‹ La morale merveilleuseChapitre 12 sur 27 · I. AI(;UKTTK l)K DIAMANTS. | V · texte numérisé non relu

I. AI(;UKTTK l)K DIAMANTS. | V

ses Ktals. Comme il sullisait [)oiir captiver sat'aveiir d'imajiçiner sans cesse de nouvelles majjçnifieences , un liahile joaillier, qui possédait l'art de créer de merveilleux objets de luxe, s'empara peu à peu de toutes les afï'ections du sultan, et de simple artisan se vit élever tout à coup aux premières dignités. On alla jusqu'à lui confier l'éducation du prince Béhadir, futur héritier du trône; et le sultan était si aveuglé par l'ascendant qu'avait su prendre sur lui Padhel-le-Joaillier, qu'il s'aperçut trop tard de la faute qu'il avait commise, en livrant son jeune fds aux dangereux enseignements d'un homme qui n'avait aucune des capacités ni des vertus nécessaires à de si graves fonctions.

L'ancien joaillier avait donné à son élève des défiiuts que l'âge et l'avenir devaient changer en vices : un amour désordonné des richesses, la passion de l'or et du luxe, l'avarice et l'avidité, qui commettent pour se satisfaire toutes sortes de fraudes et de violences. Bientôt Béhadir fut digne de son instituteur. Un jour qu'ils se promenaient dans la ville, un juif leur offrit une superbe aigrette de pierres précieuses, dont Fadliel lui donna un prix modique. Le marchand se plaignit : on ne l'écouta point; il osa réclamer vivement contre cette injustice : il reçut la bastonnade, et fut enfermé, comme calomniateur, dans une étroite prison, où il mourut de misère. Cependant l'indignation {)ubli(pio accusait si hautement le ministre Kadliel, (|uc U- bruit de ses exactions parvint aux oreilles du sultan. L,i conduite «le Fadbol fut Tobjet d'une enipiolc rigoureuse, cpii dévoila

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au grand jour toutes les mauvaises actions dont le prince Béhadir s'était rendu coupaiile, par les conseils pernicieux et à l'aide du ministre. Le sultan, navré de chagrin et de repentir, ne trouva d'autre parti à prendre que de reléguer son fils, sous bonne garde, dans un château situé au milieu des bois, loin de la capitale, et de bannir de ses États, sous peine de la vie, s'il osait y rentrer jamais, l'homme qui avait si indignement usé du pouvoir et de la confiance de son maître.

Fadhel partit pour son exil, le cœur gonflé de haine et de vengeance. Après plusieurs journées de marche, il arriva dans un pays étranger, et la nuit le surprit à l'entrée d'une immense forêt, dans laquelle il cherchait un abri pour se reposer, lorsque tout à coup la terre manqua sous ses pieds, et il roula au fond d'un trou qu'on avait creusé et caché sous des branches d'arbres chargées d'une mousse légère, pour servir de piège aux bêtes féroces. Qu'on se figure sa surprise et son effroi, lorsqu'aux rayons tremblotants de la lune, il se vit en compagnie d'un énorme singe, d'un lion et d'un serpent, dont il s'attendait à devenir la proie.

Mais ces trois animaux que le même accident avait réunis, ne cherchèrent point à lui nuire ; le lion et le singe paraissaient fascinés par la présence du serpent, qui, roulé sur lui-même en spirale, dressait sa tête avec de petits yeux étincelants et gardait la défensive. Fadhel attendit le jour avec des angoisses terribles; vers le matin, quand l'aube teignit (h* clartés rougeatrcs la cînir (h^s rcnillages,

L AKiUKTTK DK DIAMANTS.

il ciilendil, à pt^u iltulistance, les pas d'un vo^airciii', cl mî mit à implorer du secours avec une voix dolente.

Le voyaoeur était un honnête paysan qui conduisait à la ville prochaine son ane charcçé de fruits. Il accourut aux cris de détresse qui sortaient de la iorèt, noua le bout d'une

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corde à une souclie d'arbre, et jeta dans la fosse Tautre extrémité. Une oscillation fit vibrer la corde, et le paysan s'efforçait de la tirer à lui, quand à la place de l'homme qu'il croyait sauver, le singe fit un bond et s'accrocha au bord du trou. Le paysan effrayé allait repousser l'animal, mais celui-ci, recevant tout-à-coup d'un pouvoir magique le don de la parole, lui dit d'une voix suppliante : — Ne regrette pas de m' avoir sauvé la vie, car les animaux sont reconnaissants envers leurs bienfaiteurs; mais l'homme qui est là au fond est un ingrat, et je crains qu'il ne paie mal le service que tu vas lui rendre. J'habite sur la lisière de cette forêt, et j'espère plus tard te prouver ma gratitude.

