‹ La morale positiveChapitre 5 sur 14 · MORALE DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

MORALE DE LA FAMILLE

Tant que Tégoïsme règne despotiguement dans le cœur de Thomme et des animaux, aucune organi- • sation sociale ne peut se produire. L'individu s'isole et soutient contre la nature entière la lutte pour l'existence. La transition de cet état mental aux altruismes nécessaires à la formation des organisations -collectives se trouve dans Tinstinct reproducteur dont la mission est d'unir les sexes, de les faire concourir à des actes communs, d'établir la mutualité des services et de rendre les vies solidaires. Cette puissance de l'instinct sexuel provoquant. entre des êtres, naguère hostiles, les rapports qui se rencontrent entre les organes d'un individu, cette force qui établit la paix où régnait la guerre, qui fait surgir la fécondité à la place de la destruction, est connue -de tout le monde sous le nom d'amour. Les poètes,

les mythologues et les artistes de toutes sortes en ont trop exalté la puissance pour qu'il soit nécessaire^ d'en parler longuement. Il suffit de constater que Tégoïsme, résumant toutes les formes de Tinstinct individuel , est dompté par l'amour , pour comprendre Tinfluenee que ce dernier peut avoir dans la vie de l'homme et des animaux. On le voit provoquer dans les sexes l'espèce de gravitation organique d'où résulte l'accouplement, on le voit utiliser, au profit de la femelle empêchée par la gestation, les forces productrices et défensives du mâle, on le voit utiliser, en faveur de ses fruits, toiates les puissances du père et de la mère, on le voit enfin maintenir la concorde entre les êtres élevés dans le même "nid. Uniquement conjugal au début, l'amour de— ^ient ainsi paternel et maternel, puis filial, puisfratemel; il enserre comme dans un réseau de tealàresse des êtres qui diffèrent d'âge^ de ^exe «et â'£q[>tituide^ il leur donne les jnémes intérêts, .l6s imâmes affections, iles mêmes habitudes, la même "ùe ;<en)un mot, il .produit entre eux l'unilé ocgani- •qite dont Ja famille est ia manifestation.

On voit ainsi, ^par la simple analyse dos iaits, que ila ^somme de bien que comporte l'amour se jnesuire ;sar l'altruisme »t la fécondité qu'il supporte j^amni las hommes. Mais un sentiment si puissant ponr d'aocroissementdelavie, a la même puissance peur l'amoinidrisBement ^de la vie, et il appartient à la morale positive d'apprécier, avec l'aide des faits, «les imissaBoej» hofioes ou mauvakes de rinstiactrfisxuel »

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La fin en est double et comprend, avec la formation 4hL oouple, la conservation de Tespèce. D'où il faut condnre que les amours, ne se proposant pas cette double fin, sont contraires à la morale. Ceci est uiiie vue théorique dont il est nécessaire de chercher la vérification -dans les faits.

De Tobservation générale de tous les temps et de tous les lieux, 11 résulte que l'altruisme a sa première manifestation dafts le rapprochement du mâle et de la femelle. Ce concours peut être momentané, il peut ne produire qu'une trêve entre les conjoints; d'où la promiscuité qui, suffisante pour la cooservatiiosï de J 'espèce, n'aboutit jamais à la formation du groupe sociial et aux facultés qui en dérivent. C'est pour cela que les espèces dépourvues de mutualité sexuelle sont les moins bien douées -sous le rapport mental. Il suffit d'opposer le castor à un autre rongeur tel que le lièvre, pour voir combien deux êtres, dont les organes ont la plus grande analogie, peiuvent différer dans lears aptitudes, selon que les instincts xeproducteuvs aboutissent au seul ooncoiars ou à la inuitualifcé. Les merveilles d'industrie que le ménage fait naître chee les oisea«ux, toujours impuissante à se construire mi nid quand ils vivent dans l'isolement, sont une preuve de ce que peut l'amour aboutissant à un état social, même élémentaire. Oesfaiits, appliqués à l'espèce humaine^ montrent bien queies races qui ne dépassent pas le concours dans les rapports des sexeset vivent dans la promiscaité, comme certaines hordes australiennes, ne s'élèvent pas au-

