‹ La morale merveilleuseChapitre 23 sur 27 · I.i: lîOVVlMK DKS UAMr.INS · texte numérisé non relu

I.i: lîOVVlMK DKS UAMr.INS

wiiWy (jui le vit partir, se mit à ciici- de loiiU^s ses forces (luelle voulait son petit mari; on courut après lui, ou !«■ pressa de revenir; tout cela fut inutile : il n'y voulut jamais consentir, et s'éloitj;na promptement d'une cour ou lout le monde lui parut être insensé.

La reine fut inconsolable de son départ. On essaya en vain tous les moyens de la calmer ; sa mauvaise humeur n'en devint qne plus insupportable, et le joug parut tro]) dur à ceux mêmes qui lui étaient le plus attachés; les autres, honteux d'être sujets d'une telle reine, furent (Tavis de lui ôter la couronne, et ce parti allait remporter, lorsque Gangan, qui n'avait voulu que la dégoûter du mariage, la désenchanta et lui rendit sa première forme.

A la vue de sa figure naturelle, elle pensa se poignarder de désespoir : elle s'était trouvée charmante sous celle (jnelle venait de quitter, et se retrouvait un visage tout ridé et une laideur repoussante.

C'était à peu près dans ce temps-là que l'autre fée avait (Milevé les enfants de Pétaud et de Gillette.

L'Ile Bambine était le lieu où elle les avait transportés tous les sept.

Cette île n'était habitée que par des enfants, sous la protection des fées, et par ceux (pu* l'on destinait à les servir. Il y régnait un printemps conliiuiel ; les arbres el les prairies y étaient toujours couverts de IVuits et de lleurs, et la terre y produisait d elle-même, el sans aucune culture, tout ce qui pouvait llatter le goùl et les yeux; les

promenades y étaient charmantes, les jardins variés et remplis de jolis petits carrosses de toutes les façons, traînés par des barbets à longues oreilles. Ce qu'il y avait de plus agréable, c'est que les murs des chambres des enfants étaient de sucre candi, les planchers d'écorce de citron confit, et les meubles d'excellent pain d'épice de Rheims. Quand on était bien sage, on avait beau en manger, i! n'y paraissait jamais. On trouvait, outre cela, dans les rues et dans les promenades, toutes sortes de jolies petites poupées magnifiquement habillées, et qui marchaient et dansaient toutes seules. Les petites filles, qui n'étaient ni lières, ni gourmandes, ni désobéissantes, n'avaient qu'à souhaiter, et sur-le-champ les bonbons et les fruits se détachaient d'eux-mêmes et venaient les trouver; les poupées se jetaient dans leurs bras, et se laissaient habiller et déshabiller, caresser et fouetter avec une discrétion et une obéissance sans pareille. Mais lorsque, au contraire, elles avaient commis quelque faute, la poupée s'enfuyait en faisant une grimace à celle qui l'appelait, et les bonbons se changeaient en chicotin. A l'égard des petits garçons, lorsqu'ils n'étaient ni obstinés, ni menteurs, ni paresseux, ils avaient des polichinelles, des cerfs-volants, des raquettes, et de tous les jouets qu'on peut imaginer; mais quand les fées étaient mécontentes, les polichinelles se moquaient d'eux, et leur disaient tout ce qu'ils avaient l'ait de mal; les cerfs-volanls nuuiquaient de vent; les raquettes se trouvaient percées; enfin, rien ne leur réussissait.

LK ROYAl.MK l»KS BAMBINS.

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l^endanl (pie les enTanls de Pétaiid et de (lillctlc demeurèrent dans lîle Bambine, on mit en usai^e tous les moyens imaij^inables pour vaincre l'opiniâtreté des trois garçons et la fierté des trois filles; mais ces défauts, bien loin de diminuer, ne faisaient qu'augmenter avec Tage. Depuis cpiatre ans , l'intérêt particulier que la fée gouvernante prenait à ces enfants n'avait presque rien changé à leur caractère; et, sentant que leur naturel l'emporterait sur leur éducation, elle n'espéra plus de les corriger par les ' voies simples, et fut obligée d'avoir recours à des moyens violents. Elle changea donc les trois fils de Pétaud en polichinelles et les . . A trois filles en dames gigognes , et les condamna à être ainsi marionnettes pendant l'espace de trois ans. Comme

elle était aussi - '"-^^^'^^^^-^-" -'-^-Si^»'»^*' '

contente du prince Cadichon qu'elle avait été peu satisfaite de ses frères et sœurs, elle ne voulut pas qu'il fût le témoin de leur disgrâce, et résolut de l'éloigner. Il ne s'agissait que de trouver un asile qui le garantît de la méchanceté de Gangan , qui, depuis l'aventure de la reine-mère, persécutait toute la famille.

