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DE LA MORALITÉ

Pour faire régner le bien il ne suffit pas de le montrer, de le décrire et de le séparer nettement du mal, il faut encore 'en faire un intérêt capable de dominer la volonté. En voyant des hommes sagaces et instruits se couvrir de vices, tandis que des hommes incultes font preuve d'une moralité incontestable, bien qu'élémentaire, on reste convaincu que la loi du bien, après avoir conquis les intelligences, doit encore conquérir les cœurs, et se faire du sentiment un auxiliaire capable de peser sur les déterminations les plus importan^tes. A ce prix, seulement, la morale peut sortir de la spéculation pure» devenir eflFective et diriger l'humanité.

Aucun sentiment n'est promoteur de la moralité autant que l'altruisme. Il a le beau privilège d'introduire, entre des personnes et des volontés dis-

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tincteS) les principes de mutualité et de solidarité qui mettent la vie entre les organes d'une plante ou ou d'un animal, il fait que Thomme combine son existence à l'existence de son semblable, il fait que tous ceux qu'il domine voient leur intérêt daos l'intérêt du prochain, il fait de la grandeur de l'un la grandeur de l'autre, de la prospérité de celui-ci la prospérité de celui-là, et du bien général la salisfaction de tous ceux qui s'y emploient. L'homme avec l'altruisme prend les caractères de la personne et devient un être sociable. Dès lors il s'agrandit de tous les services rendus et s'amoindrit de tous les services reçus tant qu'il n'a pas rendu l'équivalent. L'instinct des rapports que commande l'altruisme se nomme habituellement conscience et l'on applique ainsi à un seul ordre de faits une expression désignant tous les faits dont l'homme est conscient. Cette confusion est regrettable sous plus d'un rapport, et ne cesse que si les instincts de moralité sont rattachés à l'altruisme. Lorsque ce sentiment a grandi dans le cœur humain, par sélection naturelle et l'hérédité, il fait que la personne éprouve du plaisir en rendant service, et une sorte de douleur quand elle vient de nuire. Cette douleur tient» à la fois» de lliumiliation et de la 'déchéance, elle se mélange de honte, elle est le remords. A la suite vient le regret du méfait, le repentir qui aspire à se libérer du mal produit en le réparant, ou à l'expier, s'il e9t irréparable.

Tout eela est dans la logique de l'allnrisTne et de

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la mutualité qui eu est la conséquence, aussi tout cela se traduit-il en fait, au sein de la Société. Les êtres qui ne ressentent ni la joie intime du service rendu, ni la reconnaissance du service reçu» ni le remords, ni le repentir, ni Texpiation sont impropres à Tétat social et dépourvus de moralité. €elle-ci est d'autant plus complète que la Personne est mieux disposée à rendre tous les services qu'elle reçoit, à faire sa propre existence solidaire de l'existence d'autrui, à prendre sa par-t du bien et du mal survenus au prochain, à en éprouver les joies et les douleurs, les prospérités et les misères. Dès lors 1% membre de la société se sent obligé aux bonnes œuvres, sous peine de déchoir, de devenir indigne et de sortir des conditions de la moralité.

II suffit de l'altruisme pour avoir l'instinct plus Ou moins confus de l'obligation sociale; mais, lorsque l'intelligence se fait l'auxiliaire de l'instinct, la connaissance est plus précise et devient un guide plus sûr pour les actes soumis à la volonté. Constamment les hommes aboutissent au mal avec la meilleure intention de faire le bien, constamment la moralité peu éclairée devient infidèle à sa mission. N'a-t-on pas vu des mères étouffer leur enfant pour' le soustraire aux maux de la vie, des gens pieux considérer comme méritoire des persécutions contre les incroyants ou les hérétiques, des hommes condamner le savoir comme un agent de corruption pour l'humanité. Les gens instruits ne commettent pas de telles méprises; ils ne mettent pas au service

SIO MORALE POSITIVE.

du mal les forces qu'ils prétendent consacrer au bien. Lorsque la morale devient le mobile de leurs actions, ils sont habiles à la servir, ils se gardent d'imiter les moralités religieuses qui imposent mille maux au prochain, sous prétexte de servir le prochain.

Mais si Tintelligence a la mission de diriger le sentiment et d'empêcher qu'il n'aboutisse à des erreurs regrettables, elle ne peut guère en augmenter la force. Ceci est le fait de l'exemple, de Téducation, de l'habitude, des mœurs, en un mot, la moralité est le produit d'une action sociale dont le moraliste doit se préoccuper : s'il mesure la progression altruiste partant du nourrisson livré à la tyrannie de ses convenances propres, passant à l'aûolescent capable de militer pour ses parents ou sa maîtresse, arrivant à l'apogée chez l'adulte capable de se sacrifier froidement pour une idée, il constate que l'humanité a les moyens de donner à l'Individu toutes les qualités de la Personne.