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dessus des singes anthropomorphes, sous le rapport de l'intelligence et des mœurs. La conclusion est que la formation du ménage permanent chez l'homme doit étie considérée comme indispensable à la civilisation et que Tabrutissement est le but des races humaines dont les instincts refproducteurs ne parviennent pas à le constituer. Mais le concours permanent des sexes comprend dans l'espèce humaine des différences qui peuvent se ranger en deux catégories, la polygamie et la monogamie. Les races polygames occupent, encore à cette heure, la moitié de la surface du globe, et ont leur habitat principal entre les tropiques. On peut en induire que la chaleur atmosphérique est pour beaucoup dans la polygamie, et on s'en rend compte en étudiant l'influence d'une température élevée sur le développement de la jeune fille. Quand, à l'âge de neuf ou dix ans, elle est surprise de la nubilité et quand des passions d'adulte tyrannisent son âme d'enfant, la déchéance morale et la subordination en sont les conséquences nécessaires. Une fois'déchue moralement, la femme ne peut rester régale de l'homme; en perdant une part de sa dignité d'épouse et de mère, elle tombe dans l'asservissement, elle devient un instrument de plaisir ou de reproduction, elle se voit remplacée dès qu'elle cesse d'être belle et féconde. C'est ainsi qu'une première condition de déchéance en amène une autre, et que le mal engendre le mal.

Il est manifeste que, sous le régime de la polygamie, l'amour touche encore à la promiscuité et ne

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se trouve pas dans des conditions normales. Tandis qu'il réclame la possession exclusive, ainsi que la jalousie l'indique, même chez les animaux, il faut que la femme polygame souffre la présence de plusieurs rivales ; il faut que l'homme fasse subir à sa tendresse un partage contre lequel proteste tout cœur délicat. En des conditions pareilles, il est impossible que la dignité des époux ne soit pas atteinte et que Tun ne subisse pas la déchéance de l'esclave, tandis que l'autre subit la déchéance du maître. Les mots d'esclavage et de tyrannie résument en effet les conséquences sociales de la polygamie ; ils font comprendre, à une époque où tous les progrès de la ^civilisation sont des fils de la liberté, l'infériorité des races polygames et l'impossibilité où elles se trouvent de dépasser certain niveau de la civilisation. Où la femme est asservie, elle ne peut développer les facultés morales qui lui sont propres et en faire bénéficier son mari, ses proches et ses enfants, c'est une perte sociale que rien ne peut compenser. L'insuffisance de l'élément féminin prive les mœurs des sentiments chevaleresques ; elle amoindrit l'inspiratien artistique, la politesse, le respect du faible et le culte du beau ; abandonnant la suprématie au respect de la force et au culte de la violence. Chez les polygames l'asservissement de la mère atteint l'enfant qu'elle rie peut protéger, instruire et diriger convenablement, faute de posséder l'autorité, l'instruction et l'esprit de conduite, tandis qu'elle lui communique la sensualité, l'indolence et le goût des

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futilités. L'éducation au fiein du harem est détestable: elle produit ce mélauge de raffinement et .de brutalité, de sensualité et de rudesse, de culture et d'ignorance, de finesse et de sottise qui se remarque cher les Turcs, les Hindous et les Perses.

Au point de vue de la reproduction et de la conservation de l'espèce, l'infériorité de la polygamie n'est pas moins évidente. Lorsque le mâme homme a plusieurs femmes, d'autres hommes doivent en manquer, attendu que les statistiques des diverses -régions indiquent, parmi les naissances, une part sensiblement égale pour les deux sexes« Le plus grand nombi*e d'enfants d'une maison se trouve jcompensé par l'absence icomplète d'enfant dans une iiutre maison, l'excès de fécondité se balance par la . stérilité, si bien que l'avantage est nul. On peut même constater, par le fait, que les races polygames sont moins prolifiques que les races monogames» L'on peut, en outre, constater par le fstit et le rai«- .sonnement que la pluralité des femmes, d'une part, et l'ab^nce de femmes, d'une autre part, engendirent des mcBurs détestable. Lorsque l'instinct reproduit leur n'obtiemt pas ses satisfactions légitimes, il en cherche d'autres et aboutit à ces mœurs omni^exuelles qui sont la honte de l'humanité. Chez tous les^ animaux dont les sexes sont séparés et dont les mâles et ks femelles vivent en troupeaux distincts, des dépravations analogues se reproduisent ; m bien que l'apparition des mêmes vices, chez un grand nombre d'espèces, dans des conditions déterminées, peut de-

