s'en aj)procha avec h»s mêmes espé-

I«:T L (MSKAl 01 I IMT KM T,

rjiMccs ([lie son IVcrc ; mais dans ce nioiiiciil h; roclirr rni^loiilit. Il toiiiha dans la iiiaïuk; salle, cl la prcmiciT (-'iiose (jui arrêta ses rei:,ai'ds, ee IntCdiéri; mais il ne pnl lui ])arler.

Belle-Étoile était un [)eu convalescente; elle espérail à chaque moment voir revenir ses deux frères ; mais ses (espérances étant déçues, son aHliction prit de nouvelles forces :

elle ne cessait ni jour ni nuit de se plaindre. Elle s'accusait du désastre de ses frères , et le prince Heureux , n'avant pas moins pitié d'elle (pie d in(juiétude i)our les princes, prit à || son tour la résolution (l(; les l^v^:?''^^^ aller clierclier.

II le dit à Belle-Etoile ([ni voulut d'ahord s'y opposer; mais il ré[)li([ua ([u'il pouNait hien s'exposer un peu ])our retrou\er les p(?i'sonnes du monde (pii lui étaient le plus chères. Là-dessus il partit après aNoir fait de tendies a«lieu\ à la princesse (jui resta seule en proie à la |>lns \ive douleur.

Quand Feintise sut (|ue le troisième prince était en chemin, elle se iTJonit iidlniment. Elle en avertit la reinemère, et lui promit plus l'ortement que jamais de [)er(lre toute cette iid'ortunée famille.

En elTet, Heureux eut iiii(> ;i\enture semhlahh* ;i celK's

132 l'eau qui danse, la pomme qui chante.

de Chéri et de Petit-Soleil : il trouva le rocher, il vit le bel oiseau, et il tomba comme une statue dans la salle, où il reconnut les princes qu'il cherchait, sans pouvoir leur parler. Ils étaient tous rangés dans des niches de cristal ; ils ne dormaient jamais, ne mangeaient point, et restaient cloués là d'une manière bien triste, car ils avaient seulement la liberté de rêver et de déplorer leur aventure.

ELLE-ÉToiLE , iiicoiisolahle , ne voyant revenir aucun de ses frères, se reproclia cl'a- \oir tardé si longtemps à les suivre. Sans hésiter davantage, L'Ile donna ordre à tous ses i^ens de l'attendre six mois , ajoutant que si ses frères ou elle ne revenaient pas dans ce temps, ils allassent apprendre leur mort au Corsaire et à sa femme, ensuite elle prit un habit d'homme, trouvant qu'il y avait moins à risquer pour elle ainsi travestie dans son \oyage, que si elle était allée en aventurièixî courir le monde. Feintise la vit partir sur son beau cheval ; elle se trouva

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alors comblée de joie, et courut au palais régaler la reine mère de cette bonne nouvelle.

La princesse s'était armée seulement d'un casque, dont elle ne levait presque jamais la visière, car sa beauté était si délicate et si parfaite qu'on n'aurait jamais cru, comme elle le voulait, qu'elle fût un cavalier.

La rigueur de l'hiver se faisait sentir, et le pays où était le petit oiseau qui dit tout, ne recevait en aucune saison les heureuses influences du soleil.

Belle-Etoile avait un grand froid ; mais rien ne pouvait la rebuter, lorsqu'elle vit étendue par terre une tourterelle qui n'était guère moins blanche ni moins froide que la neige. Malgré toute son impatience d'arriver au rocher, elle ne voulut pas la laisser mourir, et descendanl de cheval, elle la prit entre ses mains, la réchauffa de son haleine, puis la mit dans son sein. La pauvre petite ne remuait plus. Belle-Etoile lui dit :

— Que ferai-je, bien aimable tourterelle, pour te sauver la vie?

— Belle-Étoile, répondit celle-ci, un doux baiser de votre bouche peut achever ce que vous avez si charitablement commencé.