Mais, pour ne rien j)rendre sur son compte, elle jugea à propos d'aller consulter la leinc des fées, son

amie, el de prendre son avis sur ce qu'elle avait à faire. Dans ce dessein, elle mit son spencer de velours vert, sa jupe de satin jonquille et sa petite calotte bleue; puis elle partit pour l'île Fortunée, où la reine des fées faisait sa résidence ordinaire.

Ayant mis pied à terre au bout d'une magnifique avenue

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d'orangers et de citronniers, elle entra dans la cour du château ; elle traversa une longue suite d'appartements magnifiquement meublés, qu'elle trouva remplis de fées : elles s'y étaient rendues de toutes les parties du monde, les unes pour leurs affaires, et les autres pour faire leur cour.

Il n'y avait presque plus personne dans le cabinet de la reine des fées, lorsqu'elle en vit sortir la vieille Gangan. Sans le respect que les fées ont pour leur souveraine, elle n'aurait pu s'empêcher d'éclater de rire à la vue d'une fi-

Li: U<n AIME DES HAMBINS. '.\W.\

irure aussi grotesque que celle de (iangan. Sur un corps de robe de satin vert, chamarré de dentelles bleues et d'or, elle |)ortait un lartje vertugadin de même étoffe, brodé de chenille et de pompons couleur de rose; ses oreilles étaient chargées de deux grosses pendeloques de perles et de rubis, et elle avait sur la tête un chaperon de velours jaune, avec une aigrette d'améthystes et de topazes ; un gros bouquet de jasmins ornait le devant de son corsage, et dix ou douze mouches, dispersées sur son visage, couvraient une peau ridée et couleur de rose sèche.

Si la fée de Tîle Bambine fut étonnée de l'équipage ridicule de Gangan, celle-ci ne le fut pas moins de rencontrer sa rivale au moment qu'elle s'y attendait le moins. Mais comme le lieu lui défendait de laisser éclater son ressentiment, elle le dissimula, et affectant un air de politesse :

— Comment, madame, lui dit-elle, vous êtes-vous résolue à quitter le calme de la campagne, pour venir dans le tumulte de la cour .^ Il fjuit que vous ayez eu pour cela des raisons bien fortes !

— Celles qui m'y amènent, répondit l'autre, ne ressemblent point du tout aux vôtres : l'intérêt ni l'ambition n'ont jamais été les motifs de ma protection, et je sais ne l'accorder qu'à ceux qui en sont dignes et reconnaissants.

— Je le crois, répondit Gangan : les dindons et les oies sont si bonnes personnes!

— Cela est vrai, reprit vivement la fée, et beaucoup plus

que les Gangans, car ils ne sont point injustes : qu'en ditesvous?

Cela dit, elle tourna le dos à la fée Gangan, qui dans son dépit, ne trouva rien à répondre et sortit rouge de colère.

Dès que notre bonne fée fut seule, elle ne put résister à l'envie de consulter le grimoire de la reine des fées. Tous les mystères de la nature y sont dévoilés, et Ton y découvre, jour par jour, tout ce qui se passe dans l'univers; mais il n'appartient qu'à la reine de suspendre ou d'empêcher ces événements, car elle a sur les fées la même puissance que celles-ci ont sur les hommes.

La protectrice de Cadichon eut à peine ouvert ce livre, qu'elle y lut distinctement que la perfide Gangan enlevait dans le même instant le jeune prince, et qu'elle le transportait dans l'île Inaccessible, où elle retenait sa propre nièce depuis le moment de sa naissance.

A cette vue, elle trembla d'abord pour la vie de son protégé; mais bientôt le trouble que cette nouvelle avait jeté dans son âme fit place aux réflexions, et elle pensait aux moyens d'empêcher les suites de cette entreprise, lorsque la reine sortit de son cabinet et vint la recevoir. A la tristesse que celle-ci remarqua sur le visage de son amie, elle devina ce qui lui était arrivé, et lui adressant la parole :

— Vous avez voulu, lui dit-elle, satisfaire votre curiosité, et vous avez appris des choses que je voulais dérober à votre connaissance. Je n'ai pu refuser, il est vrai, à Gan-

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{^an le |)Oiivoii' de j»i'aii(le féerie, [)uisque suivant nos lois il est dû à son ancienneté; mais la connaissance que j'ai de son caractère m'a fait limiter ce pouvoir à un certain temps; assurez-vous, «généreuse fée, qu a[)rès c(da votre ennemie sera sévèrement punie, si elle abuse de ce même pouvoir, qu'elle tient de nos lois et de ma bonté. Cependant, pour vous donner dès aujourd hui une preuve de mon amitié, et mettre à couvert des attentats de Canaan les autres enfants de Gillette , auxquels vous vous intéressez, prenez cette fiole, frottez-les de la liqueur qu'elle renferme : c'est une eau merveilleuse qui dérobe les objets aux yeux mêmes des fées; et son cbarme est tel, que (langan, avec toute sa {)uissance, ne saurait le vaincre. .Allez, macbère amie; souvenez-vous que votre reine vous aime bien tendrement, et comptez toujours sur sa protection et sur son secours.

