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paiement; elle interdit la discussion injurieuse qui fausse Taltruisme, elle oblige à une urbanité d'autant plus accusée que Tétat mental s'élève davantage. Les conflits de plume ou de parole qui visent à être désagréables bien plus qu'à convaincre, supposent chez celui qui en use Tégoïsme et un reste de* barbarie : ils £ont la honte des peuples qui se croient civilisés, car ils tournent au profit de la haine ce qui devrait profiter au savoir. Il faut donc blâmer énergiquement les hommes qui de la parole et de récriture se font une arme pour attaquer, non pas les doctrines qu'ils croient mauvaises, mais leurs adversaires. Dès que la polémique s'adresse à la personne et non à l'idée, dès qu'elle substitue la passion à la raison, elle devient suspecte de mauvaise foi, attendu que les armes dont elle se sert défendent les causes les plus détestables, tandis que les causes étayées sur la morale et la vérité ont tout intérêt à user d'une discussion aussi calme que modérée.
De la lutte des partis ne résultent que des ruines, tandisque de la lutte des idées religieuses, morales et scientifiques se dégagent des principes capables d'obtenir une sorte de personnalité morale, et de provoquer l'affection que l'on porte à des parents ou à des amis. On a vu des milliers d'hommes sacrifier leur vie pour leur religion, pour la liberté, pour la vérité, pour la justice, etc. Cet amour de ce qui est purement idéal s'accroît avec la culture in- •tellectuelle, forme un des plus beaux privUéges de
MORALE POSITIVE. a09
la vie sociale et devient une faculté que la morale a tout intérêt à cultiver. L'homme qui croit au bien, qui le connaît et en fait son idéal, Taime d'autant plus qu'il peine davantage en le soutenant. Il l'aime surtout au moment où les progrès de l'âge calment ses passions et le détachent des réalités chères h la jeunesse. Lès idées abstraites sont la grande ressource de la maturitp instruite. Elles représentent des intérêts permanents, des causes d*activité morale qui sauvent la vieillesse de l'engourdissement et font -que les dernières années de la vie, au lieu de s'écouler tristes et inutiles, peuvent résumer de Ion» -gués études et devenir fécondes pour l'humanité. Les facultés que fait naître Torganisme-nation ne concernent pas seulement le bien et le vrai sous ies formes de la religion, de la métaphysique et de la science, eUes concernent encore le beau qui, à peine entrevu dans la tribu comme conséquence de l'action sexuelle, se généralise sous l'impulsion de l'idéal et s'applique à plusieurs portions de la vie nationale. Gomme le sens du bien, le sens du beau s'acquiert dans l'existence sociale : au lieu d'être une faculté de l'individu réagissant sur la collectivité, il est une faculté collective apprise à l'individu, il est la notion idéale de la pondération amenant ellemême la notion de l'harmonie. Il suffit d'être au courant de la science produite par les nations modernes pour constater que les forces, les molécules et les corps aboutissent partout à l'équilibre dans les faits physiques, chimiques et organiques. Paris.
toat l'équilibre est père de la stabilité tt même de la réalité. S'il règne entre les fonctions dl abouti ta i» santé; il produit la prospérité quand il s'établit an sein de la famille, de la commune et de lamation; H aboutit à la moralité quand il .tient la balance entre Tégoïsme et l'altruisme. Partout il est le promoteur du bien pbysique et du bien moral.; partout son absence amène le conflit et la perturbation. L%omme ne peut agrandir sa vie sa|is réaliser das équilibres nouveaux; à mesure qu'il les faits partite intégrante de son âlre, par voie d'bérédité et die sélection naturelle, il 'eu pr^id Le besoin iostisBtif, ce besoin marque le progrès desdàTemesraûes; oellfi& qui sont façonnées par la civilisation montrant, en toute obose le goût de Tordi^e et de la stabilité» tandis que dans la vie du sauvage tout est désordre^ iw^ tabilité et conflit. Mais l'équilibre ne saurait^e preduire entre mouvements, «orpset «figures rsans l'aide de la fropoftion, et)«elle«ci est souventiforeée d'appe^ kr à son aide IsL'Hompmgaiion qui leEqplaoB par «la masse une insuffisance de idtesse, ou un «eKcès de* f ésistance par la longueur du levier* Alors naît Im pmuUr(Uion qui, ipasaant des choses ph^iqi^s o£L elle maintient la ifixité,!dains le diHnaine des obosMk morales^ rend les dntelidgences flcccasiUesaut notions de toute «spèoe, :en même temps qu'elle plie les caractères à toufees les nétsessités de la ^e âo-r ciale. Entre choses pondérées nait finrcôment d-ao^ eordf la série des accords et .l'ordre «qui ^s'établit entre buix produisent ïharmama^ ûo&a l'ânsemble
* des harmoDies aboutît, en toute diose, à la beauté. Plus rhomme se civilise, plus s'agrandit le groupe social dont il fait partie, et plus les équilibres sup^posés lui donnent le sens de rharmonie qulTeste, chez le barbare, à l'état rudimentaire. Avec ce-senscultivé et agrandi, chez le poète, s'oIk tiennent Tintuition du beau let la prescience das grandeurs de Thumamté. il y a de da idiuinatiim.^ chez tooB les grands artistes. Limitation leur ^per-met des'aprproprier îles harmonies de la nasture, de les pondérer et de les fixer, tandis que -la manifestih tron leur fburoait les taoyens de donner fa forme -à l'œuvre et de la produire aux yeux de tous. L'art a leiprivilége de donner la vie au marbre et au bronze et de iadre aimer sœ produits, comme ^'ils étaieD;t. animés. Partout il vêtit d'hannonie la peiasée humaine, partout il ohainne, partout il instmiit, partout il rapproche, partoutil établit l'accord. .De tout temps les peuples artistes ont été ksédacaleiirs de riiumanité:; de tout temps dis ont «eu le don de la décoiivex!te>et le don deil'easeignemfent. Mieux que tes autresils sont en état de dutter iCOBtreles disoôr* danoes de Ja liarbarie et dkcQumuler dans l'exis* tBnoeihumaîne îles harmonies de :1a Givilisatioa.