Ces moyens se rattachent tous aux diverses formes de l'altruisme et à la direction imprimée à chacune d'elles, }[ faut donc étudier comment l'homme apprend l'amour d'autrui, l'obligation morale, le repentir du méfait, le besoin de le réparer ou de l'expier, la jouissance du bien-être général et la douleur dans le deuil public, si l'on veut obtenir les conditions de la moralité. Or cette étude comprend la vie entière et s'étend de la naissance à la sénilité.

Chez lenfant à la mamelle règne l'égoïsme le plus complet, et ron ne saurait attendre autre chose d'un être complètement dominé par la tyrannie de ses besoins. Son sourire s'adresse à une tasse de lait, à un morceau de sucre, à un jouet, aussi bien qu'à sa mère; son amour prend partout le caractère de Tappétit dont la mission est d*absorber, d'assimiler et de posséder sans rien rendre de ce qui est acquis. Longtemps après le sevrage et alors que Tintelligence a grandi avec la parole, on voit certains marmots que l'espoir d'une friandise rend prodigues de caresses, rester insensibles aux fatigues et aux douleurs maternelles du moment où ils peuvent en avoir. le bénéfice. S'il leur plaît de jouer au milieu de la nuit, 41 faut que Ton s'éveille et que l'on se lève pour faire leur partie; s'ils sont indisposes, chacun doit se mettre à leurs ordres. Ces exigences n'ont pas de fin. Elles vont jusqu'à demander l'éloignenient d'un frère né d'hier et menaçant d'absorber une part des soins obtenus jusque-là. L'intrus n'est toléré, par l'aîné, qu'à la condition d'être une sorte de propriété et un serviteur pour l'avenir.

Tout cela montre que, dans la première enfance, la moralité est élémentaire. Elle se produit par une sorte d'action réflexe, alors que l'enfant comprend combien sa vie dépend de la vie de ses père et mère. Dans les familles oùia grande ressource alimentaire se trouve dans le travail paternel, chacun aime et respecte le nourricier, des larmes viennent aux yeux de tous dès ^u'il subit une souQrance, Tintérét qu'on

Itii |>orte est d'autant plus vif qu'en est moins en état de se passer de lui. Mais s'il ne gagne rien ou si le patrimoine héréditaire suffit au bien-être général, les infirmités du vieux père parais^nt, trop souvent, incommodes ; on se dit tout bas qu'il vit longtemps et qu'il ferait bien de céder la place aux autres. Rien ne provoque l'altruisme comme le besoin des services d'autrui, rien ne complète l'altruisme comme les services rendus à autrui. L'amour filial né du besoin de protection et d'aliment reste entaché d'égolsme tant qu'il n'a pas payé sa dette de reconnaissance, ou plutôt tant qu'il n'est pas prêt à la payer. Il s'épure, chaque jour, par les soins donnés à des parents infirmes. Mais, pour qu'il arrive à Ja pureté, bien des scories doivent s'éliminer au sein de l'école . mutuelle que représente la famille. Le premier sentiment d'altruisme nait sous l'influence de la mère, dont le sein a donné la vie, le lait et la protection contre toutes les douleurs, dont le cœur est prodigue d'une tendresse contagieuse pour un être aussi nerveux et aussi sympathique que l'enfant. Il apprend à aimer comme il apprend à parler, par voie d'imitation. Dès qu'il est assez fort pour songer à autre chose qu'à ses besoins, il apprend l'altruisme par l'obéissance, par la discipline intérieure, par les services légers que Ton exige de lui, par la responsabilité qui en est la conséquence. Les parents qui subissent les caprices d'un marmot en exaltent Tégojteme et lui donnent une éducation détestable : loin de le traiter ainsi, ils doivent exiger qu'il se

plie aux convenances générales, qu'il veille sur ses frères et sœurs plus jeunes, qu'il soit complaisant et plein d'attentions pour les personnes âgées» qu'il se garde de les incommoder, et ne prétende pas faire triompher partout ses propres convenances. Le respect pour le père, autant que la tendresse pour la mère, est nécessaire à la moralité du premier âge, dont l'égoisme ne peut être dompté que par une affection doublée de force et d'autorité. Le commande* ment qui exige l'obéissance fait comprendre admirablement la part à faire aux convenances d'autiui^ il démontre la nécessité de payer le service reçu, il impose la discipline-, il fait pénétrer les conditions* de la vie sociale dans le cœur de l'enfant. Si ce der^ nier parvient à Tadolescence au milieu des gâteries d'une mère qui, après s'ôtre dispensée de le nourrir^ de l'élever et de le corriger, affecte pour lui la tendresse la plus aveugle, il concentrera toutes ses affections et admirations sur sa précieuse personne, il sera la planète dont les autres membres de la famille formeront les satellites ; il fera le même cas, à peu près, du domestique qui le sert, du cheval qui le porte, du père qui devient son banquier et de la mère qui s'extasie devant ses mérites. Tous doivent s'estimer heureux de le servir et se pâmer d'aise quand il daigne leur faire l'aumône de quelque gen« tiUesse.

