I. lUd,, p
contient plus de bien que l'autre, c'est-à-dire plm de plaisir : deux plaisirs ne peuvent donc différer que par la quantité. Si vous dites au contraire que de deux plaisirs, l'un est en soi, et par sa nature propre, meilleur que l'autre, il faut qu'il y ait quelque chose qui ne soit pas le plaisir même pour donner à l'un cette supériorité sur l'autre. La qualité des plaisirs ne peut pas dériver du plaisir lui-même, mais des différentes causes qui le produisent; car, en tant que plaisirs, tous se valent si ce n'est par la qualité. S'ils ne se valent pas, s'ils contiennent plus ou moins de' noblesse, de pureté, de délicatesse, si c'est ainsi qu'on doit les distinguer et les mesurer, il faudra dire que le bien n'est pas le plaisir, en tant que tel, maie le plaisir en tant que noble ou délicat; et par conséquent le bien sera précisément ce noble, ce délicat, qui met certains plaisirs privilégiés au-dessus de tous les autres.
L'ingénieux auteur le reconnaît lui-même lorsqu'il dit que le bonheur humain n'est pas du môme ordre que le bonheur de l'animal, puisqu'il dérive de facultés plus eVeî?ees ^Mais qu'est-ce qu'une faculté plus élevée? N'est-ce pas une faculté qui, en soi, et avant même qu'elle nous procure du plaisir, est plus noble, plus excellente, meilleure qu'une autre? Il y a donc un principe d'appréciation qui ne sera pas le plaisir; et les choses différeront déjà en degré, en excellence, en valeur intrinsèque, avant de différer par les plaisirs qu'elles nous causent : si elles ne différaient pas déjà par quelque excellence intrinsèque, les plaisirs qui en
1, « Hurnan beings hâve faculties more elevated than the animal appetites. » P. li.
dériveraient pourraient différer en quantité, non en qualité. Il y a donc déjà du bien avant qu'il y ait du plaisir, et le plaisir n'est pas le bien, mais il est la conséquence du bien : il n'est pas la mesure du bien, mais c'est le bien qui est sa mesure.
M. Mill a très-bien compris la difficulté de concilier le principe du plaisir, comme principe fondamental de la morale, avec le correctif qu'il y ajoute aujourd'hui, à savoir le choix de la qualité dans le plaisir ; il cherche un critérium pour distinguer la qualité des plaisirs sans renoncer au principe fondamental de la doctrine utilitaire, et voici le moyen ingénieux dent il s'est avisé :
« Si on me demande ce que j'entends par la différence de qualité dans les plaisirs, il n'y a qu'une réponse possible. Lorsque de deux plaisirs il en est un auquel tous ceux ou presque tous ceux qui ont l'expérience des deux donnent une préférence marquée, sans y être poussés par aucune obhgation morale, celui-là est le plaisir le plus désirable. Si des personnes en état déjuger avec compétence de ces deux plaisirs placent l'un tellement au-dessus de l'autre, qu'elles le lui préfèrent, tout en le sachant accompagné d'une plus grande somme de mécontentement, nous sommes en droit d'attribuer à la jouissance préférée une supériorité de qualité qui l'emporte sur la quantité ^ »
On voit par là que M. Mill cherche à découvrir un critérium empirique de la qualité du plaisir, critérium qui ne soit pas tiré de la valeur intrinsèque et absolue des cîjoses, mais seulement de l'appréciation générale des hommes ; €t