— Non pas un, dit la })rincesse, mais cent, s'il les faut.

Elle la baisa, et la tourterelle reprenant courage, lui dil gaiement ;

— Je vous ai reconnue, malgré votre déguisement : sachez que nous entreprenez une chose cpii vous serait im-

KT l/oiSEAL Ql I DIT TOIT. DU")

possible sans mon secours; faites donc ce que je vais vous conseiller. Dès que vous serez arrivée au rocher, ;iu lieu (!«* chercher le moyen d'y mouler, arrêtez-vous auprès, et commencez la i)lus belle et la {)lus mélodieuse chanson que vous sachiez. L'oiseau vert qui dit tout \ous écoutera, et remarqueia d'où vi(;nt la vui\ ; ensuite vous feindrez de vous endormir; je resterai auj)rès de vous; (piand il me verra, il descendra de la pointe du rocher pour me becqueter : c'est dans ce moment que vous pourrez le prendre.

La princesse, ravie de cet expédient, arriva presque aussitôt an rocher; elle reconnut les chevaux de ses frères qui broutaient l'herbe : cette vue renouvela toutes ses douleurs ; elle s'assit et pleura amèrement. Mais h^ petit oiseau vert disait des choses si consolantes pour les mallnnireux, {[u il n'y avait point de cœur altligé qu'il ne réjouît. LUe essuya donc ses larmes, et se mit à chanter si haut et si bien, que les princes, du fond de leur salle enchantée, eurent le plaisir de l'entendre.

Ce fut le premier moment où ils sentirent quelque espérance. Le petit oiseau vert qui dit tout écoutait et regardait d'où venait cette voix; il aperçut la ])rincesse, qui avait oté son casque comme pour dormir plus commodément, et la tourterelle qui voltigeait autour d'elle. \ cette vue, il descendit doucement, et vint beeipieler celle-ci ; mais il ne lui avait pas arraché trois plumes, (]u'il él;iil déjà pris.

— Ah! que me voulez-vous, dit-il.' (^)ue vous ai-je l'ail poui' venir de si loin me lUMulre si malheureux.*

I3G l'eau qui danse, la pomme qui chante

Accordez-moi ma liberté, je vous en conjure; dites ce que vous souhaitez en échange, il n'y a rien que je ne

fasse.

— Je désire, lui dit Belle-Étoile, que tu me rendes mes

trois frères ; je ne sais où ils sont, mais leurs chevaux qui paissent près de ce rocher, me font connaître que tu les retiens en quelque lieu.

— J'ai sous l'aile gauche une plume rouge; arrachez-la, lui dit-il, et servez-vous-en pour toucher le rocher.

La princesse fut diligente à faire ce qu'il lui avait commandé; en même temps elle vit des éclairs, et entendit un bruit de tonnerre horrible, qui lui fit une frayeur extrême. Malgré cela, elle tint toujours l'oiseau vert, dans la crainte qu'il ne lui échappât ; elle toucha encore le rocher avec la plume, et alors il se fendit depuis le sommet jusqu'au pied. Elle entra d'un air victorieux dans la salle où les trois princes étaient avec beaucoup d'autres, et courut vers Chéri. Celui-ci ne la reconnaissait point avec son habit et son casque, et puis l'enchantement n'était pas encore fini, de sorte qu'il ne pouvait ni parler, ni agir. La princesse qui s'en aperçut, lit de nouvelles questions à l'oiseau vert, auxquelles il répondit qu'il fallait avec la plume frotter les yeux et la bouche de tous ceux qu'elle voudrait désenchanter : elle rendit ce bon office à plusieurs rois, à plusieurs souverains, mais d'abord à nos trois princes.