Le paysan n'écouta guère le singe, et se hâta de rejeter la corde; bientôt, la sentant plus lourde, il se réjouissait de sauver un de ses semblables, lorsqu'il vit apparaître le lion qui l'avait saisie dans sa gueule, et qui de ses larges griffes déchirait les parois de la fosse pour gagner le bord . Le paysan, demi-mort de terreur, allait lâcher la corde et fuir, mais le lion prenant aussi la parole, lui dit très doucement : — Achève de me tirer d'ici; les animaux sont amis de l'homme qui ne cherche pas à leur nuire; j'ai assez de force et de courage pour te sauver la vie en quelque occasion : tu t'en trouveras mieux que des belles phrases du traître que j'ai laissé dans ce trou.

Le paysan rassuré acheva de délivrer le lion, qui prit sa course en bondissant vers le plus épais du bois, en lui criant : — Au ^'evoir !

i/Ai(;iu/ni: di: diamants. \')'.\

ra(lliol-lc-Jc)ailli(îr renouvelait ses instances du ton le plus piteux, et le paysan, nialji;ré l'avis du sin^e et du lion, tendait laeorde une troisième t'ois, lorsqu'il vit un ser|)ent s'en détacher en déroulant ses lonj^s anneaux. Furieux de cette aventure, il allait écraser avec une pierre le pauvre reptile, mais celui-ci parlant à son tour, lui dit : — Ne t'irrite pas contre moi, et ne me fais point de mal; je pai(Tai ton bienfait d'un conseil amical dont tu pourras tirer grand profit. L'homme qui est resté là est ingrat, lâche et méchant; ainsi crois-moi, car les serpents sont doués de la prudence qui manque à bien des hommes. Celui qui est dans la fosse est un scélérat que la Providence y a fail toml)er pour qu'il y périsse, en expiation de ses crimes. Si tu le sauves, tu auras à t'en repentir. Quant à moi, je ne serai pas ingrat, et je te revaudrai ton bienfait.

Cela dit, le serpent se glissa sous les hautes herbes de la foret, tandis ((ue le paysan s'occupait de sauvei' Padhel.

A peine sorti de la fosse, l'ancien joaillier, dont les vêtements déchirés par sa chute étaient tout souillés de terre humide, se jeta aux genoux de son libérateur : — Homme généreux, lui dit-il, si jamais la Providence permet que je puisse m'acquitter envers toi, je sacrifierai avec joie mon bien, mon crédit, et jusqu'à ma vie. Je suis un giaiid seigneur de la ville d'Alep. Le sultan m'avait choisi pour premier ministre, et p'oui' gouverneur de son fils. ,\v m'acquittais de mes devoirs avec justice et avec fidélité. Mais le jeune prince avait un naturel «vicieux, que mes leçons ne

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pouvaient ramener au bien. Un jour je voulus user de sévérité ; mais le sultan ne m'écouta point. Il fallut que les plaintes du peuple et la crainte d'une révolte vinssent lui ouvrir les yeux. Alors il fit enfermer son fils dans une forteresse; mais au lieu de récompenser mes services, il crut aux calomnies dont mes ennemis me chargeaient, etm'accusant des fautes du jeune prince, il m'exila de sa cour, sans aucune ressource, et sans vouloir entendre ma justification. Depuis ce moment, je voyageais tout seul, livré aux plus tristes réflexions sur Fingratitude des hommes, quand je tombai dans la fosse au milieu des hideuses bêtes dont tu m'as délivré si généreusement,

Ainsi parla Fadhel. Il accusait si éloquemment l'ingratitude des hommes, l'injustice des princes, et mêlait à ses discours de si belles sentences, que le pauvre paysan crut avoir sauvé un sage. Il ouvrit de grands yeux aussi, quand Fadhel lui fit présent d'un gros diamant qui reflétait au soleil toutes les nuances de Farc-en-ciel. Il remercia humblement r ancien ministre et continua sa route. En se voyant si riche, quelques jours après, il vendit son âne et sa chaumière, et du prix qu'un juif lui donna de son diamant, il acheta une pacotille de marchandises, et s'en alla en Perse, où il avait ouï dire que les colporteurs faisaient rapidement fortune.