iU fautadmijoar, ici, eambîeai lest juste ia parole de Platon qui «fait- du beau eit du bien .deus termes SDraélaAi&. ai l'nxD est l'harmonie tdans les choses licraAre est l'harmonie dans les actes. La même cor* séktion se Te trouve entre le mal .et le iaid, si bien. qnei'télie doué de rioluitmn du iheau.a jnille jai*
fllS MORALE *P0SIT1Y£.
80DS d'aimer la vertu, alors que l'âme imprégnée delaideur incline du côté du vice. Une autre conséquence de la formule de Platon c'est que l'art est impuissant à recouvrir de la* véritable beauté les différentes formes du mal, c'est 'que le poète perd ses forces en célébrant les actes rétrogrades, tandis que sa puissance augmente quand il chante le progrès. L'histoire nous montre les grands artistes, sans exception, voués à la manifestation du bien et à l'exaltation de la vertu, tandis que les poètes les mieux doués n'ont pu s'élever au-dessus de la médiocrité quand ils ont prétendu réhabiliter le vice. Ils n'ont pu vaincre la discordancee qui s'établit nécessairement entre le mal et la beauté. L'harmojnie veut, de même, que les portions les plus éminentes de l'art soient réservées à la manifestaton de <)e qu'il y a de plus éminent dans l'homme et qu'une gradation se produise dans la poésie avec les divers objets de ses chants.
Chez les peuples corrompus, les instincts poétiques se font volontiers les auxiliaires de la dépravation. Ils célèbrent les ivresses de la table et chantent les repas ornés de fleurs, de musique, de danses et de parfums ; ils mettent leur muse au service de toutes les sensualités. En même temps que les artistes se font les champions des appétits clu ventre, ils prêtent volontiers leur aide aux appétits sexuels et font de la volupté leur grande inspiratrice. La peinture, la sculpture, le décoration et la poésie deviennent provoquantes, elles propagent
la lascivité au sein des populations, elles exploitent les nudités de toute espèce jusqu'à l'obscénité, elles corrompent, elles énervent, elles avilissent, elles préparent le triomphe des barbares qui conservent la vigueur de la chasteté. Quand l'homme, la femme et l'enfant sont entourés des manifestations d'une sensualité malsaine, la décadence des nations survient forcément. L'art n'est vraiment sain et profitable qu'à la^ condition de parer la vertu, de donner la hideur au vice, de démasquer les fourbes et de se faire l'auxiliaire de la morale. Jamais il ne doit se montrer impudent, jamais il ne doit parer ce qui peut contribuer à la décadence de l'humanité. Plus est belle la mission de l'artiste et plus il doit être frappé de réprobation lorsque ses productions souillent les yeux, le cœur et les sens de la jeunesse, lorsqu'elles faussent, outragent et corrompent le sentiment moral, lorsqu'elles plaident la cause du désordre, sous des aspects infiniment variés, lorsqu'elles empoisonnent les âmes, au lieu de les assainir. Ceux qui soutiennent la cause de l'art pour l'art méconnaissent la solidarité des actions sociales, ils méconnaissent les lois de l'esthétique déclarant incompatibles la laideur morale et la beauté plastique. Le dévergondage dans les productions poétiques fut, dans tous les temps, une des plaies capitales de la civilisation et un signe manifeste de décadence. Les Girecs du siècle d'Alexandre et les Romains sous les Césars en furent empoisonnés. La conséquence fut une sensualité générale qui étouSa,
peu à peu, l'amoiir de la patrie, de da justice et de liberté. Alors, s'éteigDÎt le .géaie des grands poètes; les mièvreries de Tart ^ominèreiâ les produotios» saines et fortes, tout fut abandonné à la recherche du plaisir, tout s^imprégna demoDesse. iLe même fait s'est reproduit dans plusieurs périodes de l'bis» toire moderne, et se reproduira toujours lorsque le sentiment poétique ne sera pas soutenu par la sagesse. Le sentiment sera égaré par les mœurs qu^il a mission de diriger, il se mettra aux gages des vice& patronés par la mode, il se fera le courtisan des courtisanes lorsque les Aspasie et les Pompadour disposeront du pouvoir; il aura, pourra Toyauté, des éloges sans fîn et des flatteries délicates, lorsque les rois seront les dispensateurs des grâces; ildhantara le demi-monde et en célébrera les xhaormes >quaxid ht prostitution débordera sur la société. Mais, ea devenant les propagateurs du mal, le poêle et Vaiv tiste, auront conscience de leur indignité, "soais les ovations d'un peuple corrompu. Mieux ils seront doués, plus fermenteront en leur coeur les aspira- Irons vers le grand art et ^pkis ils se sentiroat impuissants à y atteindre. Chaque fois qu'ils recueilleront les applaudissements du<public,reBLfla(taiLt la ^ corruption générale et en la propageant, une voir initérieure leur dira qu'ils s'abaissent au lieu de s'élever.Toute autre est la destinée du véritable poetfr Açrès avoir célébré les formes héroïques du^Meii^ am: grandes ^époques de l'histoire, il accepte da mis» sion de flageller le ^mal aux époques de déoadeuoe^