Touchés d un .^i grand bienfait, ils se jotèronl tous à ses

KT L OISRAU Ql'l DIT TOIT. \ .t i

i^eiioux, la iioinmanl le lihéraltMir des rois. Klle s ajv'iriil alors que ses frères, lroin[)és par ses habits, ne l.i icconnaissaient point; elle ota })rompteinent son rascjne, leur tendit les bras, les embrassa cent l'ois, et demanda aux autres princes avec beaucoup de civilité, rpii ils étaient. Chacun lui dit son aventure [)articulière, et ils s'ofl'rirenf à l'accompaj^ner partout où elle voudrait allei'.

Elle répondit qu'encore que les lois de la chevalerie pussent lui donner quelque droit sur la liberté qu'elle venait de lenr rendre, elle ne prétendait point s'en prévaloir. Là-dessus elle se retira avec les princes, pressée d'apprendre ce qui leur était arrivé depuis leur séparation.

Le petit oiseau vert qui dit tout les interrompit pour prier Belle-Étoile de lui accorder sa liberté. Elle chercha aussitôt la tourterelle, afm de lui demander avis; mais elle ne la trouva plus. Elle répondit à Toiseau qu'il lui avait coûté trop de peines et d'inquiétudes pour jonii" si peu de sa conquête.

Ils montèrent tous quatre à cheval, et laissèrent les empereurs et les rois à pied, car depuis deux ou trois cents ans qu'ils étaient là, leurs équipages avaient péri.

La reine-mère, débarrassée de toute l'inquiétude que lui avait causée le retour des quatre beaux enfants, renouvela ses instances auprès du roi pour le faire remarier, et l'importuna si fort qu'elle lui fil choisir une priiu*ess(Mle ses parentes. Et comme il fallait casser le mariaiic de la pauvre reine Blondine, qui était toujours dem^^urée auprès

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de sa mère avec les trois chiens (qu'elle avait noiTimés ChaOTn, Mouron et Douleur, à cause de tous les ennuis qu'ils lui avaient causés), la reine-mère l'envoya quérir. Blondine monta en carrosse avec les doguins, et revint à la cour, vêtue de noir et couverte d'un long voile qui tombait jusqu'à ses pieds.

En cet état, elle parut plus belle que Tastre du jour, quoiqu'elle fût pâle et maigre, car elle ne dormait plus et ne mangeait presque point. Tout le monde en avait grande pitié. Le roi en fut si attendri, qu il n'osait jeter les yeux sur elle ; mais à la seule pensée qu'il courait risque de n'avoir point d'autres héritiers que des doguins, il consentait à tout.

Le jour étant pris pour le nouveau mariage, la reinemère, priée par l'amirale Rousse (qui haïssait toujours son infortunée sœur), dit qu'elle voulait que la reine Blondine parût à la fête. Tout était préparé pour la faire grande et somptueuse; et comme le roi n'était pas fâché que les étrangers vissent sa magnificence, il ordonna à son premier écuyer d'aller chez les beaux enfants pour les convier à la noce.

Le premier écuyer les alla chercher, et ne les trouva point; mais sachant le plaisir que le roi aurait de les voir, il laissa un de ses gentilshommes pour les attendre, afin de les amener dès leur retour.

Cet heureux jour venu, Belle-Étoile et les trois princes arrivèrent.

Le gentilhomme \v\\ï a|)pril l histoire dn ro\. Il leur

KT L OISEAU ytl un TULT. \'.\\)

raconta ([iril avait autrefois épousé une pauvre lille, [)arlaitenient i)elle et sa«^e, (pii avait eu le malheur de donner naissance à trois chiens; qu'il l'avait chassée pour ne j)lus la voir; que cependant il l'aimait tant, qu'il avait passé quinze ans sans vouhjir écouter aucune proposition de mariage; mais (jue la reine-mère et ses sujets l'ayant fortement pressé, il s'était résolu à épouser une princesse de la cour, et qu'il fallait promptement y venir pour assister à cette cérémonie magnifique.

