Mandeville
Locke et Shaftesbury se flattaient d'avoir aidé Cumberland à renverser le système de Hobbes, lorsque Mandeville osa le professer sous des formes plus vives encore.
Mandeville, contemporain de Locke et de Shastesbury, vint faire à l'égard du second ce que celuici avait fait au sujet du premier, l'accuser d'avoir altéré la vérité. Dirigeant ses plus vives attaques contre la partie un peu saine de la morale de Shaftesbury, il nia comme lui le Bien et le Mal moral ou absolu, et mit à la place du Bien personnel le Bien
* Confessions^ liv. vm, p. 203.
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social. Est Inon, dit-il, ce (jui est prescrit par les lois du pays et «par ses institutions politiques, quand elles sont ce quelles doivent Hre^ restriction jetée en avant pour les besoins et les éventualités de la polémique. Sans s'y arrêter, Mandeville ajouta que ce n'est pas à la morale, mais à la loi du pays qu'il appartient de déterminer ce qui est bon et ce qui est mauvais. La morale reçue se trompe et trompe les peuples. Elle proscrit ce qu'elle appelle vices. Or, il est toute une série de vices salutaires , c/est-à-dire avantageux à la société. Il est même des vices nécessaires pour la prospérité des empires. Sans doute il est des vertus qui le sont aussi, seulement ces vertus ne sont pas ce que pense le vulgaire. Et qui sont-elles? Ce sont toutes ces tendances inénumérables qu'on peut résumer en trois mots : la, vanité, l'orgueil et l'amour-propre, qualités ordinairement qualifiées de mes, mais réellement très-morales^ puisqu'elles sont utiles à la société. Telle est la doctrine du 'poème La fable des Abeilles. Mandeville la développa dans un commentaire étendu, de quatre volumes, plusieurs foi^ réimprimés.
Cette glorification du vice ou du moins de ceux
des vices qui font la prospérité publique, publiée
' à Londres, en 1723, ne fit, à la vérité, un peu de
bruit que dans le JNord, mais Mackintosh a tort d'en
qualifier l'auteur de moraliste bouffon, de sophiste
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de taverne, puisque sa tlié(»rie a provotjur tonte uue série de réfutations érudites et trouvé dans un siècle aussi grave que le nôtre des élèves qui ont fait de sa proposition fondamentale eelle de leur morale.
En effet, Thonnéte Benthaiii, qui répèle ce principe de Hohbes, Est bon ce qui fait plaisir, est mal ce qui fait peine, répète aussi cet autie de Mandeville, Eét bon ce qui est utile, c'est-à-dire ce qui augmente la somme de plaisir ou diminue la somme de malheur d'un individu ou d'une so-' ciété. Tel est le sens qu'il donne aux mots de justice, de bojité, de légitimité, de moralité d'une action, et il montre dans l'application de son idée une rudesse et une abondance de déductions qui révoltent et fatiguent au même degré.