Locke et Shafiesbury
Locke lui-même, qui professe si ouvertement la lliéorie, que le berceau de la morale est à chercher au sein des institutions politiques, qui la fait naître de l'éducation et des mœurs, ne partage aucune des exagérations de Hohbes et se garde bien d'esquisser un système assis sur le fragile fondement qu'il suppose. Son élève, lord Shafiesbury, ([ui l'accuse si naïvement d'avoir perverti les plus saintes idées de religion, ne le fait pas davantage. Mais les principes qu'il professe dans ses Caracteristics ofmen^ mannerst opinions andtimes, é(|uivalent bien à un système, et ce sont les principes de l'empirisme, plus franchement avoués que dans
lâÔ LA MORALE.
Locke. Toutie la morale de l'élève imposé sur r amour ou la haine qu'en vertu de notre sens moral nous épl'ouvons pour certaines qualités, certaines actions et certaines affections de nos semblables. Est vertu, est métite ce qui s'attire l'approbation et l'amour, telle est la doctrine du traité de la Vertu et du Mérite du spirituel écrivaiïi. Il est bien vrai que s'il iiisistait sur son principe avec fidélité et conséquence, s'il en faisait réellement un principe suprême, l'écho d'une toi absolue, il arriverait encore à une règle telle quelle du devoir. Mais loin de là il est entraîné par ce fait vulgaire : « Ce que nous aimons et approuvons, c'est ce que l'éducation nationale, les mœurs publiques et la religion reçue nous habituent à aimer et à approuver, si bien que le sens moral est, sinon immolé aux lois et aux coutumes des. peuples, du moins façonné et modifié par elles au point qu'en dernier ressort notre moralité est leur œuvre.»
Ce qui est encore plus étrange, c'est de voir le plus indépendant des libres penseurs du dernier siècle, Rousseau, qui a tant appris de Locke, en revenir tout simplement à Hobbes et à Descartes, en ce qui concerne, non pas la morale, mais ce qui est partout la source de la morale, la religion. « Honteux d'être exclu de mes droits dfe citoyen par la profession d'un autre culte que celui de mes pères, je résolus de reprendre. ouvertement
ce dernier. Je pensais <jui' TEvangile rtan! lo même pour tous les chrétiens, K le fond du do^nie n'étant différent qu'en ce qu'on se mêlait d'oxpliquer ce qu'on ne pouvait entendre, il appartenait en chaque pays au seul souverain do fixrr et le rulte et ce dogme inintelligible, et qii'il était p.ir conséquent du devoir du citoyen d'admettre le dogme et de suivre le culte prescrit p^r la loi.... Jugeant qu'il n'y avait pas pour un homme raisonnable deux manières d'être chrétien, je jugeais aussi que tout ce qui est forme et discipline était dans chaque pays du ressort des lois ' . »