A ce discours, la fée prit respectueusement la main de la reine, la baisa et partit.

Elle ne fut pas plus tôt dans son île qu'elle mit en usage l'eau merveilleuse : elle en frotta les trois polichinelles.et les dames gigognes, et réserva seulement l'extrémité de leur nez, qu'eOe laissa visible, alin de les pouvoir reconnaître; puis, ayant donné ses ordres et consulté ses livres, elle partit pour se rendre cliez le roi Pétaud, où elle avait lu que sa présence était nécessaire.

En effet, lorsqu'elle y arriva, le petit royaume de ce prince était en (•()nd>ustion, et voici (jnelle en élail la cause. Il y avait déjà longtemps que la maison où sa majesté

avait logé jusqu'alors, et que son beau-père le sénéchal avait habitée avant lui, tombait en ruines de tous côtés, malgré les réparations qu'on y avait faites. Il avait résolu, dans un conseil particulier avec son premier architecte, d'en rebâtir une nouvelle. Cet officier de la couronne, n'ayant depuis longtemps rien fait de neuf pour leurs majestés, avait abattu tout le vieux bâtiment dans le dessein d'en commencer un nouveau, qui, selon lui, devait être bien plus magnifique que l'autre; mais les épargnes du roi depuis l'enlèvement de ses enfants, et ses revenus annuels ne suffisant pas pour l'exécution de ce nouvel édifice, il prit le parti, par le conseil de son receveur et du procureur-fiscal, d'imposer une taxe pour fournir à la dépense de son bâtiment. Ses sujets, qui n'avaient point encore payé d'impôts, murmurèrent, et jurèrent de ne point obéir. A leur mécontentement se joignirent les remontrances de Caboche : il prétendait qu'il était ridicule de faire payer aux autres une chose qui ne pouvait leur être ni utile, ni profitable ; que sa majesté n'était au fond qu'un homme comme un autre ; qu'ayant ses biens et revenus, il ne devait pas prendre ceux d'autrui pour dépenser davantage; que, par conséquent, lorsqu'on n'avait le moyen que d'avoir une maison, il ne fallait pas bâtir un château; et que quiconque n'avait qu'un écu , ne devait dépenser qu'un écu.

Toutes ces raisons paraissaient fort bonnes au roi ; mais dans le même instant le procureur-fiscal et le receveur lui crièrent qu'il était le maître; (pie ce n'était pas la peine

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d'avoir des sujets, si on ne leur faisait pas acheter le soin qu'on se donnait de les ijçouverner; ([u'ils étaient faits pour payer et les rois pour dépenser ; et qu'il n'y avait qu'une tête de sénéclial capable de penser autrement.

Le roi, qui ne savait plus auquel entendre, ne savait pas non plus quel parti prendre.

La fée, qui avait été témoin pendant quelque temps de ce qui se passait, songea à tirer Pétaud de cet embarras.

Un jour que le roi s'était levé de grand matin, il fut étrangement surpris de se voir dans une maison toute neuve et garnie de tout ce qui était nécessaire.

On s'imagine bien quel fut l'étonnement de Pétaud , de se trouver dans un logis qu'il ne connaissait point; mais ce fut bien autre chose, lorsque ayant ouvert une des fenêtres de sa chambre, il aperçut, au lieu de son petit potager royal , un grand gazon en boulingrin , au bout duquel était un assez bel étang, terminé par un bois de haute futaie. Il considéra tout cela pendant quelque temps : puis, la surprise faisant place à la joie, il courut au lit de la reine qui dormait encore, et la réveilla en lui criant :

— Ma femme, ma femme, levez -vous : venez voir une maison toute neuve, des jardins magniliquesl Savez-vous ce que c'est que tout cela? pour moi, je n'y comprends rien.

La reine se mit à la fenêtre avec le loi, qui la conduisit sur-le-champ dans tous les appartements; ensuite ils allèrent se promener ensemble dans leur nouveau jardin. Toutes ces nu^'veilles ne laissèrenl pas (pie (relVraNcr

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le bon Pétaud ; mais la reine qui se doutait d'où tout cela venait, n'avait pas la même crainte, quoique n'osant rien en dire.

Ils étaient tous ....,

deux dans cette situation , lorsque le sénéchal, qui cherchait depuis une heure la maison du roi, entra dans celleci, plus par le devoir de sa charge que par l'espérance d'y rencontrer leurs majestés : il ne savait que penser d'une maison élevée en une nuit.

Le roi, de son côté, '^i fut fort aise de le voir arriver; et, tenant toujours le bras

de la reine, ils par- ^S^cf^^^^^i:^^

coururent une seconde fois avec le sénéchal toute la maison du haut en bas et tous les jardins.

Chacun raisonna beaucoup sur la singularité de cette aventure : les uns trouvaient que leurs majestés étaient bien hardies d(\ demeurer (huis une nuiison bâtie [)ar h^s fées; U»s auti'(»s, ni contraii'c, prétendaieni qu ils hiisaienl

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