Des adolescents pareils deviennent un réceptacle de vices et préparent à la société de nombreuses perturbations. Esclaves de leurs caprices et de leurs ap-

Si! MORALE POSITIVE.

petits, ilâ portent partout la démoralisation ; ils ne peuvent avoir le sentiment de la justice, ils tiennent aux privilèges de la naissance et de la fortune comme à des choses dues à leur mérite, ils ont l'instinct de la domination et de la tyrannie ; ils empêchent, dans les classes sociales dont ils font partie, les concessions qui préviennent les révolutions; ils provoquent, par leur insensibilité devant la misère, des haines trop souvent suivies par la guerre civile.

L'éducation faussée par la faiblesse et la sottise des parents a pour pendant l'éducation faussée par l'insensibilité des parents qui se croient irréprochables quand ils ont donné Tallaitement chez la nourrice, et Téducation dans un Ivcée. Il ne se doutent pas que l'adolescent sorti de ces vastes établissements est étranger à la moralité, qui s'apprend dans la famille, et peut être assimilé à un bandit armé pour la satisfaction de ses appétits. Ce jeune homme n'aime que lui-même, car il n'a pu s'attacher à des parents qui Téloignent de leur foyer, à des professeurs qui le punissent et le condamnent à la vie des prisonniers, à des camarades égoïstes comme lui, irritables comme lui, ennuyés comme lui et prêts comme lui à en venir aux coups. L'étudiant enfermé dans un pensionnat est dévolu à l'hostilité : il est dressé à la guerre contre *tous ; il n'est bon que pour la ba. taille. Napoléon P'' le savait bien quand il organisait une université destinée à détruire les belles aptitudes sociales de la race française. IL comprenait que si la science s'apprend à l'école, la moralité

s'apprend dans la famille ; il prévoyait enfin qu'en retirant la jeunesse des familles et en la casernant dans dévastes établissements d'instruction publique, il se préparait les serviteurs qu'il fallait à sa tyrannie. Des égoïstes affamés de jouissances, d'argent et d'honneurs sont toujours des instruments dociles, quand il s'agit de faire le mal , au profit d'un seul, tandis que des hommes imprégnés de moralité ne veulent servir que le bien de tous, et résistent énergiquement aux égoïstes qui v;eulent le détruire.

Mieux on étudie la famille et plus on se persuade qu'elle est le berceau des bonnes mœurs, par suite de l'action puissante qu'elle peut exercer sur l'enfant. Mais cette action, toutes choses égales d'ailleurs, est bienfaisante en proportion de la moralité des parents, et malfaisante, en proportion de la somme de leurs vices. Les instincts d'imitation et de manifestation exercent une telle influence sur les êtres appartenant à la même vie sociale, l'exemple des père, mère, frère, sœur, proches et amis devient si contagieux que nul ne peut se flatter d*y échapper entièrement. Voilà pourquoi la vie exemplaire des parents est le moyen le plus efBcaqe d'enseigner la moralité à la jeunesse , tandis que leà désordres intérieurs déposent en elle un germe de dépravation. Mille faits viennent à l'appui de cette thèse. C'est au foyer que le jeune Corse apprend la solidarité dans l'injure faite à un parent et l'obligation de venger, par un meurtre, le meurtre qui remonte à deux générations ; c'est sous la

M MORALE POSITIVA

tente que le jeuae Arabe Appi:^Md l'art de détrousser les voyageurs et la gloire qui s'aitachè au Bom d'un voleur habile; o*est de soa père que le jeuae Anglais tient le respect de l'autorité» robéissaftee, la discipline et la soumission à, la foroe; c'est daHs la chaumière que le jeune Br^on apprend* dès son enfance, la superstition, la patience et Tentéement. Une mère parisienne ne peut user de son ta* lent pour s'habiller, se coiffer et se parer, sans corn* muniquerses go&ts à sa fille. Celle-ci,, dès Tâge de treize ans, est déjà savante dans l'art de la toilette, elle connaît ce qui lui sied et ce qui lui est contraive^ elle sait quelles nuances sont favorables à son teint et quelles formes de vêtement sont avantageuses à sa taille, son œil exercé saisit déjà tout ce qui est opposé ou conforme à l'élégance. Bientôt elle veut user des talents acquis, enti'er en lutte de parure avec ses compagnes, et triompher aux yeux des hom:ine8 qui sont l'objectif des plus savantes manœuvres. ËUe est ainsi conduite à la coquetterie» sentiment malsain, entre tous, en ce qu'il représente, à la fois une four* berie et une indélicatesse de cçBur. Il n'est pas moins vrai que l'égoïsme féminin se complaît dans les hommages de tous, mâme d'un indifférent, et que le plus grand plaisir d'une coquette est d'amener à ses pieds le soupirant de son. amie intime, quitte à le lui renvoyer avec la honte d'un fîianque de parole et de foi.