ftORALB POSITIVE. ttS
ïl arraiohe le masque* à ^hypocrisie, il eulàye la &rd qui recouvre la pâleur de la débauche, il peint lias lâchetés qu'engendce la tyrannie, il met à nu les ulcères de la corruption. Sous les traits sanglants de la satyre le despote hondit de fureur. Il se sent im» puissant, à supprimer les vers qui le châtient, il sait que la persécution ne; fiera qu'ajouter à la verve et à la puissance du vengeur de la morale.
Cette puissance de l'art pour propager le bien et pour lutter contre le mal grandit avec les sociétés* Elle' atteignit des proportions considérables dans le inonde grec et dans le monde latin. L'homme y baignait dans les harmonies de l'architecture, de la statuaire-, de la peinture, de la littérature et de la musique ; il aspirait le beau par tous les pores et y puisait une puissance de création qui n'a pas été retrouvée. Les progrès eussent été continus et chaque génération eut' ajouté quelque chose à la vie des générations antérieures-, sans les laideurs qui, aux époques ds'. décadence , pénètrent les populations comme une véritable épidémie et préparent les âmes h la contagion du vice. Cet empoisonnement mon^ tz*e avec quel soin scrupuleux les directeurs des familles, des communes et des nations doivent veiller sur les productions de l'art, afin d'éloigner des âmes dont ils ont la charge les œuvres corruptrices, tout en appelant dans l'éducation des générations nouvelles le concours des œuvres les plus saines. Aucun peuple ne parait savoir, à cette heure, ce que la culture du sentiment artistique peut ajouter
à la prospérité générale, et combien l'être imprégné d'harmonie est facile à maintenir dans les termes de la loi. Le père de famille ignore de même combien son fils peut croître en sagacité, en sensibilité et en bonté, sous l'action de la littérature ou de la musique. Il en résulte que des peuples savants et industrieux gardent les instincts des barbares et, dès qu'ils entrent en conflit, reproduisent les actes des Vandales et des Teutons. Il en résulte encore que les appétits les plus grossiers conservent leur empire, que l'ivrognerie et la prostitution deviennent' des plaies incurables, que l'ordre appelle constamment le despotisme à son aide, que les membres de la cité ne peuvent atteindre l'émancipation nécessaire au triomphe de la liberté morale et politique. Le commerce et l'industrie peuvent beaucoup dans la vie des peuples, car ils donnent Tutile et l'agréable. Mais le fait montre qu'ils ne sauvent les populations ni du vice, ni de la grossièreté, ni de la violence. Ce n'est pas assez de donner aux hommes le bienêtre, le loisir et le précepte de la morale, pour qu'ils aient l'amour du bien. En fait d'abstraction^ comme en toute chose, on aime surtout ce qui est vêtu de beauté.
MORALE DE l'hUMANITÉ.
Tant que rorganisation sociale ne dépassera pas la nation, tant que Tégoïsme national maintiendra la guerre, l'homme ne sera paà sacré pour Thomme, et l'hostilité qui s'adresse à Tennemi se déversera sur le concitoyen. On verra, un peu atténué, ce que Ton voit dans la tribu et dans la famille, luttant, pour leur existence, des abus de pouvoir compensés par la servitude. L'esclavage des cités antiques et le servages des nationalités à peine ébauchées du moyen âge sont remplacés dans les nations modernes par le prolétariat, fruit d'une morale incomplète, d'une justice incomplète et d'une économie incomplète. Le prolétariat correspond à la théologie s'adressant, non à l'ensemble des hommes, mais aux membres d'une même religion; il correspond encore à la métaphysique n'ayant la même action que sur les adeptes d'une même école. Seule la science, qui s'impose par l'évidence à toutes les nations, à toutes
Î18 nORALE POSITIVE.
