‹ La morale merveilleuseChapitre 17 sur 27 · LES SKI'T 1^^K>IV^I · texte numérisé non relu

LES SKI'T 1^^K>IV^I

M's paroles ('taiciit douces et sou esprit brillant et agréable; (Ml un uu)t, ce jeune boniine reuferiuail en lui toutes les |)erfecti()us, «-t sou devoir rengageait, aussi bien que ses camarades, à rendre à Dakiauos les hoiuuiages qui ne sont dus qu'à Dieu.

Tn jour (jue Dakianos était à table, Jeinlika tenait un éventail pour cliasser les luoucbes qui pouvaient l'incommoder; il eu vint une qui se posa avec tant d'acbarnement sur le plat de Dakianos, qu'il fut obligé de l'abandonner. Jemlika, frappé de cet événement, trouva ridicule qu'un liomme qui ne pouvait chasser une mouche iiuportune prétendît à la divinité.

— Il me semble, se dit-il à lui-iuéme, que Ion ne doit faire aucun cas d'un semblable dieu.

Oucdque temps après, Dakianos entra dans un de ses appartements pour dormir quelques heures; et Jemlika était encore devant lui a\ec l'éventail. Dieu envoya la même mouche, et cette fois elle se plaça sur le \ isage du princ»'. Jeudika \oulut la chas- . -^

ser dans la crainte qu elle n'interrompît son sommeil ; mais ses soins furent inutiles, elle éveilla Dakianos, et h^ mil (hms la plus cruelle iuq)a- ^Vl, .

tieuce. Jeudika, déjà IVaj)pé de ses |)remières réllexions, se dit encoi'e : — i\v[ honnue assurénuMit iTesl

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pas plus Dieu que je ne le suis moi-même : il ne p^ut y avoir qu'un Dieu, et c'est celui qui a créé le soleil qui m'éclaire.

Depuis ce temps, Jemlika prit l'habitude de dire tous les soirs, en se couchant :

— Le vrai Dieu est celui qui a créé le ciel.

11 est bien difficile de faire des réflexions sérieuses, et de n'en point faire part à ses amis. Jemlika communiqua tous ses doutes à ses camarades.

— Un homme qui n'a pu se débarrasser d'une mouche a-t-il beaucoup de pouvoir sur la nature? leur dit-il.

Alors il leur conta les aventures de la mouche.

— Mais si notre roi n'est pas Dieu, lui dirent-ils, quel est celui qu'il faut adorer?

Jemlika leur dit ce qu'il en pensait : ils en furent persuadés, et depuis ce jour ils passèrent toutes les nuits eu prières avec lui.

Les assemblées qu'ils faisaient en des lieux écartés devinrent bientôt le sujet des conversations. Dakianos en fui instruit, et les fit venir en sa présence pour leur dire :

— Vous adorez un autre Dieu que moi ? ils se contentèrent de lui répondre:

— Nous adorons le souverain maître du monde.

Le roi qui prit cette réponse pour lui, les accabla de caresses, et leur donna la robe d'Iionneur. Ils se retirèrent comblés des faveurs de leur maître, et leur premier soin fut d'aller adorer et remercier le vrai Dieu de ses bienfaits.

Jemlika dit ensuite à ses compaiinons :

— Si I un t'ait encore au roi n\i l'apport pjireil .i celui qui nous a mis clans un si grand tlanj^er, nous ne (Jevon> espérer aucune j^râce de sa |)art. Je crois donc que le* seul parti que nous ayons à prendre, c'est de quitter le pays, et d'en chercher un où nous puissions adorer Dieu sancrainte.

— Mais comment prendre la fuite? lui répondirent h> cinq autres. Nous ne connaissons point d'autre pays que celui-ci.

— Mettons notre confiance en Dieu, Veprit Jemlika, e( profitons des circonstances. Nous ne suivons pas Dakianos quand il va faire ses grandes chasses pendant six jours à la tête de son armée : qui nous empêche de prendre ce temps pour notre départ? Nous demanderons aux eunuques qui nous gardent la permission de jouer au teheukian ' ; nous sortirons de la place, nous le jetterons fort loin de nous, et nous prendrons la fuite sur les bons chevaux que l'on nous donne ordinairement.

Ils approuvèrent ce projet, et attendirent avec beaucoup (1 imj)atieiice le temps de pouvoir l'exécuter. Enfin Dakianos partit avec sa puissante armée, et recommanda à ses eunuques de bien garder les six jeunes esclaves.

Le lendemain du départ du roi, ils réalisèrent ce qu'ils avaient projeté. Les eunuques coururent après eux et voulurent les forcer de revenir au palais; mais ils leur irpoiidirent :

— Nous sommes ennii\és de \oii'e inaîli't'; il Nriil sf

•It'ii (Ir iM.iil à clicxal.