Kn même temps, Belle-Étoile prit une rohe de velours couleur de rose, toute garnie de diamants; elle laissa tomber ses cheveux par grosses boucles sur ses épaules; l'étoile qu'elle avait sur le front jetait une vive lumière, et la chaîne d'or qui tournait autour de son cou, sans qu'on la pût ôter, semblait être d'un métal plus précieux que 1 or même. Eniin, jamais rien de si beau ne parut aux yeux des mortels.

Ses frères n'étaient pas moins bien. Us montèrent tous quatre dans un chariot d'ébène et d'ivoire, dont le dedans était de drap d'or, avec des carreaux brodés de pierreries; douze chevaux Idancs les traînaient : le reste de leur équipage n'était pas moins somptueux.

Lorsque Belle-Étoile et ses frères parurent, le roi ravi les vint recevoir avec toute sa cour au haut de l'escalier. La pomme ([ui chante se faisait entendre d'une manière merveilleuse, Teau qui danse dansait, et le petit oiseau qui dit tout parlait mieux (pi<' les oracles.

Ils se haissèrent hms (pialre juscpTanx genoux du roi.

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et, lui prenant la main, ils la baisèrent avec autant de respect que d'affection. Celui-ci les embrassa, et leur dit :

— Je vous suis obligé, aimables étrangers, d'être venus aujourd'hui; votre présence me fait un plaisir extrême.

En achevant ces mots, il entra avec eux dans un grand salon, où des musiciens jouaient de toutes sortes d'iiistruments, et où })lusieurs tables servies splendidement ne laissaient rien à souhaiter pour la bonne chère.

La reine-mère vint, accompagnée de sa future belle-lille, de l'amirale Rousse et de toutes les dames, entre lesquelles on amenait la pauvre reine, liée par le cou avec une longe de cuir, et accompagnée des trois chiens attachés de même. On la fit avancer jusqu'au milieu du salon, où était un chaudron plein d'os et de mauvaises viandes, que la reinemère avait ordonnés pour leur dîner.

Quand Belle-Étoile et les princes la virent si malheureuse, bien qu'ils ne la connussent point, les larmes leur vinrent aux yeux, soit que la révolution des grandeurs du monde les touchât, soit qu'ils fussent énms par la force du sang.

Mais que pensa la mauvaise reine d'un retour si inattendu et si contraire à ses desseins? Elle jeta un regard furieux sur Feintise, (jui aurait vuuhi alors que la terre s'ouvrît pour l'engloutir.

Le roi présenta U's beaux enfants à sa mère; el malgré l'inquiétude doni elle était saisie, elle ne laissa pas <le leur

KT I. (HSKAl gi I DIT TOI T. I '| |

parler avec un air riant, cl de leur jeter des rej^ards aussi favorables (jue si elle les eût aimés.

Le festin se ])assa fort <^aienîent, (iuoi([ue le roi eut un extrême chagrin de Noir inanj^er sa femme; avee ses doîj;uins, comme la dernière des créatures; mais ayant résolu d'avoir de la complaisance j)()nr sa mère, (jui rohliircait à se remarier, il la laissait ordonner tout.

Sur la fin du repas, le roi adressa la parole à I5elle- K toi le :

— Je sais, lui dil-il, que vous êtes en possession de trois trésors qui sont incomparables; je vous en félicite, et je vous prie de nous raconter ce qu'il a fallu faire pour les conquérir.

— Sire, dit-elle, je vous obéirai avec plaisir. L'on m'avait ditqu(; l'eau (|ui danse me rendrait belle, et que la pomme fjui chante me donnerait de l'esprit; j'ai souhaité les avoir pour ces deux raisons. A l'égard du petit oiseau vert qui dit tout, j'en ai eu une auti'e : cest que nous ne savons rien de notre fatale naissaiu*e ; nous sommes des enfants abandonnés de nos proches, et j ai espéré que ce merveilleux oiseau nous éclairerait sur une chose (jui nous occupe jour et luiit.

— A juger de votre naissance par vos méi'ites, irpli(pia le roi, elle doit être des i)lus illustres ; mais parlez sincèrenuMit, (pii êtes vous?