les religions et à toutes les écoles, correspond à Thumanité et se trouve en mesure de faire cesser les conflits en amenant l'unité dans l'économie sociale, dans la morale, dans le droit, dans la loi et dans la société entière. Dès lors le mal de l'un ne peut plus devenir profitable à l'autre; l'oppression devient sans objet et n'a plus intérêt à établir la servitude. Mais la connaissance positive est combattue par les révélations, les privilèges et les intérêts égoïstes qui dérivent du passé, au point de ne pouvoir donner qu'une part des bienfaits dont elle dispose. A peine peut-on affirmer que l'influence s'en fait mieux sentir à mesure que les misères de la guerre donnent un plus grand, prix aux bienfaits de la paix. Lorsque celle-ci sera estimée à sa valeur, la conquête, apparaissant sous son véritable jour, sera loin d'êlre désirable ou glorieuse : elle sera le vol à main armée, le viol des âmes et l'opprobre du conquémnt. Ce progrès dans la croyance est nécessaire à la confédération des peuples civilisés; il est le préservatif des conflits nationaux et le précurseur d'une organisation que la sociologie permet d'apprécier au moins en partie.
Admettons que les Européens, au lieu de tremblôr constamment pour l'existence de leur patrie et de déverser sur ceux qui la menacent une haine égale à l'amour qu'ils lui portent, n'aient à attendre des nations voisines que des échanges d^idées, de marchandises et de services, il devient évident, par ce que nous connaissons de Taction sociale, que la
■ OHALE POSITIVE. IfO
bienveillance aura vite pris la place de Thostilité; que les nations seront entre elles ce que sont les provinces à cette heure; que les mœurs militaires se modifieront profondément; que Fart de tuer sera tenu'^en piètre estime; que le cœur humain se Tidera du fiel amassé par les guerres, les invasions, les tueries, les sièges, les bombardements, les incendies, les réquisitions et les spoliations de toute espèce. La bataille sera tenue pour ce qu'elle est réellement : un conflit de bêtes féroces; et l'opprobre s'attachera dans le passé au nom du peuple ou du prince qui l'aura provoquée. Le conquérant couvert de gloire, à cette heure, ne sera plus qu'un brigand colossal ; et les hommes de sang qui ont recueilli l'admiration du passé n'auront plus que le mépris de l'avenir. La réprobation, après s'être attachée à celui qui tue, s'étendra vite à celui qui opprime, à celui qui dépouille, à celui qui, sous une forme quelconque, provoque le combat pour l'existence où ne doit plus régner que le concours pour l'existence. Dans cet accord général, les religions seront mal venues de se maudire, de s'invectiver et de se persécuter réciproquement ; les métaphysiques n'auront pas meilleure fortune en se poursuivant; les partis politiques feront scandale avec leurs querelles, et seront vite apaisés par le grand parti de la science sociale. Quand disparaîtront les agents d'hostilité, un apaisement, dent rien actuellement ne peut cbnner l'idée, régnera dans les esprits et dans les co^rs; les mœurs en
t» MORALE POSITIVE.
contracteronX une dojLiceur qui réagira nécessairement sur les organismes secondaires, tels que la famille et la commuoe, dont la structure, déjà fort améliorée par la nation, deviendra normale dans la confédération humanitaire. Celle-ci doit-elle enrichir l'espèce humaine de facultés comparables aux facultés produites par la commune ou la nation ? il est permis de le supposer et même de l'annoncer à Tavance. Nul doute que la réaction des langues les unes sur les autres ne donne naissance à des idées nouvelles; que dix peuples, fondant leur génie scientifique en une seule science, ne produisent des découvertes incessantes; que les aptitudes artistiques, se concentrant dans un seul art, n'engendrent des merveilles ; enfin, que des puissances, impossibles à spécifier à cette heure, n'apparaissent avec les générations. Sans sortir des données fournies par l'économie sociale, on peut calculer la somme des richesses que TEurope économiserait, chaque année, par la suppression de deux millions de soldats qui, à cette heure, consomment sans produire, à supposer qu'ils ne détruisent pas; par la suppression des chevaux de cavalerie, d'arlillerie et d'un immense matériel de guerre. Aux économies réalisées devrait s'ajouter la production de ces hommes, de ces chevaux, de ce bronze et de ce fer actuellement improductifs ; et de tout cela résulteraient des richesses d'autant plus capables de faire disparaitre*la misère qu'elles se répartiraient selon la loi du bien et de la justice. L'égoïsme national .entraîne à sa
suite une quantité de pertes économiques 'résultant des difScultés que subit l'échange, et des entraves que les douanes apportent aux transactions commerciales. Du même égoïsme dérivent d'énormes frais de police, d'administration et de gouvernement, tandis que la confédération réalise des économies de toute espèce. Elle les réalise moins encore par les facilités données à la production et l'échange que par les rapports établis entre les citoyens.
