CHAPITRE PREMIER
De l'idée de bien qui est l'objet, le but, la fin des actions humaines, nous passons maintenant à l'idée de devoir^ qui est la loi, la règle, et, comme s'exprime Kant, la forme de ces ruêmes actions; de cette partie de la morale que nous avons appelée, pour îixer les idées, morale objective^ Dous passons à cette autre partie que, dans le même but, nous appellerons morale formelle^ réservant pour une troisième partie de ce traité l'étude des conditions swôjectwes de la moralité. Sans doute ces distinctions sont artificielles et ne reposent que sur des abstractions ; mais ces abstractions sont utiles pour la précision des idées.
174 liA MORALE.
Par exemple, la loi du devoir suppose nécessairement un agent capable de la connaître et de l'appliquer, et doué par conséquent de conscience et de liberté : sans de telles conditions subjectives, pas de devoir; mais cependant on peut considérer la règle de nos actions abstraction faite de ces conditions. L'idée de la règle a encore quelque chose d'objectif; car on peut la contempler en soi, dans son caractère universel et absolu, avant de l'étvidicr dans la conscience humaine où elle se modifie suivant l'état des lumières et des sentiments. Le /orme/ devra donc précéder le subjectif dans l'analyse des principes de la moralité. Or, au dire de tous les hommes, cette forme ou règle de toutes nos actions est ce que l'on appelle le devoir.
Nous avons ici plusieurs questions à elcaminer : 1° y ai-il une telle règle? 2° en quoi consiste-t-elle? quelle est son essence, sa définition? 3° sur quel fondement repose-t-elle? quel est le principe de ce que l'on appelle généralement l'obligation morale?