Les enfants élevés dans une boutique où ïou trompe sur le poids, la qualité et le prix de la mar-

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chaadise seront eataechés d'improbUé, ceux qui Bout dressés à vivre de maraude trouveroot daas le v«i uoe véritable satisfaotioa Ue oœur, ceux qui eniea* droat jouroeliemeut mentir a^vec impudence seront entachés de fourberie, enfin on verra la haine deve^ nir facile chez ceux qu'entoure Tinimitié du père ei de la mère. Les tortô réciproques des parents leur enlèvent le respect des jeunes consciences qui resH tent hésitantes et troublées. Filles et garçons igno* rent la modération, la constance, la tendresse et Turbaolté dont rexèmpie neleiu? est pas donné; il» sont ccMi^amment en guerre et ne cherchent bientôt plusque la satisfaction de leurs propres convenances» Et que dire des ménages o& règne l'adultère et où les enfants en sentent la présence alors qu'ils 0e le comprennent pas! Et que dire de certaines mère» assez imprudentes pour eu parler comme d'une peccadille et pour encourager leur fils à s'y adonner t Elles ignorent donc quelles tortures attendent rhommede cœur qui seUvre à de pareilles amours. Après avoir convoité et volé le bien d'autrui, après avoir usé de mille fourberies pour commettie ce méfait, il est condamné à savoir Theure où sa mai'tresse est dans les bras d'un autre homme, à devenir le témoin quotidien des familiarités conjugalcB qui feront passer dans ses nerfs un frisson de colère et de jalouaie, à constater^ par mille sigu«s divers, que les caresses obtenues dandestioement sont les re&tes d'un rivaL Ce rival, lai-iaEiême, est un ami doai il faut violer l'hospitalité et endormir la vigi-

lance par des ruses déloyales, dont il faut serrer la main, après lui avoir fait une injure mortelle. Estil un homme de cœur qui ne s'en trouve pas humilié et malheureux? estait un amour qui n*en soit pas empoisonné? La femme adultèi^e n'est pas mieux partagée. Il lui est défendu d'aimer sainement, de réserver sa personne et son cœur à celui qui obtient sa tendresse. Elle est livrée à la promiscuité, elle ne peut donner que des caresses souillées, elle est soumise au supplice de mentir à son mari, de mentir à son amant, de mentir à ses amis, de mentir partout et toujours. Jamais de loyauté, jamais de sincérité, jamais de sécurité. Femme elle est perfide, mère elle est exposée à rougir devant sa fille dont elle n'ose baiser le front de peur d'y déposer une souillure I

Il faut plaindre ceux qui souffrent dans l'adultère, il faut avoir encore plus de pîtîé de ceux qui s'y complaisent. Jamais ils ne goûteront les joies du véritable amour. L'homme, dominé par l'appétit sexuel, deviendra la proie de la prostituée qui spécule sur l'art de donner le plaisir; la femme descendra jusqu'à l'aigre-fin qui l'exploitera, la tyrannisera, la battra et saura aiguiser la jouissance par la douleur.

Des parents qui veulent empêcher leurs fils d'être la proie de l'adultère et de la prostitution, qui veulent préserver leurs filles des désordres de la coquetterie, doivent avoir l'intérieur chaste et digne qui n'exclut ni la gaieté, ni l'animation, ni la joie tou-

jours saine à la jeunesse ; ils doivent éviter à leurs enfants Thabitation des grands pensionnats où les garçons, privés du contact journalier de leur mère et de leurs sœurs, ne sauraient acquérir le respect des femmes, où les jeunes filles, privées du contact de leur père et de leurs frères, ne sauraient apprendre quels égards leurs sont dus et quels doivent être leurs rapports avec la généralité des hommes. Dans la famille seulement, et sous l'influence de la parenté s'apprenuent la retenue et la chasteté qui préservent les deux sexes de la tyrannie des passions et des désordres si communs chez les êtres élevés dans les grands établissements d'instruction publique. La moralité sexuelle exige le contact Journalier des deux sexes et Tapaisement, au moyen de relations multiples, de la réaction que l'élément masculin et l'élément féminin exercent l'un sur l'autre. L'adolescent enfermé pendant la plus grande partie de l'année dans un séminaire ou dans une école, frisonne et perd contenance en présence de la première femme venue... Un fait analogue se produit, chez la jeune fille sortant d'un pensionnat, dès qu'elle se trouve en présence d'un homme, tandis que rien de semblable ne se produit lorsque la jeunesse des deux sexes est élevée dans la maison paternelle.

Lorsque l'adolescence est sainement dirigée, les premières atteintes de l'amour tournent au profit de la pudeur qui en devient plus intense et plus forte. Des impressions timides et fraîches produisent facilement la retenue; souvent ellesprennent un carac*

SM MORALB POSITIVE.

tère romanesque, toujoan elles sont géaéreosss et ne voient dans l'amour que Tunion permanente de deux êtres partageant le même sort. Il importe que rien ne vienne combattre cette intuition du sentiment, qui concorde merveilleusement avec la moralité et le bonheur du ménage ; il faut que le cœur pris d'amour n'aspire qu'à la possession exclusive, jalouse et permanente ; il faut que le sentiment lui donne l'intuition du bien et lui révèle un idéal masculin ou féminin dont il poursuivra la recherche dans la réalité. Alors l'adolescent ne daignera pas s'occuper des personnes avec lesquelles il ne peut s'unir; celles au contraire qui lui présentent un mariage possible seront analysées, mesurées et classées selon leur degré de ressemblance avec l'idéal rêvé. La préférence sera pour Tétre qui s'en r^pro^ che le plus, à supposer qu'un déberdement de ten*dresse n'apporte avec lui ses illusions et ne vienne parer de grâces et de vertus la personue qui en est dépourvue. C'est alors que la sagesse paternelle doit intervenir et préserver un cœur dSolé des fautes si ordinaires à la passion.