Dans une nation actuelle, les religions, les philosophies, les partis, les castes et les privilèges qui résultent des organisations léguées par le passé, entretiennent dans les intérêts un grand nombre d'antagonismes. Ceux qui bénéficient du mal d'autrui le prétendent nécessaire, et affirment qu'il est dans la nature des choses, tandis que leurs adversaires prétendent le faire cesser. La royauté léguée par le droit divin s'entoure des classes riches et influentes pour résister à la démocratie et à la république, soutenues par la science. Partout l'antagonisme engendre la haine, et rien n'est capable de faire cesser le conflit, tant qu'un principe dominateur ne s'imposera pas aux religions, aux coteries, aux partis et au débordement de Tégoïsme. Ce principe réside dans la connaissance positive, qui rapiène les gens instruits à l'unité de croyance sur tout ce qui concerne les faits.' Mais la science est comme non avenue pour celui 'qui refuse de s'instruire; elle est, en outre, altérée, dépréciée et calomniée par les religions qui ont intérêt à combattre la raison et à re-
tarder la marche de rhumaniié. Ajoutons que ks révélations qui s'adapte&t aux facultés produites par la famille et le muiiicipe ne sont plus en rappoit avec la nation. C'est ce qui ressort de l'histoire an* cienne et moderne, montrant que la civilisatioa est siurtoiit religieuse tant que TÉtat ne dépasse pas la dimension d'une ville ou d*une province; taudis que la religion perd son influence dès que se forment les grands peuples.
L'ébauche de nationalité produite par Rome détruisit le paganisme et facilita la propagation de l'unithéisme chrétien, qui, tout en comportant une morale plus favorable à la nation, contribua au morcellement de l'empire. Le mahométisme, qui groupa au moyen de l'unité de croyance les tribus barbares des Sémites et dés Tom'aniens, empêche, à cette heure, l'empire turc, comme tous les empires qui se formèrent sôus son impulsion, d'être autre chose qu'un groupe de provinces toujours prêtes à se séparer. Le même mahométisme menace de dissoudre l'empire chinois formé par l'action de la philosophie. Par le fait du catholicisme, la division s'est maintenue jusqu'à nos jours entre les portions de ritalie, de l'Autriche, de l'Amérique du Sud et même de l'Espagne, bien plus disposée à la fédération qu'à la république unitaire. La dévole Angleterre ne peut rallier lliiande à la nationalité britannique; enfin, la sécession restera passible daxis les États-Unis d'Amérique tant que la religion ne cédera pas la suprématie à la science. CelLe^i, en
MOHALE POSiTlVil. 2î3
re¥aQfib#, prenant pied dans rAjUemagjgie squ$ rin" flœnce de Kant^ de Hegel et de nombreuses unive]:sités, préparait Tuniié allemande, comme Tincrédulité, passée de France en Italie, à la suite de la RéYolution, préparait Tunité italienne.
Devant ces faits, on peut affirmer à Tavance que le morcellement et les impuissances sociales qu'il traine à sa suite seront le lot des races vouées à la religion, tandis que Torganisation d'ËUts toujours grandissants sera le lot des races voué^ à la science. Celle-ci peut seule, en vertu de Tunilé de doctrine qui lui est propre, faire cesser la multitude de conflits nés des dissidences religieuses, nés des di.s-^ sldences métaphysiques, nés des institutions féodales et royales, nés des classes sociales, nés enfin d'une mauvaise organisation économique. Mais une pa«r reille réforme demande une morale capable ^e dé<montrer et de faire comprendre à la généralité des hommes que leurs intérêts sont solidaires. Pour que les rapports sociaux soient de telle sorte que rhomme, quelles que soient sa ftitmille, sa eonv' mune, sa nation ou sa race, puisse4tre parloùt et toujours traité comme un frère, il faut une morale générale et complète ; il faut des préceptes clairs, démontrables, généraux et absolus comme les lois scientifiques ; il fautque renseignement propage ces préceptes dans les racines et les ransieanx de Tarbre social ; il faut que la tbéoiie du bien domine les nKBurs ; il faut qu'elle domine la jurisprudence ; il f^t qu*elle doiLine la politique tout litière. Un tel
progrès, s'il est grandement désirable,* est aussi le plus difficile de tous : il marque l'avènement de la justice, que les philosophes et les nations poursuivent sans jamais l'atteindre.
La justice comprend deux termes corrélatifs, le •droit et le clevoir. Par le droit, le bien égoïste fondé sur les organes, les fonctions et les conditions de la vie normale est assuré à chacun; par le devoir chacun assure à autrui le bien qu'il en reçoit. Les deux termes de la justice établissent ainsi, entre des individus séparés et ayant une vie propre, les rapports qui font concourir à une existence commune les organes d'une plante ou d'un animal, et de même que la prospérité de ces êtres se proportionne à l'équilibre de leurs fonctions, de même la prospérité de toute société se proportionne à l'équilibre qu'elle doit établir entre le droit et le devoir. Mais, pour obtenir cette pondération, il faut en connaître les termes et cette connaissance est restée, jusqu'ici, trop élémentaire pour que la jurisprudence ait été autre chose qu'un art.
