Voir cette déduction dans Kant, Doctrine du droit
â64 La mûralé.
la difficulté presque insoluble de ce problème qui fait que les bons esprits tendent de plus en plus à s'accorder pour demander que la contrainte ne soit pas employée dans ce cas, pensant que l'accord des libertés se fera beaucoup mieux par l'usage et par des concessions réciproques que par une intervention extérieure et grossière qui menace toujours de frapper le droit en frappant l'abus.
3° Dans certains cas, pour user de la liberté, il suffit de le vouloir; la violation du droit consiste précisément à endormir ou à aveugler le vouloir : c'est le cas de la tyrannie morale ou intellectuelle. Dans ce cas le droit de contraindre estimpossible, tant que le droit ne se sait pas violé; et il devient inutile aussitôt qu'il le sait. Par exemple, vous voulez me maintenir dans la servitude intellectuelle, mais aussitôt que je m'en aperçois, je n'ai qu'à le vouloir pour que cette servitude cesse. Vous me donnez de mauvaises raisons; je n'ai qu'à vous faire des objections pour vous forcer à m'en donner de bonnes. Si au contraire je ne m'aperçois de rien, à quoi me servirait le droit de vous contraindre à respecter ma raison ?
En définitive, pour résumer toute cette discussion, 8Î vous considérez un devoir en lui-même, quant à sa /brme, vous trouverez qu'il n'y a pas de devoir large. Un devoir est un devoir : s'il n'était pas tout à fait un devoir, il ne le serait pas du tout. Admettre que le devoir en lui-même et dans son essence peut être large, c'est admettre qu'il n'est pas tout à fait un devoir, qu'il l'est plus ou moins : ce qui est une contradiction. En ce sens, tout devoir est strict.
D'un autre côté, si l'on considère le devoir, quant à sa
matière, quant à la chose ordonnée, on voit que le devoir n'est absolument strict que lorsque sa matière est un objet physique, limité, miîurable, reconnaisiabîc à des signes précis, mais qu'à mesure que le devoir s'élève, qu'il s'applique à des choses plus délicates, à l'âme, au sentiment, et en généi'al à un objet, quel qu'il soit, dont la nature est indéterminée, le devoir devient à son tour indéterminé : c'est ce que Ton entend par l'expression de devoirs larges, qui, bien loin de signifier les moindres de nos devoirs, en exprime au contraire les plus nobles, les plus purs^ leg plus délicats.