Rien dans la vie n'importe plus que la moralité sexuelle. Outre que, sans elle le vrai et bon ménage ne salirait exister, outre qu'elle est nécessaire à Téducation de l'enfance et de l'adolescence, on la voit devenir partout l'alliée des vertus sociales. Méfiezvous de la probité de l'homme qui vit dans le libei^ tinage. Il a de tels besoins d'argent qu'il devient peu scrupuleux sur les moyens de Tacquérir. Vien-

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oent les obsessions de mattreeses corrompues, la tyrannie du désir et les besoins des plaisirs coûteux, il franchira <|uelque jour les limites qui sépa« l'indélicatesse de Tescroquerie.

De tels encouragement au mal ne se voient pas dans le véritable ménage oii le père, la mère et 1^ enfants sont maintenus dans le droit chemin, par leurs devoirs réciproques ; où la probité >s*apprend peu à peu, en passant graduellem^t par toutes les nuances qui séparent le communisme familial de la propriété distincte. L'enfant connaît vite le patrimoine de la maison, il sait ce dont il peut disposer, ce qu'il lui est défendu de faire sien, ce qui est la possession de chaque membre de la famille et ce qui forme sa possession propre. Ces premières leçons deviennent indispensables à sa moralité future et il y a danger à ne pas réprimer ses vols ou ses escroqueries élémentaires. Quand il sait respecter les jouets de ses frères et. sœurs, les friandises que contient l'office et les fruits du potager, il est apte à comprendre le respect que mérite l'avoir des autres familles. Sa' moralité baisse au contraire, et il est peu disposé à respecter la propriété de l'étranger quand il ne respecte pas les biens de son père de ses frères ou de la famille. Chez Tâtrë dont toutes les notions sont concrètes, la probité ne peut être que dans le sentiment. Mais la notion abstraite de propriété entraîne à sa suite la notipn alïstraite de val et de mé- . chaneeté pour tout être qui s'empare de i'avoir •d*auirm. L'action intellectuelle vient ai&Siiatt se-

cours de la eooscience et en précise les pcescriptions.

Tant que Tenfant reste dans la famille il vit des dons de ses parents; mais quand il grandit et prend dès forces il apprend, peu à peu qu'il doit pourvoir à sa subsistance, et soulager son père affaibli par l'Âge, des charges qu'il lui a imposées; il apprend, de plus, que s'il veut faire souche de famille, il doit être assez fort ou assez habile pour suffire à Tentretieu d'une femme et de plusieurs enfants. La nécessité de la production et du travail introduit ainsi, dans certaines âmes, un degré de moralité étranger à ceux qui, par le fait d'un vaste patrimoine, s'habituent à l'idée qu'ils vivront dans l'abondance, sans être astreints au travail. Lb travailleur veut que sa propriété n'entraîne la dépossession de qui que ce soit, et que l'avoir s'accumule entre ses mains sans imposer ni privation ni excès de labeur à des concitoyens. Il sent, de plus que s'il contribue à la prospérité générale, il est préservé des entraînements de l'oisiveté; enfin il jouit de la sécurité que donne le produit facultatif des bras où* de l'intelligence. De tout cela résulte une mor£^rté bien supérieure à celle de l'oisif. Dès que celui-ci perd ou dissipe la fortune qui le faisait vivre, il devient l'esclave de la faim et eu suit, trop souvent, les mauvais conseils. Devant l'inexorable nécessité de vivre et devant l'impuissance à produire, il ne lui. reste d'autre ressource, que de se faire parasite ou d'ac- . cepter certaines missions qui sont rétribuées en rai-

son de rinfamie qu'elles supposent. C'est dans la classes des oisifs ruinés que se recrutent les espions, les entremetteurs d'affaires véreuses, les écrivains toujours prêts à vendre leur plume, les fauteurs de révolution ou de coups d'État, les souteneurs des Catilina ou des Bonaparte, les partisans désireux de produire le trouble dans leur patrie, afin de cacher leur menées ténébreuses et leurs rapines. L'homme qui ne sait ni gagner son pain quotidien, ni produire ce qu'il consomme est dans les conditions d'une immoralité d'autant plus considérable qu'il a contracté plus de besoins, par le fait de sa vie antérieure, et que le goût de la dissipation est plus prononcé chez lui. En pareil circonstance il ne saurait être ramené dans la voie du bien par une instruction poussée fort loin, attendu que l'intelligence détournée de la production ne fait que rendre la fiiim plus dévorante.