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venir une indication précieuse pour le moraliste. Une autre indication seXire de l'hygiène et même de la pathologie, xnontranl; les maux qui résultent de la privation et de rabufidesfonctioBsreproductitices. Mille fois on a constaté que la continence complète chez rhomme adulte rend le caractère plus ardent, âpre, rude, insociable, violent et même crueL Le célibat du moine explique l'inquisiteur. Chez la femme le célibat a des inconvénients analogues. Il rend Vàme vibrante, susoeptible, inégale, inquiète et envieuse ; il multipUe les abcidentsspasmodiques, il peut ,méme provoquer l'aliénation. D'autres maladies suivent encore dans les deux sexes la continence absolue qu'il faut, à ce titre, considérer comme un mal organique et moral, bien loin d'en faire un état privilégié.

L'excès contraire^ l'abus des actes sexuels, n'a pas de moindres inconvénients. Il prive l'homme d'um élément capital de virilité, le jette dans les langueurs du corp» et de l'âme, l'incite à la paresse et le prédispose à mille lâchetés. La volupté lui est à la fois un plaisir et une peine, un besoin et un dégoût. 11 ne la sent bientôt .plus que sous l'influence du caprice, du changement, enfin du monstrueux. Décrire les dépravations du libertinage est chose inutile, hs cours criminelles et les salles d'hôpitaux se chargent de ce.soin. Il e&t Lien difficile que la polygamie, par le manque d'amour, chez la femme, et par l'ahus de l'amour, chez Thomme^ n'aboutisse pas à un double libertinage. Cependant le ménage polygame

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est bien supérieur à la promiscuité et surtout à la prostitution qui fausse Tamour au point de le rendre à la fois stérile et contraire au mariage. Les caresses de la courtisane enlèvent du cœur de Thomme la puissance d'aimer; elles altèrent les sens et la délicatesse du sentiment , elles imprègnent le désir d'impudeur, elles font du changement et du caprice les agents principaux de la volupté. C'est au point que celle-ci peut méconnaître jusqu'à l'action sexuelle, quitte à chercher ses raffinements dans la violence, la perfidie, la haine et même la cruauté.

Tant de maux naissent des altérations de Tamour, tant de biens peuvent en résulter, lorsqu'il reste sain et fécond, que le moraliste ne saurait en décrire avec trop de soin les conditions bonnes ou mauvaises. Chez l'enfant, l'affection ne peut prendre le caractère sexuel et obtenir des satisfactions légitimes^ et l'on doit la considérer comme un mal, soit qu'elle résulte de la précocité congéniale du tempérament, soit qu'elle naisse de circonstances fortuites. Il est des choses que l'œil du jeune âge ne doit pas voir et que ses oreilles ne doivent jamais entendre. Son infécondité lui interdit la volupté, dont les plaisirs prématurés s'achètent au détriment du corps et de l'âme.

Quand l'instinct reproducteur reste dans les conditions normales, il est à peine ressenti par l'enfance et ne prend une puissance véritable qu'à l'époque de la puberté ; mais, plus le désir devient intense ehez les adolescents des deux sexes, plus les actes

