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Locke, Essai sur V entendement humain, \, ii

2. J'ajoute que le duel ne s'est défendu si longtemps que parce qu'il a aussi quelque chose de beau moralement, la mort affrontée de sang-froid, le sentiment de l'honneur, qu'aucune loi positive ne peut défendre aussi efhca,ceii»eut, etc.

UNIVERSALITÉ r>F> PRINCIPES MORAUX. 403

étant consenti d'un commun accord entre le voleur et les citoyens, perdait le caractère du vol ; car si je consens à ce que vous me preniez quelque chose, c'est évidemment que vous ne me volez pas. Les Spartiates, pour frivoriser l'adresse à la guerre, autorisaient cette sorte de jeu qui était sans doute soumis à des règles fixes. C'est comme si on disait qu'à Rome on ne reconnaissait pas la distinction des maîtres et des esclaves, parce qu'aux saturnales la loi et la coutume permettaient que le rapport du maître à l'esclave fût renversé.

Il faut encore écarter du débat toutes les coutumes, mœurs, institutions, qui sont diverses selon les divers peuples, selon leur situation géographique, leur climat, leur tempérament, etc., et qui n'ont point de rapport à la morale. La morale n'exige point du tout que tous les individus soient absolument identiques ; elle ne l'exige pas davantage des races et des peuples. La nature n'ayant jamais fait deux individus absolument semblables, et même cette similitude absolue, suivant Leibniz, étant impossible, la morale ne peut prescrire ce que la nature des choses exclut infailliblement. Chacun d'eux pourra donc, sous une même loi. morale, avoir son caractère propre, son régime, son humeur, ses habitudes, ses plaisirs. Pourquoi n'en serait-il pas de môme des divers peuples? La morale ne me défend pas d'être enjoué, ni à mon voisin d'être sévère et triste. De même il y aura dos peuples qui auront l'imagination légère, vive, enjouée, qui aimeront le plaisir, les fêtes, les danses, en un mot les joies de la vie. D'autre peuples seront âpres, sévères, ardents au tiavail, amis des austérités. Ceux-ci traiteront les premiers de frivoles ; les

autres à leur tour traiteront les seconds de barbares. Le sage reconnaîtra que ces qualités diverses sont légitimes et introduisent heureusement la diversité dans l'espèce humaine, (l demandera que les peuples ne quittent pas trop facilement leurs mœurs primitives et originales. De cette diversité naturelle des caractères et des penchants, en même temps que de la diversité des climats et de ce que l'on appelle aujourd'hui les milieux, naissent dans chaque peuple des habitudes différentes, des régimes et des loî^ qui ont là leur explication et leur raison d'être. En ce sens, rien n'est plus vrai que cette maxime qui scandalise Pascal : « Que chacun suive les mœurs de son pays, » dont le corollaire, bien connu des voyageurs, est qu'il faut suivre également les coutumes des pays étrangers que l'on visite. Cette maxime n'a absolument rien de contraire à la morale; elle est même une maxime morale, car rien de plus injuste que de choquer les mœurs de ceux dont on reçoit l'hospilalité, et il est au moins sage, sinon obligatoire, de vivre comme les autres hommes, en tant du moins que l'on n'y trouve rien de contraire à la justice. L'idée d'une uniformité absolue dans les mœurs de tous les peuples de l'univers est une conception abstraite semblable à celle d'une langue universelle. Là morale n'exige pas que tous les hommes parlent une même langue; elle n'exige pas davantage qu'ils se vêtent, se nourrissent, se réjouissent, se gouvernent de la même manière. Il faut laisser beaucoup au naturel. L'erreur de certains philosophes, et c'est celle de Montaigne et de Pascal, est de croire que toute diversité résulte du caprice et de la fantaisie; mais la diversité, aussi bien que l'unité, est fille de la nature. Les

mêmes plantes changent de port, d'aspect, de couleur selon les climats. Pourquoi en serait-il autrement de l'huma, nité?

Il est facile de s'expliquer, nous l'avons vu, comment les dépositions qui nous sont fournies sur les mœurs des races inférieures sont en général très-défavorables et semblent autoriser les conséquences énoncées plus haut. Cependant une étude plus attentive des récits des voyageurs ferait, je crois, pencher la balance, et nous montrerait chez tous les peuples le bien et le mal constamment mêlés comme chez nous; je ne doute pas qu'un examen désintéressé ne réussît à prouver que les idées morales des peuples sauvages ou demi-sauvages sont supérieures à celles que nous leur supposons généralement. Nous ne pouvons ici que détacher quelques traits d'un tableau qui est à faire. Cette esquisse, faite librement et au hasard de nos lectures, sera l'indication de ce que pourrait être une étude plus systématique et plus rigoureuse.

Les populations du Soudan et de la Sénégarabie ne sont pas, à proprement parler, des populations sauvages; elles tiennent le milieu entre l'état sauvage et l'état civilisé ; elles sont agricoles et commerçantes, ce qui est déjà un pas vers la civil isation ; elles ont une police assez passable ; enfin leurs rapports avec les Arabes et les Maures leur ont donné une sorte de culture religieuse et même intellectuelle. Cependant elles appartiennent à la race noire, cette race déshéritée, nous dit-on, de toute espèce de sentiment moral, et qui s'élève à peine au-dessus de la brute, au dire de ceux qui ne l'ont observée qu'à l'état de servitude. Ce n'est pas l'opinion de ceux qui l'ont étudiée chez

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elle, dans son propre pays : on peut à cet égard s'en rapporter au témoignage de deux des plus grands voyageurs des temps modernes, Mungo-Park et le D"" Li\ingstone. Le premier a observé la race nègre à son état le plus élevé; le second, au contraire, dans une condition de civilisation tout à fait inférieure et à peine au-dessus de l'état de nature. L'un et l'autre sont d'accord pour nous dire que la race noire a été calomniée, et qu'elle l'a été au profit d'une plaie et d'une lèpre qui est la principale cause de la dégradation même dont on s'autorise pour la justifier.

Rien de plus fréquent et de plus répandu que l'accusation de paresse et d'indolence dirigée contre les nègres : cette accusation a été longtemps et est encore l'argument favori des partisans de l'esclavage, ou de ceux qui le regrettent. Mungo-Park s'inscrit en faux contre ce reproche : « Sans doute, dit-il, la nature du climat est peu favorable aune grande activité; mais peut-on appeler indolent un peuple qui vit, non des productions spontanées de la terre, mais de celles qu'il lui arrache par la culture? Peu de gens travaillent plus énergiquement quand il le faut que les Mandingues ' ; mais n'ayant pas l'occasion de tirer parti des produits superflus de leur travail, ils se contentent de cultiver autant de terre qu'il leur en faut pour subsister ^, » Bans son intéressant abrégé des découvertes dont le Niger et l'Afrique centrale ont été l'objet, M. L. de Lanoye •

1. L'une des grandes subdivisions de la race noire. On les appell* aussi les Malinkès.

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