LES sp:pt dormants.

faire passer j)oiir le Dieu de la terre, et nous n'adorons que celui qui a créé ce que nous voyons.

Les jeunes hommes avaient déjà le sabre à la main; ils mirent en un moment les eunuques hors d'état de les poursuivre.

— Mes amis, leur dit alors Jemlika, nous sommes perdus si nous ne faisons toute la diligence possible.

Ils poussèrent donc leurs chevaux, et ce fut avec si peu de ménagement, que bientôt ils 1^ harassèrent. Ils furent alors obligés de continuer leur chemin à pied ; mais enfin, épuisés de fatigue, de faim et de soif, ils s'arrêtèrent sur le bord du chemin, et prièrent Dieu avec confiance de les tirer de peine. Des génies fidèles les entendirent; et touchés di' leur situation ils inspirèrent à Jemlika de monter sur une montagne au pied de laquelle ils étaient. Ce ne fut pas sans peine qu'il y arriva; mais enfin il aperçut une fontaine dont l'eau claire et pure était l'eau de la vie, et un berger assis qui chantait pendant que son troupeau paissait. Jemlika appela ses com- ^^^^^ pagnons ; le peu de paroles qu'il put leur faire entendre augmenta leurs forces, et leur en donna suffisamment pour arriver sur la montagne.

Le berger, qui se nommait Kefciilelioucli , leui' céda quel(|U''s vivics, vi ils

biin'Ml de l'cjm (!«' cctlr chaiinaiitc roiitaiiic. (k;s secours irlahlircnt Iriirs forces, cl leur premiersoin fut d'en rendre «i;raee8 à Dieu. Alors Kerditetioueli leur dit :

— (loinineut ave/-\()us Iiounc le clicmiii d un |)a\s ou je n'ai januiis vu personne? Si je ne nu' trompe, vous prenez la fuite : eoniiez-nioi V(js peines, je pourrai sans doute vous être de cpielcpie utilité.

Jemlika lui conta tout ce (pii leur était arrivé. Ses discours portèrent la lumière de la foi dans le cœur de ce berger; Dieu Téclaira, et sur-le-champ il apprit et répéta leurs prières. Ensuite il leur dit :

— Je ne veux plus vous quitter. Kplièse est si près d'ici, tpie vous y courez toujours quelque danger; ne doutez pas que Dakianos ne fasse tous ses efforts pour vous arrêter. Je connais assez près d'ici une caverne que l'on ne trouverait peut-être pas en quarante ans de recherches : je vais vous v conduire.

Va, sans attendre plus longtemps', ils se mirent imi chemin.

Le berger avait un pelil chien (pie Ion ap[)elait (latnier, et qui les suivit; ils ne \oulaienl pas le lueiu'r avec eux, et ils firent tous leurs elTorts pour l'éloigner. Ils lui jetèrent une [)ierre (pii lui cassa niu' jand)e; mais il les suivit en l)oitant. Ils lui en jetèrent une seconde, (]ui uv \v rebuta point, (jouicpTelle lui eut cassé Taulir jinube de de\ant : au conti'aire, en marchant sui' les pattes de derrière, il ne ralentit point sa course. La troisiènu* pierre lui eu ayant encore cassé une, il ne lui plus en état de mai'cher.

Mais Dieu, i)onr faire éclater sa toute-puissance, donna le (Ion de la parole à ce petit chien, qui leur dit :

— Hélas! vous allez chercher Dieu, et vous m'avez ôté toute espérance de pouvoir y aller comme vous! Ne suis-je pas aussi une créature de Dieu? N'y a-t-il que vous qui soyez obligés de le connaître?

Ils furent étonnés d'une si grande merveille, et si touchés de l'état auquel ils l'avaient réduit, qu'ils le portèrent l'un après l'autre, en priant Dieu de les protéger.

Ils ne furent pas longtemps sans arriver dans la caverne où le berger les conduisait. Ils se trouvèrent si fatigués en y arrivant, qu'ils se couchèrent et s'endormirent; mais par une permission toute particulière de Dieu, ils dormaient les yeux ouverts, de façon qu'on ne les aurait jamais soupçonnés de goûter un repos si parfait.

Il était écrit au livre du destin qu'ils devaient rester en cet état pendant trois cent neuf ans.

Cependant les eunuques, qui avaient échappé à la fureur du sabre des jeunes esclaves, vinrent promptement rendre compte à Dakianos de ce qui s'était passé. Il fut au désespoir de leur fuite ; et dans le temps qu il repassait dans son esprit toutes les bontés qu'il avait eues pour eux, et qu'il les accusait de la plus noire ingratitude, le même génie qui lui avait déjà apparu plusieurs fois se présenta devant lui, et lui dit :

— Vos esclaves ne vous ont quitté que pour aller adorer un autre Dieu, dans lequel ils ont mis toute leur confia née

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