qu'il sollicite provoquent de timidité. Le résultat est la pudeur, sentiment contradictoire et charmant qui fait craindre au garçon de demander ce qu'il brûle d'obtenir, et qui pousse la jeune fille à refuser ce qu'elle brûle d'accorder, La pudeur croît avec le désir et diminue avec lui. Nulle chez l'enfant à la mamelle et atrophiée chez le vieillard, elle va toujours croissant de l'enfance à la virilité, combattant les dispositions vicieuses, faisant de la nudité pro* voquante un malaise indéfinissable, tenant dans le secret les actes intimes de la vie, s'indignant de toute obscénité. Mieux que les serrures, la pudeur garde rinnocence de la jeune fille et refrène les soupirs de l'adolescent, tout en permettant entre eux la tendresse timide et saine qui enseigne à l'amant le <;ulte de la beauté, le respect de la faiblesse, le dévouement pour la grâce, la préoccupation des convenances d' autrui et le besoin d'acquérir les qualités qui doivent plaire; qui donne à l'amante le sentiment de sa valeur et de sa dignité, lui suggère la finesse, lui apprend le tact, lui donne l'esprit de conduite, enfin, l'entoure du charme dont elle fera dans l'avenir sa force capitale. Des deux parts, l'amour exalte les facultés mentales aussi bien que les facultés physiques. Il inspire et donne le goût de la poésie, il fait comprendre les différentes formes de l'art. En même temps qu'il raidit les muscles, il affermit le courage, il fait naître la noblesse dans le cœur, il donne le sentiment de la grandeur. L'être qui ne sait pas aimer profondément reste nécessai-

lie MORAL£ POSITIVE.

rement incomplet : tout un ordre de pensées et de sentiments ne lui sera jamais révélé ; une série de forces lui restera inaccessible. A ce titre Tamoar Téritable est un bien précieux pour rhumanité, et la morale a mission de combattre tout ce gui peut en diminuer la puissance ou la pureté.

Parmi les ennemis du véritable amour, il faut placer en première ligne l'impudeur qui se donne la mission de provoquer, d'exalter et de faire triompher le désir, en substituant les satisfactions des sens aux satisfactions du cœur. Pour elle la parole, le geste et l'attitude deviennent des agents de libertinage^ tandis que les productions de Tart deviennent des agents de dépravation. Par elle des passions d'adultes envahissent Tadolescence et môme Tenfance, cherchant partout des satisfactions vicieuses et des plaisirs énervants ; par elle la virilité s'amoindrit , le corps est piis de langueur , l'àme * VafEaisse sous la lâcheté ; des êtres de vingt ans ont Tégoïsme des vieillards ; leurs sens blasés sont dévolus à la tyrannie du caprice, et appellent l'orgie pour se ranimer. En perdant le goût du chaste et de l'honnête, on est forcément attiré par ce qui est vicieux et pervers. Si quelque chose peut attacher oe sont les tromperies, les rivalités, les humiliations -et les déboires. Telle fiUe perdue conserve un amant blasé, en le ruinant, et en lui imposant des rivaux qu'elle prend sous ses yeux afin qu'il n'en ignore.; telle femme adultèse ne peut se séparer du misérable qui l'exploite et l'avilit. De telles amours dé-

gradeat la nature humaine, au lieu de l'élever, et font du couple humain un être maladif autant que vicieux.

L'adulte dont l'enfance et l'adolescence sont restées pudiques a concentré dans ses organes les éléments de la virilité. Il est dur à la fatigue, il est ardent et brave dans l'action, il est tenace dans ses projets, il a la sincérité et la générosité des forts. Mais, avec le développement des forces viriles, le moment arrive où la continence devient un danger, et ment, à la fois, aux lois de Thygiène et aux lois de la morale. C'est ce qui nous fait réprouver le céiiLat converti en institution. En imposant la stérilité à des organismes doués de toutes les puissances de laféQondité, il aboutit à une sorte de mutilation ; en défendant l'union de Thomme et de la femme, il empêche la réaction bienfaisante qu'exercent l'un sur l'autre l'élément féminin et l'élément masculin ; en rendant sans objets les instincts conjugaux et paternels, il en fait des agents perturbateurs; en défendant à l'individu de contribuera la formation d'un organisme supérieur, il produit la déchéance de l'être humain. Et ceci n*est pas seulement une vue théorique! Le fait montre chaque jour que le serment de continence perpétuelle aboutit au vice, à de honteuses amours, ou bien aux obsessions qui empoisonnent la vie et dégénèrent, trop souvent, en aliénation. Malheur au père qui confie l'éducation de ses enfants à des hommes affamés de volupté ; malheur à ces hommes

Hâ MORALE POSITIVE.

qui demandent vainement à la prière et à la pénitence -un refuge contre le désir. Un jour le désir devient passion, la passion devient folie, et l'enfance reçoit une souillure indélébile.