Après le travail fructueux, le meilleur moyen d'échapper à, la tyrannie du besoin consiste à restreindre ce dernier et à le maintenir dans les limites de ce qui est nécessaire à l'instruction des facultés. Diogène exagérait cette prescription en faisant son habitation d'un tonneau et en restreignant son mobilier à une écuelle, mais il était dans la voie de la vertu quand il prétendait soustraire sa personne aux servitudes de la sensualité. Quand on connaît la multitude de petites lâchetés qui naissent du luxe^ quand on voit combien se détrempent les caractères sous les raffinements du bien-être ou

des satisfactions de la vanité, on comprend que la simplicité et la modestie dans l'existence sont des conditions capitales de la vertu.

Dans une organisation où règne la mutualité, où le bien de l'un ne saurait être le mal de l'autre, il est difficile d'admettre que la personne ait l'obligation de respecter la propriété si le travail ne peut suffire à Tentretien de la vie ; car celui que ron place entre la faim et le vol devient un voleur. Une mère qui voit son enfant mourir d'inanition ne croit pas mal faire en prenant des aliments dans le superQu du riche. Le seul moyen de la préserver d'un tel méfait est de mettre à sa portée les instruments de la production. Si ces instruments sont aux mains de quelques privilégiés ayant ainsi les moyens de permettre ou d'interdire la production à leurs concitoyens, de disposer de l'abondance ou de la misère, de prélever un t part sur la production, de s'enrichir sans labeur et de vivre dans l'abondance, tandis que le véritable producteur n'a pas le nécessaire, il y a manifestement encouragement à l'immoralité. Alors surgit entre les concitoyens une guerre sourde et continue, on cesse de respecter la richesse dont l'origine est suspecte, la misère s'insurge contre le luxe et tient pour bien acquis tout ce qu'elle peut en distraire à son profit.

Ce conflit entre le riche et le pauvre est suivi d'une série de maux qui seraient conjurés si chacun n'avait que son produit et obtenait tout ce qu'il produit, si des notions plus justes sur la propriété et la probité

amenaient la honte sur la tête de ceux qui font tourner à leur profit le travail de leurs concitoyens. Telle fille d'un riche financier ne voudrait plus porter la parure qui, trop souvent, représente un prélèvement sur la mince part de pain de cent filles d'ouvriers ; telle femme frivole, en apparence, repousserait des équipages que compensent l'ignorance, la scrofule et le vice d'une foule d'enfants ; tel riche dont la vie coule malsaine et inoccupée trouverait le bonheur et l'estime de soi dans la satisfaction de conquérir son bien-vêtre sans rien enlever au bien-être d' autrui.

Si la probité est rare, à cette heure, il faut en accuser bien moins les hommes que les institutions : la propriété est mal connue et mal instituée au point de servir, encore à cette heure, à convertir l'homme en esclave, à convertir la justice en droit féodal, à faire de Tinstrument du travail le privilège de certaines classes. Loin de courber la tête, le propriétaire d'esclaves est fier de son immoralité ; on peut en dire autant de tous les détenteurs de privilèges féodaux et des banquiers usant de leurs capitaux pour agioter, spéculer et prélever la part du lion sur le travail de tous. Tandis que les hommes qui vivent au sein de la société à la façon des parasites se voient honorés et méconnaissent complètement leur immoralité, on voit les vrais travailleurs avoir honte de leurs mains calleuses et rechercher Tapparence de rdsiveté. D'autres, tout en se plaignant d'être exploités par le détenteur de l'instrument, assument la même culpabilité en trompant sur la nature de leur

travail, ou en exagérant ce qu'il peut produire. Chacun, dans l'échange des services, exploite la pénurie de son voisin et en satisfait d'autant moins les besoins qu'ils sont plus pressants : aussi le pauvre obtient-il toute chose à un titre plus onéreux que le riche.

Tant que la propriété sera aussi contraire à la mutualité, tant qu'elle entretiendra l'antagonisme et la lutte pour l'existence, entre les classes sociales, on s'efforcera vainement de faire régner la probité dans les mœurs et parmi les personnes. D'énormes richesses s'accumulant chez celui qui ne produit rien et des misères que ne peut conjurer un travail acharné sont des faits démoralisateurs : ils faussent la loi sociale, ils font que le bien devient une dupe* rie, ils sont une incitation incessante à chercher la propriété, non pas dans la production, mais dans les spoliations habiles que représente la spéculation. Ici est un obstacle que n'ont pu surmonter ni le christianisme ni le mahométisme au temps de leur puissance, ni les prescriptions des philosophes. On a condamné comme usure le prêt à intérêt, on a fait régner le communisme dans les sociétés religieuses, on a préconisé la pauvreté et le mépris des richesses, mais les abus de la propriété ont maintenu Timprobité dans les mœurs. Il en sera de même tant que la loi morale n'établira pas les caractères véritables de la propriété en y supprimant les moyens de spolier et d'amoindrir le prochain.

