‹ La morale; ou, la philosophie des moeursChapitre 10 sur 30 · I.) — Morale jyrovisoire de Descarlcs · texte numérisé non relu

I.) — Morale jyrovisoire de Descarlcs

On est donc surpris à juste titre de voir l'un des deux créateurs de la philosophie moderne, un penseur d'essence rationaliste et spiri-

tualiste, se donner l*air lU) Vf)iilt»ir iM*ati(|iier relie maxime.

C'est bien, en efVel, ee «nie hesrnrtes semble vouloir faire, quand il se trace ses fameuses refiles de conduite. « La prc-mière , dit-il, «'«tait d'obéir aux lois et aux coutufncs de mon pays, retenant constamment la relij^ion en laquelle Dieu m'a fait la grâce i'èArt' instruit des uïon enfance nt me gouvernant en toute autre chose suivant les opinions les plus modérées et les plus éloignées de l'excès qui fussent communément reriips en pratique par les mieux sensés de ceux avec lesquels j'aurais à vivre. »

Cela, certes, est étrange dans une telle bouche. Toutefois, ce n'est pas là un système. Descartes ne s'acconmioda d'un (Mnpirisme aussi vulgain» qu'en attendant qu'il eut pu examiner et choisir.

i.) — Hobbes.

Hobbes, au contraire, proclame systématiquement et en dernière analyse , à titre de réfonnatpur, la morale des lois et coutumes de chaque pays. Hobbes, sans x contredit, un des penseurs les plus remarquables d'une époque de crm^lle a?;:itation et de dissimulation singulière ', offre

1 Voir notre Histoire â^x Dnct, nior. et jtnlitiq., ii, p. i*i9.

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cet attrait, de professer ses théories avec plus de franchise que nul autre; Machiavel lui-même n'a pas subordonné les principes éthique» aux principes politiques avec moins de réticence; mais nul ne blesse davantage la saine morale et la bonne théologie. Ce que Descartes évite avec le plus de soin, la rupture avec Tune ou Vautre, Hobbes le provoque avec une sorte de hauteur et de témérité. La pensée de Hobbes ne connaît que des corps, car les corps seuls sont des substances, et Thomme lui-même n'est qu'un corps intelligent et animé, capable de sensations et d'affections. L'idée du Bien et du Mal n'a d'autre base que la sensation agréable ou désagréable, et c'est tout simplement une loi de la nature, d'éviter l'un et de rechercher l'autre. Point d'autre principe de morale. L'homme étant capable de jouir et de souffrir, sa loi unique est de souffrir le moins et de jouir le plus possible. Il a tous les droits que cette loi lui confère : il peut tout tenter pour son bonheur, et puisque le Bien et le Mal ne sont que l'agréable et le désagréable, c'est-à-dire dépendants des personnes qu'ils affectent, l'un et l'autre, loiu de jien offrir d'absolu, varient selon l'individu, l'âge et les circonstances. Cela est si vrai qu'il n'y a de règle commune ni pour l'un ni pour l'autre ; chacun se fait la sienne. N'étaient les lois et les coutumes de chaque pays,

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il n y aurait rien de commun ni d'obligatoire pour

Tek sont les principes que Hobbes se plait à reproduire, sous toutes les formes, dans ses traités deTHomme, du Citoyen, de la Nature humaine, le Léviathan, etc. Un de ses partisans ose soutenir publiquement ces quatre propositions : 1** Le droit est fondé sur la force ; 2"" la justice dépend de la hi positive : telle loi, telle justice ; 3" TEcriture sainte elle-même ne fait loi dans un pays que par la volonté du magistrat qui la proclame et l'applique ; 4^ quand même la loi de TËtat est opposée à 1a loi divine , on lui doit obéissance.

Ces maximes ne sont pas cruement formulées par Hobbes, mais elles résument parfaitement ses textes. Ainsi, Hobbes déclare révolutionnaire la doctrine, que l'appréciation du Bien et du Mal, du juste et de l'injuste, appartient aux sujets, et n'est pas déterminée par le souverain et par les lois. Et c'est encore professer des maximes révolutionnaires que do dire : les sujets pèchent en obéissant à des ordres injustes ; la mise à mort d'un tyran est permise; le souverain est, lui aussi, sujet aux lois ; le pouvoir souverain peut être divisé ; les citoyens ont à leurs biens un droit de propriété absolue. Que la mise à mort d'un tyran est permise, li'est une formule inadmissible, dit-il, car qui décidera si un prince est un tyran ?

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Les faits? iNoii, les faits ne sont pas des jugements. Pour ce qui est de soumettre le roi luimême aux lois d'un pays, ceci était autrefois une maxime sacrée, que celui qui fait la loi est audessus d'elle, puisqu'il peut en faire d'autres et ih) contraires. Dire que le pouvoir doit être partagé, c'est le dénier au roi. Et ajouter que le prince n'a pas le droit de disposer de tous les biens, de toutes les parties du territoire où règne sa loi, c'est contester le libre exercice de son droit législatif.

On le voit, ce système est l'enfant du siècle, celui des révolutions d'Angleterre ; et des lumières de son temps Hobbes s'affranchit avec des maximes, les unes empruntées à l'Orient, les autres à Machiavel. D'autres encore le sont à Montaigne bien plus qu'à Descartes. Et toute doctrine qu'il qualifie de révolutionnaire, Hobbes la combat sans concession, sans hypocrisie, toujours au nom de l'Etat, qui ne doit puiser ses lois et sa politique que dans son intérêt, indépendamment de toute considération de droit moral ou d'ordre religieux. Ce n'est pas tout : Hobbes substitue à la morale non pas seulement la politique, mais la police. De temps à autre il a bien l'air de s'accommoder aux idées généralement reçues ; il parle d'une loi de la raison, qu'il fait identique à la loi naturelle et h la loi morale,' ce crui est très-

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admissible ; mai» ce; qu^il entoiiil par cva mois. c'est la loi de^ramour de soi c»t Je la conservation de soi. Et il a soin d'ajouter que leslumimes sont à ce point égoïstes, assujettis à leurs aiïerlions et esclaves de leurs passions, que l'état social j^ouvemé par l'autorité d'un monanlue trt\s-alKS(du est seul assez fort pour maintenir l'ordre <*t la paix dans leur milieu, en développant, au moyen d'une bonne loi, les instincts de bienveillance que la nature a déposés en leur sein. Mais il faut pour cela que la personne du chef soit sacrée, son autorité inviolable et sa loi leur conscience.

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