Si le célibat permanent est chez Thomme un agent de perturbation, il est encore plus contraire aux aptitudes de la femme dont Torganisation tout, entière semble conspirer pour la maternité. Quand ces aptitudes maternelles restent sans emploi, elles s'insurgent, fermentent et aboutissent à des explosions. C'est alors que l'hystérie et la nymphomanie Tiennent désoler des malheureuses qui, sous l'obsession de certains rêves, se croient possédées par le diable et sentent leur cœur se partager entre l'horreur de pareilles amours et les voluptés qu'elles procurent. Une fois excitées, les organisations réagissent les unes sur les autres dans les communautés de filles et les troubles ressentis par le petit nombre deviennent une épidémie contre laquelle les exorcismes sont employés vainement. Il faut plaindre de telles douleurs, mais il ne faut pas les méconnaître, et il faut surtout les signaler à la mère qui serait tentée d'exposer ses filles à une telle contagion. Seuls, l'homme et la femme que le mariage met dans les véritables conditions de la moralité sexuelle possèdent la quiétude des sens et les sentiments de paternité nécessaires à qui dirige l'éducation du jeune âge.

Pour obtenir le couple humain qui transforme les éléments perturbateurs du célibat en agents de con«

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cours^ d'harmonie et de progrès social, il faut Tinterventioa d'ua sentiment chaste et profond, d'une tendresse éprouvée, d'une convenance réciproque comprenant, à la fois, l'être physique, l'être affectif et l'être intellectuel. N'oublions pas que la beauté mère de l'amour est triple ; qu*elle peut accumuler ses dons sur le corps, sur le sentiment et sur la pensée. Les grâces extérieures appellent Tamour, mais les grâces intérieures le gardent et en assurent la durée. Une belle âme pare le corps le moins bien doué et produit ces jolies laides qui savent si bien imposer la constance à qui les aime. Cette constance, condition capitale du ménage permanent^ est difficile à obtenir chez des êtres dont le cœur gonflé de tendresses s'enflamme au contact de beautés multiples. Bien des adolescents croient aimer pour la vie, qui oublient leur maîtresse au bout d'un mois. Leur cœur ne s'éclaire qu'après des erreurs commises et ne se fixe qu'après bien des oscillations. Mais, pour qu'il puisse choisir en connaissance de cause, il faut le contact des deux sexes<, contact profitable, sous tous les rapports, quand il est surveillé par la décence. Seule la femme donneà Tadolescent la politesse, l'élégance, l'esprit chevaleresque et le culte de cet éternel féminin sans lequel l'humanité ne se composerait que de brutes. Le contact des hommes agit d'une manière analogue sur la jeune fille en lui donnant la hauteur de vue, le calme et la dignité. En résumé, il faut que les deux sexes s'enseignent réciproquement le senti-

lis posiTrvEoit les unir un jour, et ctHnMner ttiftn Bupérieure l'élément viril et

1^1^ jlteelioa fondée sur les convenances phy- * morales unit admirablement deux ûrgani-

ueomplémenlaires l'une de l'autre et produit

^ é^Tsme à deux sur lequel veille la jalousie. Alors se produit le ménage et la constitution en est d'autant plus parfaite qu'il joint au concoars la mutualité et même la solidarité. Quand l'homme et la femme, en s'uaissant, arrivent à l'unité des intérêts, des besoins, des désirs, des sentiments et des pensées, ils obtiennent le bonheur. De chastes amours, en même temps qu'elles procurent les voluptés du corps et de l'âme, empêchent la dépravation du cœur et la lassitude des sens. La fidélité réciproque est un préserratii' contre le caprice eï contre l'abus du plaisir; le bonheur passé devient un fjarant du bonheur à venir; la tendresse sa transforme en habitude et maintient l'union au seia même de la vieillesse. Rien ne vaut l'état conjugal, rien n'en explique mieux l'excellence que son triomphe sur la barbarie, sur ios vices, et même but les mœurs. 11 marque le deyré de moralité dea peuples qui s'élèvent ou s'abaissent en raison de l'estime ou du mépris qu'ils eu font.