Les religions qui ont tant d'influence sur la famille et sur le municipe mettent l'origine du droit, non pas dans la personne, mais dans Dieu. Od il y a omnipotence de l'un et subordination Complète de l'autre, les droits sont entièrement du côté de celui qui commande, et les devoirs du côté de celui qui obéit. Quand Dieu prescrit à Abraham de lui sacrifier son fils, le patriarche n'imagine pas que son enfant a le droit de vivre, ou que lui-même
a le droit d'avoir un enfant : il ne sent que la nécessité d'obéir. Dans le livre de Job ; dans la Bible tout entière se reproduit incessamment cette idée que l'homme est devant Dieu comme est lin vermisseau devant Thiomme, et que toutes les concessions de la providence peuvent être retirées, par elle, sans que nul soit autorisé à se plaindre.
Cette théorie du droit divin détruit la notion du droit humain, même en passant de Dieu au roi. Bossuet restait fidèle à la tradition religieuse et catholique quand il remettait les biens et la vie des Français eutres lés mains du grand roi, et calmait ainsi les scrupules de son prince quelque peu ému des dragonnades. Calvin faisant brûler Servet, à Genève, n'avait pas sur le droit des idées autres que celles de Bossuet, des inquisiteurs, des musulmans et des sectateurs des religions diverses. Aucun croyant ne peut s'attribuer une chose que Dieu et ses représentants seraient tenus de respecter ; car il en résulterait une limite posée à la puissance divine. Comme cette puissance a souvent pris pour instrument la force des armes, l'autorité d'un roi, les privilèges d'une caste et l'organisation d'une Église, on a un droit de la force, un droit régalien, un droit féodal et un droit canon, tout cela se fondant sur le privilège. Il a fallu dès-lors admettre des devoirs sans droits et faire de la subordination le lot d'une foule de citoyens. Entre les classes sociales qui s'attribuaient le commandement et les classes qui étaient condamnées à l'obéissance, il n'y
us MORALE POSITIVE.
avait ni mutualité ni justice possibles : il y avait la haine et Tbostilité.
Jusqu'à la fin du xviii* siècle, jusqu'au moment où les travaux des encyclopédistes, et Ténorme impulsion qu'ils donnent à la science font sentir, à la France, les conditions de la société, le droit reste ce qui est concédé par Dieu» par TÉglise, par le roi ou par la cité. Mais la Révolution en fait une force tenant au sang ec à la chair de Thomme, une puissance que le brigandage seul peut altérer, un bien inaliéi^able et imprescriptible, une propriété dont les facultés humaines sont les titres. On voit ici combien peut changer l'idée représentée par un même mot. Le droit de la Révolution française ne consent pas même à fléchir devant la divinité : il est athée, il se déclare purement humain, il est partie intégrante de Thomme, il se place au même titre chez tous les citoyens et les fait ainsi tous égaux, libres et inviolables, tant qu'ils n'attentent pas aux facultés d'autrui. La logique veut, dès^lôrs, que tout citoyen revendiquant son droit devant la société assume une portion égale de devoir et reconnaisse la justice, conséquence nécessaire de la morale au sein de la nation.
Jamais aucun mobile social n'avait autant que la Révolution française accéléré le progrès au sein de rhumanité, aussi jamais réforme n'avait été acclamée avec autant d'enthousiasme par les contemporains. Cette réforme était cependant incomplète, par suite de la déclaration des droits et des devoirs
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qui n'étaient ni définis, ni classés, ni démontrés,- ni soustraits à Tarbitraire, par suite dû maintien de la souveraineté, qui du roi passait au peuple, ou plutôt à la majorité. La conséquence fut que chaque parti prétendit afiELrmer les droits gui étaient à sa convenance, et que la France dut subir la tyrannie du nombre, la plus odieuses de toutes. De même que la loi sociale avait été ce que T Église, le pape et le roi se plaisaient à décréter; de même elle dériva du caprice des majorités. 11 se trouva même des penseurs, parmi lesquels il faut citer Lamennais, pour déclarer que le peuple ne peut pas se tromper. Trop de lois mauvaises et attentatoires au droit ont été votées par les majorités pour, que l'iiifaillibilité puisse en être admise. L'erreur est le fait de l'humaine nature, et il esft facile de s'en apercevoir en analysant la législation des peuples les plus civilisés. Telle nation qui s'occupe fort peu de Tinstruction et de l'éducation des classes deshérités, qui laisse les voleurs et les assassins dresser les enfants au vol et au meurtre, se sert d'un corps judiciaire pour dire aux malfaiteurs : a Le meurtre est le plus grand des « crimes, et moi, qui suis le gardien de la morale, ce je vais ordonner qu'un meurtre soit commis. » On a prétendu justifier ce paralogi^me par la légitime défense ; mais la société qui détient le criminel dans^ une prison cellulaire ou autre, ne se défend pas plus^ que ne se défendrait un homme si, après avoir gar» xoUé son ennemi, il lui plongeait un couteau dans le cœur. La comparaison entre un assassin et un
organe gangrené n'est pas plus acceptable; car la gangrène, outre qu'elle est la mort, est une menace de mort pour tout l'organisme, tandis que le meurtrier est vivant et ne peut tuer à lui seul une société entière. On ne coupe pas un membre malade quand il peut guérir, et le criminel peut toujours revenir à la morale comme l'organe malade peut revenir à à la santé. Osons dire que la peine de mort se maintient chez les nations modernes parce qu'elle est un agent d'intimidation, et un moyen prompt autant qu'efTicace de se débarrasser d'un être dont la garde est onéreuse. Mais si le meurtre juridique est utile, il montre combien est défectueuse une société qui se déclare obligée de mentira la morale, à la justice et à rhumauité, en demandant le bien à un mal avéré. On en a la preuve dans la répugnance qu'inspire le bourreau et dans la réprobation dont le sentiment populaire charge le meurtrier légal.