De ce principe que la personne est obligée, pour

vivre, de s*approprier les objets nécessaires à sa consommation, découle la conséquence que ces objets représentent surtout la propriété personnelle. Si Ton considère, d'une autre part, que la seule manière de s'approprier sans amoindrir autrui consiste à produire, on en doit conclure que la production par le travail est la manière surtout légitime d'arriver à la propriété. Mais si l'on ne peut travailler fructueusement sans instruments, il en résulte que la nécessité de produire implique la disposition des moyens de la production. Si l'instrument reste aux mains de quelques personnes, elles pourront toujours en tirer un loyer et vivre sans rien faire, en exploitant Tobligation de travailler du grand nombre.

Admettons maintenant que la propriété personnelle soit limitée à ce que l'homme produit et consomme, admettons que les instruments du travail, tels que la terre, l'eau, l'air, les forces motrices et les capitaux banquiers soient des propriétés sociales, admettons que la société mette ces instruments à la disposition des citoyens, moyennant une redevance destinée à remplacer l'impôt et à pourvoir aux dépenses sociales, chacun trouvera l'accès légitime de la propriété dans un travail relativement restreint, chacun ne pourra consommer que son produit, mais en disposera souverainement. Il est vrai que l'obligation de travailler sera générale; mais, loin d'y voir un mal, il faut s'en applaudir. Le préjugé qui fait du travail un châtiment du péché originel vient des races indolentes de l'Orient. En réalité l'obliga-

tion de produire est un bienfait : elle distrait du chagrin, elle console, elle fortifie, elle donne la satisfaction de pourvoir à son bien-être et de ne rien devoir qu'à son effort. Arroser la terre de ses sueurs, roidir les muscles de ses bras, tendre sa cervelle dans la solution d'un problème, tout cela est jouissance, parce que tout cela est action vitale et saine. Au travailleur la fierté est permise, car. rien de ce qu'il possède n'est enlevé à autrui. Si la honte s'impose, c'est au paresseux, c'est à celui qui n'a pas l'énergie nécessaire pour gagner son pain, c'est au parasite social qui, ne produisant rien, est obligé de vivre d'aumône ou de spoliation. Une morale incapable de dire en quoi consiste la propriété et de tracer une ligne de démarcation entre ce qui appartient à l'individu et ce qui appartient à la cité peut seule tenir pour conformes à la probité les richesses obtenues par les détenteurs de l'instrument du travail. Seule elle a pu honorer le parasite social accaparant, sous forme de spéculation et sans rien produire, une fortune colossale ; seule elle a provoqué la sanglante ironie du pamphlétaire disant : la propriété c'est le vol. La propriété étant ramenée à ses conditions sociales, les institutions et les mœurs qui doivent en découler feront disparaître le péché capital que représente la paresse ; elles arracheront du cœur du travailleur qu'un labeur épuisant ne peut soustraire à la misère, la haine envieuse que provoque la vue des richesse mal acquises ; les hommes perdront le désir de s'appropriçr le bien d'autruî.

enfin on verra la fin de ces générations cupides qui veulent s'enrichir à tout prix.

Une fois établie dans la production, la probité .pourra s'établir dans rechange, qui devient immoral du moment où l'un livré plus qu'il ne reçoit. Chacun s'ingénie, à cette heure, pour surfaire sa marchandise ou la rendre rare et recherchée, tout en dépréciant le produit du voisin; c'est une lutte dans laquelle les riches et les habiles dépouillent les pauvres et les naïfs, sans tenir compte du mal qui en résulte. Dans le commerce, comme dans tous les genres de productidn, celui qui gagne au delà de ce que représente son travail ne peut s'enrichir qu'au détriment d' autrui et commet un vol indirect.

Les contrées où la lutte commerciale prend de grandes proportions sont dévolues à l'égoïsme général. Les populations y sont attristées par la soif d'acquérir , * elles sont dominées par l'appétit du gain, par le désir incessant du profit. Chacun, avant d'agir, suppute ce que son acte lui rapportera et se demande, avant de donner un témoignage d'amitié, s'il en résultera quelque profit. Quant au culte désintéressé des sentiments nobles, des sciences et des arts, chacun le considère comme une duperie et s'en abstient soigneusement. Il en résulte que la barbarie se maintient sous la richesse, que la probité scrupuleuse est presque impossible, que la justice se vend et s^ achète comme toute autre chose, et qu'une pre* mière immoralité en fait naître cent autres. Comment des populations si préoccupées de la richesse