La puissance du ménage u'a été méconnue m par les philosophes, ni par les législateura. Ils se sont elforcés d'en assurer la durée; mais, feute d'en' étudier les conditions véritables, ils ont souTent

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les intérêts distincts et souvent opposés produisent l'antagonisme, que les convenances du cœur, seules capables de produire l'unité d'existence» doivent tout primer. Où ces convenances sont subordonnées aux intérêts pécuniaires, aux préjugés de caste, et même à Faction religieuse, le ménage est menacé de dissolution. Le sentiment méconnu fait sentir son influence, il s'exalte, il devient passion et reprend une suprématie désormais perturbatrice. C'est en vain.que l'époux, mal secondé par les froideurs de la couche conjugale, invoque la religion et la loi sociale, pour se préserver du méfait ; en vain il envisage la conséquence de ses désordres, en vain il prévoit sa propre déchéance et celle de ceux qui l'entourent, tout cède à la passion et l'adultère pénètre sous le toit conjugal. Dès lors sont perdus les avantages du mariage monogame. Entre les époux, l'accord et l'unité de vie est désormais impossible ; l'antagonisme de leurs intérêts moraux entraîne llantagonisme de leurs intérêts matériels, l'inimitié se fait jour dans une foule de circonstances, le ,lieii qui les unit se transforme en une chaîne odieuse. Entre deux êtres qui ne s'aiment plus la vie conjugale est pénible, mais elle devient insuportable lorsque l'un des époux aime en dehors de la maison. Si cet amour adultère est le fait du mari il fuit son intérieur, il y introduit l'ennui, l'isolement et trop souvent la gêne, il laisse la mère de ses enfants, La femme qui porte son nom et doit partager son sort, en proie à la tristesse, aux larmes et au ressenti-

ment. Si l'adultère vient de la femme, outre qu'elle souille son cœur par une double infidélité, elle s'expose à introduire des bâtards dans la maison, à imposer à son mari une paternité qui ne lui appartient pas et à spolier ses enfants par l'introduction d'un étranger parmi eux. Dételles misères comparées aux joies du vrai ménage devraient faire de l'adultère un objet d'horreur. Si les hommes savaient mesurer les conséquences de leurs actes, ils cesseraient de se marier à la légère, ils ne verraient pas dans une dot l'attrait capital de leur fiancée, ils ne garderaient pas l'arrière-pensée de compenser les froideurs de la couche nuptiale par des suppléments d'amour pris de toutes parts. La jeune femme ne serait pas délaissée ; elle ne trouverait pas une dissemblance insupportable entre les aspirations de son cœur et les réalités de son ménage, elle ne serait pas prise de découragement, de dégoût, d'irritation et de colère, elle ne serait pas tentée de chercher la vengeance et le plaisir dans un amour malsain. C'est le mauvais mariage qui fait la fréquence de l'adultère, et le mariage est mauvais parce que les conditions en sont cherchées où elles n'existent pas. Entre deux êtres qui s'unissent, par suite de convenances de fortunes, d'ambition ou de condition sociale, la couche conjugale ne peut trouver d'attrait que dans les appétits des sens. Il en résulte une première déchéance ressentie d'autant plus vivement par l'épousée que ses sentiments sont plus délicats. Des relations fondées sur le seul appétit sexuel dégé-

MOBALE POSITIV^.

ttèreut vite en libertinage, elles sont suivies de langueurs que l'on prétend combattre par des ardeurs malsaines et, trop souvent, le mari corrompt sa jeune femme en lui enseignaat ce qu'il tient de quelque

courtisane^

Une autre cause de la fréquence de Tadultère 4ans la société moderne, c'est le grand nombre d'iiommes qui vivent dans le célibat et cberchentleur part d'amour dans la maison d'autrui. Ils apportent dans les mœurs ce que Ton nomme la galanterie et font graviter les relations sociales autour d'une masse d'intrigues dans lesquelles se confondent ce qui est permis et ce qui est défendu. La galanterie s'infiltre partout; elle trône dans les festins, les bals et les fêtes de toute espèce, elle préside aux parures, elle donne le ton, elle a la main dans l'administration et la politique, elle décide de la carrière de bien des hommes et, trop souvent, dicte la sentence des tribunaux..