— Sire, lui dit-elle, mes frères et moi avons dilTèie de 1 interroger jusipi'à iu)tre retour. Va\ ai'i'ivanl, nous axons reçu NOS ordres pour \enir à nos noces; loul ce «pie j ai pu

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faire, a été de vous apporter ces trois raretés pour vous divertir.

— J'en suis très aise, s'écria le roi; ne différons pas une chose si agréable.

— Vous vous amusez à toutes les bagatelles qu'on vous propose, dit la reine-mère en colère. Voilà de plaisants marmousets, avec leurs raretés! fi ! fi î je ne veux pas que de petits étrangers, apparemment de la lie du peuple, aient l'avantage d'abuser de votre crédulité. Tout cela consiste sans doute en quelques tours de gibecière et de gobelets. Et sans vous, ils n'auraient pas eu 1 honneur d'être assis à ma table.

Belle-Étoile et ses frères, entendant un discours si désobligeant, ne savaient que devenir; leur visage était couvert de confusion et de désespoir d'essuyer un tel affront devant toute la cour. Mais le roi ayant répondu à sa mère que son procédé l'outrait, pria les beaux enfants de ne s'en point chagriner, et leur tendit la main en signe d'amitié.

Belle-Étoile prit un bassin de cristal de roche, dans lequel elle versa toute l'eau qui danse. On vit à l'instant que cette eau s'agitait, sautait en cadence, allait et venait, s'élevait comme une petite mer agitée, changeait mille fois de couleur, et faisait mouvoir le bassin de cristal le long <le la table du roi; puis il s'en élança tout d'un coup quelques gouttes qui tombèrent sur le visage du premier écuyer, à qui les enfants avaient de l'obligation. C étail un liomme d un méi'ite lare, mais sa laickMir ne 1 était jias

i:t I. nrsKM, oi I un km t.

moins. Drs qui; l'eau Tout louché, il (l(;\iiilsi bciiii, (inOii no le reconnaissait plus. Le loi, qui l'aimait beaucoup, eut autant de joie de cette aventure, ([ue la reine-mère en ressentit de dé|)laisir, car elle ne pouvait entendre les applaudissements qu'on donnait aux princes.

Helle-Kloile mit ensuite sur la table la pomme (pii chante, Faite (Tun seul lubis, couronnée de diamants, avec sa branche d'ambre; elle commença aussitôt un concert mélodieux qui ravit le roi et toute sa cour. L'on était encore sous le charme , quand Helle-Etoile tira de son manchon une petite ca<^e d'or, d'un travail merveilleux, où était l'oiseau vert (]ui dit tout.

Kl le le prit bien délicatement et le posa sur la table. Il ne se nourrissait ([uv de j)oudre de diamants, et ne buvait cpic de Teau de perles distillées; il a\ ait des plumes dune Si <2;rande délicatesse, qu'elles s'agitaient au moindre souITle; ses ailes étaient de toutes les nuances de vert que l'on peut imaginer. Il s'adressa au roi, et lui demanda ce qu'il voulait savoii'.

— Nous souhaitons tous d appreiulre, réplicpia le roi, qui sont cette belle lillc et ces trois cavaliers.

— Oroi, répondit roise.ni \(M'1 diiiu^ \oi\ j'orte et bar-

L EAl Qll DANSE, LA POMME Ql I CHANTE

monieuse, elle est ta lillc, el deux de ces princes sont tes fils; le troisième, appelé Chéri, est ton neveu.

Là-dessus il raconta avec une éloquence incomparal)le toute leur histoire, sans néalii^er la moindre circonstance.

Le roi fondait en larmes ; et la reine affligée, qui avait quitté son chaudron , ses os et ses chiens, s'était approchée doucement : elle pleurait de joie et d amour pour son mari et pour ses enfants; car pouvait-elle douter de la vérité de cette histoire, quand elle leur voyait toutes les marques qui pouvaient les faire reconnaître?