Un an plus tard, le paysan devenu marchand avait réussi au-delà de toute espérance ; et ayant échangé sa pacotille contre une somme d'argent assez considérable, l'envie lui prit de revoir sa patrie. Il mit dans une cein-

L vi(;uKTTi; i>i: i>i\m\ms. IT)')

luYQ iU) cuir ses clières pièces dur, et monté sm* un hou cheval, il s eu revenait à j)etites journées, lorscpi il arrisa a l'entrée de la foret où il se souvenait d'avoir tiré d'aiTairt' quatre j)risonniers d'espèces fort dilTéren tes. Il se souvint alors des niatinilicpies j)roinesses de Kadhel, et sonj^eail à allei' le visiter pour Uii apprendre sa [X'iile fortune, hnsqu'au détour d'un épais taillis, une trouptî de \oleurs hii enleva son che\al, son argent, et après l'avoii* dépouillé de ses meilleurs hahits, le laissa tout seul, couche sous un arhre, pieds et mains liées.

Le pauvre homme n'osait crier de peur d'attirer ipiehpu' bête féroce, et il s'épuisait en vains elYorts pour dé^a«j!;er ses mains enflées par les nœuds de corde qui meurtrissaient sa chair. Tout-à-coup, le singe, qui gamhadail d'arbre en arbre, en cherchant des glands de chêne pour sa nourriture, passa dans ce coin de la forêt, et recoimaissaiil son ancien libérateur, d'un saut futauj)rès de lui, et se mil à ronger les cordes avec ses dents. L'infortuné marchand se mourait de fatigue et d'inanition. Le singe le prit sur son dos, et le porta dans la grotte qu'il habitait, où par bonheur il y avait une provision de fruits sauvages et une petite source d'eau claire, dont le murmure endormit doucement notre voyageur, quand il se fut un [)eu restaure. Pendant son sommeil, le singe, qui connaissait la retraite des voleurs, s'y rendit sans bruit et profila de leur absence pour prendre un gros sac d'or et quelques riches vêtements qu'il vint déposer auprès de son hôte. Quand celui-ci se réveilla, le singe lui dit : — Javais promis de le

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rendre service pour service. Yoilà assez d'or pour te consoler du pillage des voleurs.

Notre homme remercia le singe avec eiYusion, et dès qu'il se fut habillé, il se remit en route, avec le seul regret d'avoir perdu son bon cheval, car il l'eût porté si rapidement chez l'ancien ministre qu'il croyait trouver à la ville voisine. Tandis qu'il cheminait en songeant à son aventure, les rugissements d'un lion se firent entendre à quelques pas de lui. Saisi de frayeur, il chancelle et tombe sur ses genoux; mais le lion, qui l'a soudain reconnu, vient à lui en agitant sa queue en signe de joie, et lui dit : — Viens, mon ami, mon bienfaiteur, viens me visiter dans ma caverne, car je veux aussi te témoigner ma reconnaissance.

Le marchand monta sur le dos du lion, qui l'emporta d'une course rapide à travers les sentiers de la forêt, jusqu'à son antre, creusé par la nature au pied d'une haute montagne. Chemin faisant, il avait raconté au lion le bon oflice que le singe venait de lui rendre. Le roi des animaux ne voulut pas céder en générosité à un des plus faibles sujets de son domaine, et après avoir déposé son hôte sur un lit de mousse dans son antre, il partit comme une (lèche, courut par monts et par vaux, et finit par rencontrer dans une clairière le prince Béhadir, le méchant fils du sultan d'Alep, qui s'était égaré loin de sa suite, en allant à la chasse. Le lion sauta sur Ini, le déchira d'un coup de sa i^rilTe irdoulal)le, et emporta son turban charité de pierrcu'ies, qu'il revint déposor an\ pieds (h* son hôte, (-e

L AIGIIKTTK l)i: DIVMVMS.

turban (Hait précisément orné di; l'aigrette de diamants (pie IJéhadiret Fadhel avaient exlorcpiée au malheureux juil'.

Le marchand, ra\i du trésor inestimable que le lion, son ami, venait de lui olïi'ir, continua son vova^e vers la ville, espérant que, si les animaux s'étaient montrés si l'econnaissants j)()ui' lui, rancieu miinslic Ffidhel lui réservai!

~~ ^^^ un accueil bien autre-

ment aj^réable. La joie rendait sa démarche plus léiïère; cl après avoir cheminé toute la nuil, il arriva a\ec Taurore aux portes de la ville.

Il y avait là lïrande rumeur, cl la nou\elle de l.i uhuI

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