Après le meurtre, la justice actuelle se permet d'autres violences dont la barbarie, pour être moins apparente, n'en est pas moins réelle. Le représentant du droit social, le juge, avec la mission de réprimer la séquestration et l'injure, d'exiger la réparation du dommage, etc., prive journellement quelque innocent de sa liberté, l'accuse publiquement de méfaits odieux, lui impose les tortures de la prison, des interrogatoires et du secret, le ruine en l'éloignant de ses affaires ; puis, lorsque l'innocence de l'accusé est reconnue, le remet en liberté sans lui faire, réparation d'honneur, sans l'indem-
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niser en aucune façon, sans redresser les torts qu'il a subis. Ceci montre combien la jurisprudence est encore imbue du vieux principe de la souveraineté qui fait de la personne la chose de la société. En consultant la morale et le droit positifs, on se demande à quel titre celui qui a mission de réprimer le mal et de réparer le dommage, peut faire le mal sans aucune réparation ? C'est *ce qu'il nous semble impossible de comprendre, car la justice malfaisante, car la justice injuste ne se comprend pas. Si la culpabilité croît avec le savoir et la puissance, la société qui a toutes les sciences, qui est l'expression de la morale et qui détient tous les pouvoirs est auti'ement coupable que la personne, à méfait égal. La notion la plus élémentaire des droits et de la justice indique à la société qu'elle doit à l'innocent, accusé et détenu par elle, réparation d'honneur et réparation de tout le dommage qui lui a été fait. Ainsi le veut la morale sociale.
Une conséquence des religions qui doit également disparaître de la société, c'est ce qui a été nommé le droit de punir. Après avoir admis le dieu vengeur, la vengeance divine, autrement dit les tortures infligées par le tout-puissant à ceux qui transgressaient ses ordres, on a cru qu'une société pouvait infliger des tortures à ceux qui transgressaient ses lois sociales. Mais s'il est impossible de comprendre comment Dieu, après avoir fait les hommes bons ou mauvais, s'est cru autorisé à récompenser ou à punir des actes qui, en définitive
étaient 80J2 ouvrage, il n'est guère plus facile d'imaginer comment une société, incapable de sonder les cœurs et de scruter les consciences, a préieudu mesurer le degré de culpabilité d*uu méfait. Estimer le dommage et la réparation qu*U exige est chose possible, par approximation, mais mesurer la cul* pabilité d'un homme en tenant compte de son édu* cation, des mauvais exemples, des tentations subies, des passions survenues et des milles autres circonstances atténuantes ou aggravantes dans un méfait, c*est ce qui est impossible. De quel front, ajouterons-nous, une société ose-t-elle punir, quand elle se dispense d'empâcher la contagion du mal, d'enseigner le bien, d'apaiser la faim et de guérir des passions? la punition est un fait théologique, fille suppose chez les représentants de la divinité la puissance de faire expier toute infraction aux commandements de Dieu ; mais elle ne peut concorder avec la faiblesse humaine qui prétend juger. Que le coupable pourvu de responsabilité soit contraint de réparer le dommage qu'il cause autant que ce dommage est réparable ; que le même coupable soit mis hors d'état de nuire , s'il se montre réfractaire à la loi sociale, rien de mieux ; mais qu'il soit condamné à une expiation par des hommes incapables d'apprécier son degré de culpabilité, c'est ce qui est inadmissible, au point de vue de la morale humanitaire.
Dans cette suprématie que la société s'attribue, à l'égard de la personne, se voit la conséquence de la
souveridneté léguée par le droit divin au droit populaire. CJiaq'ue jour on répète au peuple qu'il est omnipotent, qu'il peut et^do^it faire la lei; comme «l on voulait rééditer à boq profit la théorie de la grâce et du bon plaisir. Les courtisans populaires encensent, flattent et adorent, à Timitation de ceux qui courtisaient Louis XIV et Napoléon P^ deux type» d'immoralité. De la popularité ainsi obtenue nait le le oésarisme et des nations, pour avoir voulu hériter de la souveraineté divine et royale, se condamnent à subir la domination d'un ambitieux servi par la plèbe.
