‹ La morale merveilleuseChapitre 13 sur 27 · L AIGRETTE DE DIAMAPS'TS · texte numérisé non relu

L AIGRETTE DE DIAMAPS'TS

du prince Béliadir circulait dans toutes les bouches. Ses serviteurs, après l'avoir longtemps cherché dans la forêt, avaient enfin découvert son corps défiguré; mais comme son riche turban n'était pas auprès de lui, ils répandirent le bruit que des voleurs avaient tué leur maître, et l'avaient ainsi mutilé pour faire croire qu'il était mort déchiré par les bêtes féroces.

Notre voyageur, pressé d'arriver à la demeure de son ami, n'avait pas prêté l'oreille aux récits qui occupaient la ville. Aussi quand, après les premiers témoignages de tendresse et de reconnaissance qu'ils échangèrent, il eut raconté à Fadhel ses aventures surprenantes et montré ses trésors, Fadhel reconnut aussitôt le turban du prince; mais il sut cacher la joie que lui causa cet événement, qui lui offrait l'espoir de rentrer en faveur auprès du sultan d'Alep. Il fit servir à son hôte un excellent repas; mais il eut soin de jeter à la fin, dans son gobelet, un narcotique puissant qui devait le plonger dans une léthargie de plusieurs jours. Puis il l'enferma dans une chambre secrète et partit pour Alep avec le turban.

— Prince, dit- il au sultan, la divine Providence m'a fail découvrir i.n des meurtriers de votre lils. Ce turban

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lui appiirteiitiit; j en reconnais les iiiencries, qui ont été choisies par moi dans le trésor de la couronne, ([unnd j'étais premier ministre.

Il éclata alors en lamentations avec des larmes si abondantes, que le sultan fut touché d'une douleur qui paraissait sincère, et se repentit d'avoir disgracié un homme dont l'attachement avait résisté à l'exil et à la misère.

Des gardes furent envoyés à la maison de Fadhel et le prisonnier fut amené aux pieds du sultan.

— Misérable, lui dit le prince, quel motif a pu te pousser à commettre un pareil crime? Meurtrier de mon fils, où sont tes complices?

Le pauvre marchand, dont la conscience était pure, resta tout interdit; et, quand on lui montra le turban couvert de pierreries, et qu'il reconnut à coté du trône le perfide Fadhel, il éprouva un tel saisissement qu il ne put articuler un seul mot pour sa défense.

Le prince, voyant dans sa terreur un aveu nuiel de son crime, ordonna qu'il fût promené sur un àne par toutes les rues de la ville,- accompagné d'un ollicier de justice qui publierait son forfait , et qu'ensuite on le plongeai dans un atîreux cachot pour y mourir de faim.

La sentence reçut immédiatement son exécution . Le malheureux accusé fut livré à toutes les insultes de la populace, puis jeté dans un souterrain, sur un peu de paille pourrie mêlée à la terre humide. Dans cette aflVeuse situation, il eut tout le temps de se souvenir des conseils que lui avaient donnés les animaux de la foret. Tandis qu il

lOO l'aiguettk de diamants.

se consumait en proie à un désespoir inutile, le serpent se glissa dans le cachot par une étroite ouverture, qui laissait à peine pénétrer un peu d'air.

— Ami, dit-il au prisonnier, ne t'avais-je pas prédit que l'ingrat, retiré par toi de la fosse où la Providence l'avait fait tomber, reconnaîtrait ton bienfait par une trahison? Mais j'ai promis de te venir en aide, et ce n'est pas le moment de t' adresser des reproches. Prends cette herbe que j'ai apportée dans ma gueule. J'ai fait à l'épouse du sultan une blessure mortelle que cette herbe seule peut guérir. Le sultan, livré au plus violent chagrin, a promis sa faveur et les plus brillantes récompenses au médecin qui pourrait sauver la malade.

Le marchand se mit à frapper à la porte de son cachot avec les énormes chaînes dont il était accablé. Un geôlier, attiré par le vacarme qu'il faisait, vint lui parler, et courut annoncer que le prisonnier connaissait un remède secret pour guérir la morsure des serpents. On le conduisit auprès de la sultane, et dès que F herbe magique fui appliquée sur son bras, la blessure fut guérie, et il n'en resta pas même de cicatrice.

Le sultan, ravi de joie en apprenant ce prodige, vouhit revoir l'homme qu'il croyait meurtrier du prince Béhadir.

— Puissant prince, lui dit le marchand prosterné la face contre terre au pied du trône, vous êtes troj) juste pour faire mourir un innocent. Je ne suis pas couj)al)le de la mort de votre fils. L'ancien ministre Fadhel, qui s'est porté mon accusateur, m'a rendu victime dune atroce

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