‹ La moraleChapitre 3 sur 67 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

et qui est indépendant de notre maniëre de sentir.

C'est en se plaçant à ce point de vue que les anciens rangeaient avec raison les biens en trois classes : les biens extérieurs, les biens corporels, les biens de Xâme, et qu'ils considéraient les biens de l'âme comme supérieurs à ceux du corps, et ceux-ci comme supérieurs aux biens extérieurs.

Ce qu'il y a de plus excellent pour l'homme, c'est donc l'excellence lie son âme, et, dans son âme, de la partie la plus haute et la meilleure, la personnalité, c'esl-à-dire la volonté raisonnable.

Mais l'excellence de la personnalité ne consiste pas seulement en elle-même, elle consiste encore dans son union avec la personnalité des autres hommes, c'est-à-dire dans la fraternité et aussi dans son dé^ vouement à des biens impersonnels, tels que le beau, le vrai et le saint.

Cette excellence idéale de la personne humaine est ce que l'on appelle \di perfection ; et l'on pourra dire avec Wolf que bien est la perfection.

Mais de ce que nous avons distingué le bien et le plaisir, il ne s'ensuit pas que le plaisir ne soit pas un bien ; car nous admettons avec Aristote que le plaisir est inséparable de l'acte, que l'acte le plus élevé donne le plaisir le plus élevé, et que la perfection est en elle-même une source de bonheur. C'est en ce sens que l'on dira avec Aristote, avec Malebranche, avec Leibniz, etc., que le bien, c'est le bonheur.

vin PRÉFACE.

Le bien pour l'homme ne peut être que son propre bien ; c'est ce quo les utililaires ont bien vu ; car il serait contradictoire qu'un être fut tenu de poursuivre un but contraire à sa nature. Toutes les lois ont pour objet l'avantage des sujets dont elles sont les lois. La loi morale seule serait-elle au détriment de ceux auxquels elle commande ! C'est ce qu'il est impossible d'admettre. Elle serait alors une loi de tyrannie, non de justice et d'amour.

Ainsi le bien est en même temps le bonheur. Mais lebonheur n'est pas, comme le veut Bentham, un calcul, un choix, une combinaison de plaisirs ; c'est la plus haute joie, le plus pur plaisir, adéquat à la plus haule excellence.

La doctrine de la perfection et la doctrine du bonheur^ qui s'identifient dans le fond, n'excluent point la doctrine du devoir. Le devoir, c'est la loi qui nous impose de rechercher noire perfection, c'est-à-dire notre vrai bonheur.

Comme il y a un bonheur vrai et un bonheur faux, un bonheur qui résulte de l'excellence de notre nature, et un autre de notre sensibilité satisfaite, on comprend qu'il puisse y avoir une obligation de rechercher le vrai et de sacrifier le faux. C'est ce qu'entendent tous les moralistes en opposant les vrais biens aux faux biens, et en recommandant aux hommes de rechercher les premiers, et non les seconds.

Comme l'homme veut naturellement le bien, d'une

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