£n même temps qu'elle est la fille du célibat, la galanterie en devient la mère, en prodiguant ses far veurs aux hommes qui sont libres des empêchements du mariage. Les bonnes fortunes d'un célibataire le maintiennent dans le célibat.. Il s'établit de la sorte un cœncle vicieux dans lequel les hommes non mariés provoquent à l'adultère qui lui-même nuit au mariage. C'est ainsi que le mal engendre le mal- Il arrive que le célibat des hommes entraîne le célibat d'un nombre égal de femmes qui ne peuvent céder au vœu de la jeunesse et. de la passion sans so, dan-

lier un amant. Mais ces unions antisociales rencontrent trop d'obstacles pour durer. On voit des malheureuses délaissées prendre un second amant, puis un troisième. Elles s'habituent à vivre des ressources de ces ménages momentanés. A la suite de ces abandons successifs, elles se sentent méprisées, elles prennent en haine les auteurs de leur déchéance et la société entière, elles se font un jeu et un plaisir d'attirer chez elles les fils, les frères et les maris des femmes qnele monde honore, de ruiner physiquement, moralement et pécuniairement ceux qui viennent leur acheter du plaisir et de les renvoyer ensuite à leur famille. Voilà comment l'être chez lequel débordait la vie, l'espoir, le sentiment, Tintelligence et la générosité se transforme en égoïste exténué, blasé, découragé et vicieux. Il est devenu incapable de la tension d'esprit ou de muscles qu'exige un travail fructueux, il ne peut relever sa triste fortune que dans des spéculations véreuses ou dans un riche mariage. Mais le jour où sa jeune femme reconnaîtra qu'elle a les restes d'une courtisane, elle prendra en dégoût le mari qui a déçu ses espérances. La courtisane est la plaie des sociétés modernes, elle est la grande ennemie de la famille, elle absorbe, sans profit pour la population, pour l'appui réciproque des sexes, et même pour le bonheur, les puissances de la virilité ; elle propage les maladies iqui s^attaquént aux sources de la fécondité; elle transforme en agent perturbateur un moyen capital d'organisation; enfin, elte «ouille le eœur hu-

main et le rend incapable du véritable amoar. Or Tadultère et la prostitution sont les produits du célibat, en suivent le développement, augmeatent ou diminuent avec lui : ceci est facile à constater dans Rome, dans Florence, dans Madrid, dans Vienne, dans Paris et dans les capitales catholiques où se multiplient les célibataires. A Florence, le sigisbéisme élève l'adultère à la hauteur d'une ins— titution ; à Rome, une prostitution s'étendant aux deux sexes et à tous les âges est le scandale des voyageurs les moins scrupuleux ; à Paris, le demimonde, autrement dit le monde des courtisanes, a pris une importance telle que la littérature et l'art tout entier en ont été empoisonnés. Ces tristes effets du célibat expliquent comment, après avoir été un agent de vice, il devient encore contraire aux lois 4e l'hygiène, pourquoi il produit une mortalité, une criminalité et une aliénation dépassant de beaucoup ce qui s'observe chez les gens mariés* ; pourquoi les régions catholiques, où l'exemple donné par les ministres du culte met le célibat en honneur, sont, bien plus que les régions protestantes, infectées par l'adultère. Combattre le célibat c'est militer en faveur de la morale et de l'hygiène publique, mais à cette condition que le mariage aura pour mobile les convenances du cœur et obtiendra la persistance nécessaire à l'éducation des enfants, ^ette persistance, si désirable, ne peut faire cepen-

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