L OISEAU QUI DIT TOUT
(lait un proloiicl silence pour les écouler : les llols de la nier ne s'élevaient point, le vent ne souillait pas; Zéphire seul a<i;itait les cheveux de la princesse et semblait se jouer dans son voile. En ce moment, il sortit de leau une Syrène qui chantait si bien, que la princesse et ses frères furent
ravis. Après avoir dit quelques airs, elle se tourna vers eu\ et leur cria :
— Cessez de vous inquiéter; laissez aller votre vaisseau, descendez où il s'arrêtera, et que tous ceux qui s'aiment continuent à s'aimer.
Belle-Etoile et Chéri ressentirent une joie extraordinaire
96 l'eau qui danse, la pomme qui chante
de ce qu'ils entendaient : ils ne doutèrent point que cela ne s'adressât à eux, et, se faisant un signe d'intelligence, leurs cœurs se parlèrent, sans que Petit-Soleil et Heureux s'en aperçussent.
Suivant le conseil de la Syrène, ils se rembarquèrent, et, s'abandonnant aux flots, ils voguèrent trois mois entiers en s'entretenant de l'avenir qui leur était réservé.
Un soir, la princesse et ses frères montèrent sur le tillac pour voir coucher le soleil dans le sein de l'onde; elle s'assit; les princes se placèrent auprès d'elle; ils prirent des instruments, et commencèrent leur agréable concert. Cependant, le vaisseau, poussé par un vent frais, semblait voguer plus légèrement, et se hâtait de doubler un petit promontoire qui cachait une partie de la plus belle ville du monde ; mais tout d'un coup elle se découvrit : tous les palais en étaient de marbre, les couvertures dorées, et le reste des maisons de porcelaines éclatantes; plusieurs arbres touffus mêlaient la verdure de leurs feuilles aux diverses couleurs du marbre, de l'or et des porcelaines. Curieux d'admirer de plus près toutes ces merveilles, les princes dirigèrent leur vaisseau vers le port, où ils entrèrent non sans peine, car il était rempli d'une telle quantité de vaisseaux que les mâts formaient une forêt flottante.
Bientôt ils purent aborder, et le rivage, en un moment, se trouva couvert de peuple, attiré par la magnificence du navire : celui que les Argonautes avaient construit pour la conquête de ly toison d'or ne brillait pas tant; les étoiles
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t'I la hcaulii (l(*s merveilleux enfants ravissaient ccnx (\\\'\
les vov aient.
On eonrnl porter an roi cette nouvelle : comme il wv ^^ |)Ouvait la croire, et que la grande lei-
rasse du palais donnait jusqu'au bord de la mer, il s'y rendit promptement.
Il vit (pie les princes l*etit- Soleil vl (liéii, tenant la princesse entre leurs l)ras, la portèrent à terie; qu ensuiie, on lit sortir leurs chevaux, dont les riches harnais répondaient bien à tout le reste. Petit-Soleil montait un coursier plus noir que le jais; celui d'Heureux était i!;ris ; Chéri en avait un blanc comme neige , et la princesse un isabelle. Le roi les admirait tons (piatre sni' lenrs beaux chevaux, marclianl fière-
m(»nt, et écartant lous ceux (pu voulaient s appiocher.
Les princes, avant entendu que Ton disait : — Voilà le
roi! boxèrent les veux, lui tirent une profonde ré\érenci% et
08 L EAi: QUI DANSF. , LA POMMi: QUI CHANTi;
passèrent doucement, tenant les yeux attachés sur lui. De son côté, il les regardait, et n'était pas moins charmé de rincomparable beauté de la princesse que de la bonne mine des jeunes princes. Il commanda à son écuver de leur aller offrir sa protection, et toutes les choses dont ils pourraient avoir besoin dans un pays où ils étaient apparemment étrangers. Ils reçurent riionneur que le roi leur faisait avec beaucoup de respect et de reconnaissance, et lui dirent qu'ils n'avaient besoin que d'une maison où ils pussent être en particulier; qu'ils seraient bien aise qu'elle fût à une ou deux lieues de la ville, parce qu'ils aimaient fort la promenade. Sur-le-champ, le premier écuver leur en fit donner une des plus magnifiques, où ils logèrent commodément avec tout leur train.
