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CHAPITRE IV

Il n'y a pas de plus grand embarras pour le moraliste que celui qui naif de la diversité, de la mobilité tl de !a contradiction des opinions et des «nœurs parmi les boiiiiiies, Les sceptiques s'emparent de cet argument pour combattre la doctrine d'une morale absolue ; les dogmatiques persistent^ malgré les apparences, à soutenir l'existence d'une telle morale. Les prenaiers ne voient dans ce qu'on appelle la morale que le résultat complexe des habitudes, des intérêts, des instincts variables et multiples des diverses races humaines; les autres affirment qu'il existe un fonds de morale naturelle, une loi non écrite, plus ou moins connue de tous les hommes, plus ou moins altérée par les penchants et les intérêts, mais qui partout commande le bien et défend le mal avec une autorité irrésistible. Même conflit dans le domaine du droit. L'école sceptique, appuyée cette fois de l'école historique et même de l'école traditionaliste, maintient que le droit n'est, comme la morale, que le résultat des faits , des besoins, des circonstances et des mœurs. L'école philosophique et rationaliste

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proclamé au contraire un droit naturel, éternel, imprescriptible, antérieur et supérieur, comme on dit, aux lois écrites, et duquel celles-ci doivent relevsr pour être justes. Ce débat n'est pas sans importance, même en politique : on peut dire même qu'il est le fond des grands conflits politiquesde notre siècle.

Bornons-nous à ia morale. Montaigne est le premier des modernes qui ait développé dans toute sa force l'arg-ument sceptique contre la morale'. Tout le monde connaît son admirable chapitre sur Raymond de Sebonde, arsenal vraiment inépuisable d'objections et de difficultés contre la raison humaine. Nos sceptiques modernes n'ont guère eu autre chose à faire qu'à y puiser à pleines mains. « Ils sont plaisants, dit-il, quand, pour donner quelque certitude aux lois, ils disent qu'il y en a aucunes fermes, perpétuelles et immuables qu'ils nomment lois naturelles, qui sont empreitites en l'humain genre par la con" dition de leur propre essence, et de celles-là, qui en fait le nombre de trois, qui de quatre, qui plus, qui moins; or ils sont si disfortunés que de ces trois ou quatre lois choisies, il n'y en a une seule qui ne soit contredite et désavouée non par une nation, mais par plusieurs... Il n'est chose en quoi le monde soit si divers qu'en coutumes et en lois. Telle chose est ici abominable, qui apporte recommandation ailleurs, tomme en Lacédémone la subtilité de dérober; les mariages entre les proches sont capitalement défendus entre nous, ils sont ailleurs en honneur. Le meurtre, meurtre des pères, communication

1. Dans l'antiquité, Carnéade s'était déjà servi de cet argument. Voir Cicércsi. De Revublicat

des femmes, trafic ae volerie, licence à toules sortes cIg voluptés, il n'est ïien en somme si extrême qui ne se trouve reçu par l'usage de quelque nation K »

lîlt cependant ce même Montaigne, qui se complaît dans ces sortes de contradictions , a écrit ailleurs cette belle parole, qui est la condamnation des lignes précédentes ; « La justice en soi, naturelle et universelle, est autrement réglée et plus noblement que n'est cette autre justice spéciale , nationale, contrainte au besoing, de nos polices ^ ))

Pascal a repris à son tour, comme chacun sait, la thèse de Montaigne, et lui a presque emprunté son langage et ses paroles en y ajoutant ce ton fier, hardi et méprisant qu'il porte partout, et qui est en quelque sorte son signalement : (( Si l'homme connoissoit la justice, il n'auroit point établi cette maxime, la plus générale de toutes celles qui sont parmi les hommes : que chacun suive les mœurs de son pays ; l'éclat de la véritable équité auroit assujetti tous les peuples, et les législateurs n'auroient pas pris pour modèle, au lieu de cette justice constante, les caprices des Perses et des Allemands. On la verroit plantée dans tous les États du monde, et dans tous les temps, au lieu qu'on ne voit presque rien de juste ou d'injuste qui ne change de qualité en changeant de cHmat. Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité. Le droit a ses époques. L'entrée de Saturne au Lio)\ nous montre l'origine d'un tel crime. Plaisante justice

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