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ne seraient-elles pas cupides? comment des âmes envahies par la cupidité échapperaient-elles à la vilenie ? La cupidité qui prétend acquérir au delà de ce que nécessitent les besoins, l'avarice qui entasse et séquestré ce qu'elle ne doit jamais consommer, sont vicieuses et ailtisociales. Elles immobilisent des richesses qui pourraient être profitables à une foule de misérables. Les grandes fortunes sont incompatibles avec la production personnelle, qui est forcément restreinte : elles dérivent d'un commerce léonin, d'une industrie qui spolie les ouvriers ou d'une spéculation abusive et portent, dès lors, un vice originel qui ajoutera au mal du luxe le mal de la misère. Ajoutons que la richesse est un agent d'oppression et d'orgueil pour celui qui la détient, tandis qu'elle est un agent de servitude et d'humiliation pour celui qu'elle exploite ; ajoutons qu'elle rend impossible le bien-être général, qui seul peut produire Téquivalent des citoyens, et l'on comprendra comment elle est hostile à la moralité. Elle ne sera plus honorée le jour où l'économie sociale, au lieu de sacrifier la personne à la richesse, comme elle fait à cette heure, en tenant compte des faits dérivant d'une fausse morale, reviendra aux vrais principes sociaux et subordonnera la richesse à la personne. L'opulent perdra la confiance publique et l'estime s'attachera à ceux dont l'avoir se composera exclusivement du fruit de leur travail. Quant aux parasites de toutes sortes, le mépris sera leur lot. Ces hommes forment une véritable plaie sociale, soit

qu'ils exploitent la vanité des puissants, soit qu'ils mendient sur la voie publique. On les voit s'ingénier de mille manières à provoquer la pitié, simuler des maladies et des infirmités, ajouter à la fourberie les vices qu'engendrent l'oisiveté, et, par le vol indirect, devenir de véritables voleurs.

L'expérience acquise, par les directeurs des dépôts de mendicité permet d'affirmer que le mendiant ne se corrige pas. Il pratique son art avec passion, il a l'ardeur du chasseur à la poursuite du gibier et du spéculateur attendant ta, hausse ou la Laisse. Mendier devient un véritable plaisir : c'est un art qui exploite méchamment les bons sentiments du cœur humain et devient, entre des mains habiles, plus profitable que le travail. 11 en résulte que le don gratuit à tout parasite social est, le plus souvent, un encouragement au vice. Les religions qui font de l'aumône une obligation capitale ont prétendu certainement diminuer le nombre des misérables, et employer le superflu des uns au profit du nécessaire des autres. Mais le résultat a été de créer une classe d'oisifs et de parasites, dont on peut constater l'existence dans tous les lieux où. la charité publique ne se propose pas, avant tout, d'encourager le travail et l'instruction. C'est à des encouragements de ce genre que le riche doit consacrer son superflu, s'il veut ne pas devenir un propagateur de vice. A l'inégalité dans la richesse se rattachent deux maux contraires, l'avarice et la prodigalité, celle-ci dépensant follement ce qui doit faire la se-

Mi MORALE POSITIVE.

curitéetla dignité de ravenir, celle-là accumulant ce qui ne doit servir ni à la dignité, ni au bien-être- Tandis que l'avare refuse le nécessaire à soi-même . et aux siens, tandis qu'il se dégrade dans l'incurie et la saleté, tandis qu'il se condamne à une vie soupçonneuse, et substitue l'amour de son trésor à toutes les affections sociales, le prodigue ne craint pas, pour satisfaire ses caprices, de réduire son entourage à la misère. Le sage se garde d'incliner vers l'un ou l'autre de ces extrêmes. Il veut que chez lui règne le bien-être indispensable à l'évolution des forces humaines, car il sait que les dépenses productives, entre toutes, sont celles qui profitent à la santé et à l'instruction, mais il réprime partout le gaspillage et la dissipation. L'économie lui permet de prélever, sur l'abondance actuelle, ce qui doit compenser la pénurie de l'avenir, l'ordre lui donne le moyen d'obtenir, avec une dépense restreinte, l'aisance que le désordre ne peut se procurer à grands frais. Une vie bien ordonnée obtient la sécurité et échappe à l'appréhension de la misère. Ceux qui ne savent ni gagner leur vie, ni la régler convenablement, sont constamment obsédés par la crainte de l'avenir. Une perte d'argent leur est une perte irréparable et ils s'en affectent profondément. Si leur cœur est généreux, ils n'osent en suivre les impulsions et se condamnent, sans avarice, à imiter les actes de l'avare.

La part énorme que prend la propriété dans l'organisation sociale explique pourquoi elle conduit si

MORALE POSITIVE. Hè

souvent à Timmoralité. Dès que l'égoïsme prend la prépondérance, il incline vers la cupidité et milite pour le vice, avec d'autant plus de force qu'il est considéré comme légitime par les hommes disposés à voir dans la société, non pas un organisme, mais une arène où chacun livre à son profit le combat de la vie. Tant qu'une pareille doctrine dominera la morale et la législation, le vice triomphera dans les rapports que détermine la propriété et la majorité des hommes préférera la vie opulente que peut donner Timprobité à la vie d'épargne et de labeur qui attend Thonnôteté. On verra les classes supérieures de la société subir la déchéance qu'impose le luxe aux jeunes générations, les classes inférieures envahies par ia haine, l'envie et la démoralisation qu'impose la misère, enfin, la guerre régner entre les membres du même organisme social. Ce conflit ne swgit pas seulement à propos des rapports que détermine la propriété, il peut se produire à propos des nuances de sentiment que représentent les caractères : aussi l'analysé de ces derniers est-elle indispensable à l'étude de la moralité.

Ml MORALi; POSITIVE.

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