Pour la philosophie positive, la souveraineté qui suppose là connaissance et la justice complètes ne saurait lister dans un ôtre vivant, qu'il soit homm^ ou nation. Elle ne peut se produire que dans la science, dont la mission est, non pas de faire, mais de chercher* de découvrir et de formuler la loi. La m^e puissance qui a trouvé la loi chimique, physique et biologique a compétence pour trouver la loi morale et juridique , pour définir le droit, pour dire eii quoi consiste la justice. Cette compétence vient d'une méthode qui se fonde uniquement sur Tétude des faits et use des découvertes anté^eures au profit des découvertes postérieures. Après avoir cherché et formulé le bien dans la personne, la philosophie voit chez les personnes que réunit Torganisation sociale le bien de chacune se convertir en droit, de dernier qui n a pas de raison d'être chez l'individu isolé grandit constamment en passant de la famille,
nÈ MORALE POSITIVE.
oii il est élémentaire, dans la commune, dans la nation et dans Thumanité. Il est la force sociale qui assure à chacun l'intégrité de sa vie; il fait que la personne peut obtenir le développement de ses facultés, sans perdre l'initiative de ses actes. Mais ce que la personne tire de la société deviendrait le mal et l'amoindrissement d'autrui si elle ne rendait ce qu'elle reçoit, et méconnaissait sa dette ou son devoir. Quand elle se conforme à la justice en payant exactement tous les services demandés et obtenus, elle peut user de l'action sociale pour agrandir indéfiniment sa vie, sans léser qui que ce soit. Sont facteurs de la loi sociale le droit devenu la revendication facultative de toutes les conditions de l'existence humaine, le devoir entraînant l'obligation de rendre les services réclamés ou reçus, la justice veillant à ce que chacun donne autant qu'il obtient et obtienne autant qu'il donne. Tout ce qui ment au droit, au devoir et à la justice, fausse la loi sociale et la rend indigne du nom qu'elle porte, en dépit du consentement unanime d'un peuple; car l'humanité entière ne saurait anéantir un seul droit, chez un seul citoyen, sans violer la justice et fausser des rapports nés de la nature des choses.
Le droit qui rend inviolable la personne acceptant ses devoirs ne sera ni bien compris ni rendu effectif tant que la guerre intronisera le meurtre, le pillage, l'incendie, la contrainte et le viol des libertés les plus précieuses, attendu que les peuples croient seulement à ce qui se réalise. Ils ne croiront
de même à la justice que le jour où disparaîtront lès privilèges et. où chacun aura des charges sociales égales à ses bénéfices. Or la paix continue et une économie sociale conforme à la morale peuvent être entrevues mais non réalisées dans une société qui a pour dernier terme la nation. Les partis y sont trop rapprochés et les intérêts trop hostiles pour que la personne y soit respectée et que les passions de la majorité n'exercent pas leur influence tyrannique. Ajoutons que la socidogie, dernier terme de la science et résumé de toutes les connaissances antérieures, dépasse les facultés de la nation, comme la chimie et la biologie dépassaient les facultés de la cité antique. Elles dépassaient même les facultés d'un peuple isolé dans sa grandeur, ainsi que l'atteste l'histoire de la Chine.
Lorsque la confédér^ition aura organisé Thumanité, le droit rendu effectif fera chaque citoyen inviolable; la véritable justice supprimera les privilèges et les servitudes, une quantité de forces improductives, à cette heure, ou usées dans les conflits, pourront devenir fécondes. Mais alors celui qui consommera sans produire sera tenu pour un parasite social; celui qui ne recueillera pas le fruit complet de son travail sera un- spolié ; celui qui détiendra des richesses sans les avoir créées ou reeues en don, sera accusé dlmprobité; celui qui voudra se donner un privilège sera considéré comme un perturbateur. En supprimant ainsi les parasites, ou plutôt en leur rendant l'existence impossible,
m MORALE POSITIVE,
en faisaot da travail 1 obligatioa de tous, ea aUribuaat à chacun ce qu'il produit, la justice enlève la raison d'être de l'oisiveté et du travail excessif, du luxe et de la misère, de l'abus et de la privation -, elle supprime les agens les plus actifs de Tenvie, de la haine, de la maladie et du crime, elle rend l'aisance géuérale, elle met l'espèce humaine dans les conditions les plus favorables au développement de la force et de la beauté.
Si Ton veut se convaincre combien la morale acceptée, à cette heure, par les nations civilisées, est impuissante à produire le règne du droit et de la justice, il suffît de considérer l'énorme quantité de privilèges politiques et économiques dont les religions et les philosophies ont accablé les nations; il suffit de voir combien la vie, l'honneur, la liberté et les intérêts de la personne, sont peu respectés; il suffit de voir la haine que se portenX certaines classes prêtes à sacrifier au soin de leur vengeance les intérêts les plus sacrés de la patrie, il suffit de voir les moyens inavouables que la plupart emploient pour accumuler des richesses malfaisantes. Les misères qui en résultent ont échappé pendant longtemps à l'analyse des peuples, mais ils sentent à cette heure les maux que recèlent leur civilisation et la nécessité d'un principe rénovateur. Longtemps on leur a fait supporter les douleurs de la vie présente en leur promettant une compensation dans la vie future, à cette heure ils veulent être heureux dans ce monde en proportion du doute que rauti*e
monde leur inspire. Ils croient arriver à leurs fins soit en pénétrant dans la classe des privilégiés, soit en confisquant les richesses d'autrui, sans voir que le meillelir moyen d'arriver au bonheur consiste à acquérir la vrai notion du bien et du juste.