Le roi avait l'esprit si occupé des quatre enfants qu'il venait de voir, que sur-le-champ il alla dans la chambre de la reine sa mère, à qui il raconta tout ce dont il avait été témoin, sans oublier les étoiles qui brillaient sur le front des princes, et tout ce qu'il avait admiré en eux. VA\e en fut tout interdite , et lui demanda sans aucune affectation quel âge ils pouvaient avoir; il répondit quinze ou seize ans. Elle ne témoigna point son inquiétude; quoiqu'elle vît bien que Feintise l'avait trahie. Cependant le roi se promenait à grands pas, et disait :
— (Ju'un père est heureux d'avoir des fils si parfaits et une fille si belle! Pour moi, infortuné souverain, je suis père d(^ trois chiens; voilà d ilhislres successeurs, el m;i couronne est l)i<*n aiTermie!
i:t i/oiskau qui iht t(u;t. \)\)
La reiiic-mèrc écoutail ces [)aroles avec une anxith' iiioi'lell(!. Les étoiles hrillaiiles et raj2;e de ces étran<j;ers avaient tant de rapport avec les étoiles et Taj^e des princes et de leur sœur, qu'elle eut de cçrands soupçons d'avoij* été trompée par Feintise; elle erai<2;nit qnv. la [)erfide \ieille, au lieu de tuer les enfants du roi , ne les eût sauvés, (^omme elle se ])ossé(laii lieaucoup, elle ne témoigna rien de ce qui se passait dans son âme; elle ne voulut pas même envover ce jour-là s'iidormer de bien des choses qu'elle avait envie de savoir; mais le lendemain elle commanda à son secrétaire d'aller chez ces étrangers, et, sous prétexte de donner des ordres dans la maison pour leur commodité, d'examiner tout, et de voir s'ils avaient des étoiles sur le front.
Le secrétaire partit dès le matin, (ît arriva comme la princesse se mettait à sa toilette. On la peignait ; ses cheveux blonds, plus lins que des Iilels d'or, descendaient par boucles jusqu à terre; il y a\ait plusieurs corbeilles autour d'elle, aiin que les pierreries qui tombaient de ses cheveux ne fussent pas perdues ; l'étoile de son front jetait des feux dont on avait peine à soutenir l'éclat; et la chaîne d'or de son cou n'était pas moins belle que les précieux diamants (lui ruisselaient de sa chevelure. Le secrétaire avait bien de la [)eine à croire ce ([u il \o\ait ; mais la princesse, ayant choisi la plus grosse [)erle, le pria de la garder en souvenir d'elle; c'était la même perU^ cpie les rois d'Lspagne estiment tant sous le nom de Pcrcgrina, ce (pli veut dire Pi'Icriney [)arce ([u'elle vitMil <1 une vovageuse.
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Le secrétaire, confus d'une si «grande libéralité, prit congé d'elle , et salua les trois princes, avec lesquels il demeura longtemps pour s'informer d'une partie de ce qu'il désirait savoir. Il retourna en rendre compte à la reine-mère, et la confirma dans les soupçons qu'elle avait déjà. ïl lui dit que Chéri n'avait point d'étoile, mais qu'il tombait des pierreries de ses cheveux comme de ceux de ses frères, et qu'à son gré c'était le mieux fait; qu'ils venaient de fort loin ; que leur père et leur mère ne leur avaient donné qu'un certain temps pour visiter les pays étrangers. Cet article déroutait un peu la reine, et elle se figurait quelquefois que ce n'étaient point les enfants du roi. Elle flottait ainsi entre la crainte et l'espérance.
Quelques jours après, le roi, qui aimait fort la chasse, alla du côté de leur maison ; le grand écuyer, qui l'accompagnait, lui dit en passant que c'était là qu'on avait logé par son ordre Belle-Étoile et ses frères.
— La reine m'a conseillé, repartit le roi, de ne les pas voir : elle appréhende qu'ils ne viennent de quelque pays infecté de la peste,
— Cette jeune étrangère, repartit le premier écuyer, est en effet très dangereuse; mais, sire, je craindrais plus ses yeux que la contagion.
— En vérité, dit le roi, je le crois comme vous. Et poussant aussitôt son cheval, il entendit des instruments et des voix ; il s'arrêta proche d'un grand salon, dont les fenêtres étaient ouvertes , et après avoir admiré la douceur (k» vv[[v symphonie, il s'a\anca.