Les trois princes et Belle-Étoile se levèrent à

la fin du récit ; ils vinrent se jeter aux pieds du

roi. Ce monarque leur tendit les bras et les serra

contre son cœur. L'on n'entendait que des sou-

, pirs et des cris de joie.

Le roi voyant la reine sa femme qui demeurait toujours près de la muraille , d'un air humilié, alla à elle, et lui présentant un fauteuil auprès du sien, il l'obligea de s'y asseoir.

Ses enfants lui baisèrent mille fois les mains. Jamais

KT I- OISKAL Ql J DIT TOin.

spoctaclo ne fut plus louchant : chacun pleurait et h'vait les yeux au ciel, pour lui rendre grâce.

Le roi remercia la princesse qui avait eu le dessein de Tépouser, et lui laissa une grande quantité de pierreries. Mais à l'égard de la reine-mère, de l'amirale et de Feintise, que n'aurait-il pas fait contre elles, s'il avait écouté son ressentiment? Le tonnerre de sa colère commençait à gronder, lorsque la généreuse reine, ses enfants et Chéri le conjurèrent de s'apaiser. Il se contenta de faire enfermer la reine-mère dans une tour; mais pour l'amirale et Feintise, on les jeta ensemble dans un cachot, où elles ne mangeaient qu'avec les trois doguins appelés Chagrin, Mouron et Douleur, lesquels ne voyant plus leur bonne maîtresse, mordaient celles-ci à tous moments. Elles v finirent leur vie, qui fut assez longue pour leur donner le lemps de se repentir de tous leurs crimes.

Peu de temps après cette reconnaissance, le prince Chéri épousa Belle-Étoile, son aimable cousine.

LXu|TtU< ,lf

LAU.nrm: uv. ihwiwts

lAFVRy grand \isiv *U' r illustre kaiife Ha-

î roun-rti-Rasfluii re-

enait un jour .iver -on maître de la tno- -tiuee. On relebrait iiors les têtes ilu Uamazan. I>es isens -te toute condition se pressaient à Tenlour des gardes, et chacun d'eux s'efforçait d'attirer les regards du souverain, pour lui tendre un placet. Le tn^md viair recevait d'un air inditTéi*ent toutes ces < et les serrait sans distinction dans la poehe de son «-afe' l Lorsque le etïrtése tut irntre au palais, Haronn «umIo.

148 LAIGKETÏE DE DIAMANTS.

à son ministre de lui lire les requêtes de ses sujets, et Giafar obéit.

Tous les solliciteurs voulaient obtenir des places ou des honneurs, et tous protestaient de leur fidélité et de leur dévouement au prince par des phrases qui se ressemblaient, comme si chacun d'eux se fût contenté de varier, en la copiant, quelques mots d'une formule générale. Le kalife en fit la remarque ; puis, il devint rêveur, et Giafar cessa de lire.

Quelques moments après, Haroun releva son front soucieux :

— Parmi tant de gens qui se disputent ma faveur, dit-il à son ministre, en est-il un seul digne de ma confiance?

— Pas un, que je sache, répondit Giafar, jusqu'à ce que vous l'ayez éprouvé; car j'ai appris, à force d'expérience, que l'homme, en qui Dieu a mis les germes de toutes les vertus, avec le pouvoir de faire le bien ou le mal, est souvent la plus ingrate des créatures, et rend la trahison pour les bienfaits.

— Voilà un jugement bien sévère et bien peu charitable, reprit le kalife en souriant.

— Prince, ajouta Giafar, j'ai toujours un exemple à l'appui de mes vieilles maximes. Voulez-vous entendre l'histoire du sultan d'Alep.'*

Haroun lit nn signe d'assentiment, et \v \isir continua ;

— Le sultan dWlep était jeune; il n'aimait que les plaisirs, et laissait à des courtisans le soin de gouverner

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