Uulevoit et tohliyaiiou
S'il est une loi universelle et absolue, elle est obligatoire pour tous ceux qui appailiennent au monde moral, sans exce^ion aucune, et Tobligation d'obéir à la loi, à la totalité de ses préceptes, ne constitue que le moindre de leurs devoirs, que la forme extérieure : leur devoir véritable, complet et pur, c'est d'aimer et de préférer h règle, parce que c'est le bien. C'est là une conséquence à laquelle la raison ne saurait se refuser. Toutefois' la tâche qui s'impose à chacun, comDie but suprême de ses œuvres, n'est pas la réalisation du bien absolu. Nul ne réalise le bien absolu, hormis un seul, qui est ce Bien. Le bien d réaliser par chacun de ceux (jui sont faits à son image, n'est que le bien relatif, (^est là notre * bien à nous, le bien à faire par nous. Il est d'ailleurs de même natun» que le bien absolu, r'est-à-
liO LA MORALE.
dire que, si relatif et subordonné soit-il, il esl le bien parfait s'il est compris, aimé et réalisé, abstraction faite de toute autre chose que luimême. Le bien est non pas préférable seulement, mais il y a pour nous, en vertu de sa natut'e et de la nôtre, obligation de le préférer, non point parce qu il est utile ou que son contraire serait funeste, mais parce qu'il est ce qu'il est, et que nous sommes faits pour T aimer. Dire que telle est la volonté de l'auteur de tout, de celui qui est à la fois le législateur et la loi de toute existence morale, ce ne serait rien comprendre au mal ou au bien : cela est, parce aue telle est la nature essentielle du bien, que dans le monde moral tout est moral, nous-mêmes, le but et les moyens, la raison et la fin de notre existence, l'auteur de la loi et le juge qui règne en tout. Cela est logique.
Tel est à la fois, de toute rigueur, le véritable caractère du bien et le véritable caractère de la loi, de l'obligation et du devoir. On ne peut pas faire le bien par calcul, car le calcul en change la nature. Que nous le fassions par calcul, pour amasser des récompenses, et que nous évitions le mal pour fuir des peines, ce n'est plus le bien et nous sommes en dehors delà moralité, du mérite.
Mais si nul n'est tenu à réaliser le bien absolu, vu que nul ne le peut; si chacun n'est tenu qu'à son bien, celui qu'il peut réaliser, peut-il être
question pour l'homme de toute la loi? (]ommèiit un'è loi absolue, universelle et étemelle, peut-elle être obligcitoire pour lui ? Est-elle faîte pour lui tout entière, ou ne Test-clle qu'ett partie? Puisqu'elle est divine et nécc^ssaîrement à la "hauteur des perfections suprAmes, elle doit oblig'et* les anges plutôt que le morîfel qui ne saurait Tôbservel: comnie eux. N'étant pas ce qu'ils sotlt, ne la connaissant pas comme ils la (Connaissent, Bt quahd même il la connaîtrait comme eux, ne trouvant pas dans sa natuï*e les ressources qu'ils trouvent dàiis la leur, il ne saurait même avoir l'ambition de faire comme eux. Placé loin des intelligences rapprochées de la perfection divine qui l'accotnplissent dans des sphères plus élevées, dans des carrières plus vastes, il doit comprendre parhumilité qu'une loi faite pour elles ne peut lui èitù donnée tout entière, qu'elle n'est ob^igâtôii'e f^btlr lui que jusqu'à un certain degré. ^S['est-il pas èhtourë d'êtres auxquels elle ne s'applique pas d'à tout? S'il se distingue d'eux par ses facultés liioràles, quoiqu'ils lui ressemblent par leur orgaiiisnl'e, ehcore que le sien soit plus parfait, il se distingue encore davantage des purs esprits. N'y a-t-il pas là, en cette différence, une indication sûi-e (Jû'il n'appartient pas tout entier à Tordre suprême ? n'y a-t-il pas d'ailleurs en sa nature niêUie quelque chose qui lui dit quelle est
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sa loi et en quel sens telle dtîs esprits supérieurs est obligatoire pour lui? Le plaisir qu'il trouve à certains actes et le déplaisir que lui donnent les autres, voilà sa nature et sa règle; voilà la part qui^lui est faite.
Si cette argumentation n'était qu'une théorie, elle nous arrêterait peu : le moraliste ne conçoit qu'une loi universelle pour tous les êtres moraux, et toute autre est un non-sens ; mais elle est un fait. (Test la pratique générale qui raisonne ainsi, et presqiîe. tous nous agissons comme si nous raisonnions ainsi. Or, faire à l'hoitime seul, dans le monde moral, un domaine à sa convenance, c'est procéder en morale comme procéderait en astronomie celui qui viendrait, au nom de la terre, déclarer qu elle a ses lois propres et .que celle de l'univers n'est pas faite pour elle.. Loin de là, l'obligation est absolue comme la loi; nous ne sommes pas tenus seulement jusqu'à un certain • point : êtres moraux et dans un monde moral, nous sommes obligés strictement et absolument, non pas en vertu d'un ordre de choses arbitraire, mais en vertu d'un ordre de choses déterminé qui forme pour nous un code indéclinable, un lien indissoluble. Du seul fait moral bien saisi dans l'homme se déduit la démonstration qu'il est obligé à la loi. Et s'il l'est par sa nature, il l'est aussi au nom de l'irrésistible lumière de ses idées et do
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rindiscutablo autorit<^ de sa r(insri«?no<'. Tous sos oracles à la fois lui iu]j>os<»iit la loi ontièn» roiimir une obligation inviolahU». un <lfvoir absolu. Il n'est pour cela besoin d'aueune démonstration. L'idée du devoir est ininiédiale, et le sentiment de Tobligation règne sur nous de lui-même; le témoin qui nous apprend tout ce qui est en nous, la conscience, nous dit même que le Bien, ne fut-il pas une loi, doit être cboisi par nous, uniqu(*men( parce qu'il est le Bien et que nous somuu'.s faits pour lui comme il est fait pour nous.
La preuve (jue la loi est obligatoire tout entière pour riiomme, ce n'est pas seulement l'existence d'un bien absolu, d'une loi absolue, e'esl encore Fexistence en son âme d'un ordre i\r, choses ({ui correspond a la loi et au Bien absolu. Qui conçoit la loi asjùre au Bien, à ce point qu'il n'y a pour nous' ni satisfaction, ni paix ailleurs. Ce n'est là qu'un petit fait, jmrenu^nt humain; mais les faits sont décisifs, si petits (ju'ils soient, et celui-là n'est pas un reflet seulement, il est divin lui-même.
Nous avons vu que sur le fait humain certaines écoles fondent la morale tout entière, et d'autres même la démonstration de l'existence de Dieu. (Test à tort qu'ils prennent au bas de l'échelle ce qu'il est plus naturel de ju'(»ndre au haut; mais ce fait, pour être moins éclatant ^'t moins yniversel.
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est tout au$si sûi; qae celui qu'il néftéchi,^ çn pur écho.
Est-ce sur ce fait qu'on doit g^^eoir tout système de morale ?