MORALE DE LA NATION
Lorsque les hommes ont appris dans la famille à aimer, à aider et à respecter les faibles; torsque réducation communale a développé f habitude de participer à la vie du communier, cm voit surgir Torganisation supérieure d'où naîtra, pour chacun, une augmentation de vie, sans perte dfe ce qui auirai été acquis antérieurement. Dans la nation s'aecrott à la foi? ta sécurité et l'a^sainissemeiit au municipe^ exactement comme dans le municipe la famille s'épure et se délivre de ses conflits. Mais pour que la na&ion se produise, il est néc^aireque le groupe inférieur obtienne un certadn degré d'organisation, sans cela -des nxultitudes s'associent dans un intérêt de défense, d'attaque ou de rapine; mais les facultés de la nati<Hi ne peuvent surgir. Elles sorgisseat, an contraire, si les rapports des municipes s'étabUssenl selon les lois de Torganisatioa. Le communier s*éiève au-dessus de Tégoïsme municipal et parvient à
atteindre l'altruisme de la nationalité, surtout avec l'aide du commerce et du langage. Ceci est démontré soit par l'histoire de l'Europe ancienne, soit par l'histoire de TEurope moderne qui, à partir du XII® siècle, déposa dans ses communes le germe de ses nations. Dans tous les lieux où domine la tribu, la véritable nation est aussi impossible qu'elle Tétait, au moyen âge, sous l'action du clan ; et Ton peut prédire que les Arabes, les Turcomans, les Kalmou&s, les Kirghiz, etc., ne pourront s'élever à une organisation supérieure tant qu'ils n'auront pas le municipe.
Les instintcts de croisement et les mariages, si Htiles au rapprochement des familles, passent à l'état de cause secondaire dans le rapprochement des communes, dont l'union est surtout déterminée par l'action industrielle et commerciale. Dès que les échanges se multiplient entre deux groupes sociaux, la solidarité des intérêts s'établit entre eux. La misère et la prospérité de l'un réagissent nécessairement sur l'autre, si bien que tous deux finissent par avoir les mêmes gains et les mêmes pertes; une ligue en est la suite, généralisant, à son tour, le concours, la mutualité et la solidarité : à ces causes d'union vient se joindre l'action géographique. La situation sur le même cours d'eau et dans la même vallée rapproche les hommes par la facilité des communications et les similitudes de mœurs qui en résultent; ajoutons que les hommes d'une même race ont facilement le même langage, les mêmes
idées, les mêmes sentiments, les mêmes aptitudes ; et Ton comprendra pourquoi des lieux privilégiés, tels que les bassins du Gange, de l'Indus, du Nil, de l'Euphrate, etc., ont été les berceaux des preniières nations.
Dès que la nationalité se forme, les fonctions de la vie collective, telles que le langage, l'industrie, le commerce, les arts, les sciences, la religion, l'administration, la police, la justice, etc., y prennent des proportions considérables, et donnent à la vie du citoyen une ampleur bien capable de charmer et d'attirer les populations qui n'ont pas dépassé la vie communale. Le besoin du mieux réside au fond du cœur de l'homme et le rapproche nécessairement de ce qui doit le rendre plus intelligent, plus sensible et plus moral, tout en augmentant sa sécurité et les moyens de pourvoir à son entretien.
Mais ces agrandissements de la vie nationale ne se produisent pas sans l'effort des générations successives, et sans que les pas en avant soient suivis de pas rétrogrades. Les insuffisances qui marquent le début de la commune se reproduisent au début de la nation. Des conflits entre municipes éclatent à chaque instant et menacent de dissolution la société nouvelle qui, pour se maintenir, est contrainte d'user et même d'abuser de la force. Il arrive que les armes sont employées pour réduire les dissidents et pour maintenir dans la nationalité les communes qui prétendent s'y soustraire : la conquête prend ainsi la place de l'union volontaire ; or la conquête
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est la grande ennemie de ia société. L'abus de la force militaire enlève du cœur de l'homme ce qu'il y a de plus fécond dans l'altruisme et dans le sentiment du droit ; le sabre est propagateur d'égoïsme et d'immoralité ; il est un agent capital de désorganisation ; il prépare la ruine du vainqueur après avoir consommé la ruine du vaincu : ainsi s'explique la malédiction qui pèse sur l'abus de la force et les misères qui s'abattent sur les peuples prétendant remplacer la puissance de l'organisation par la puissance des armes. S'annexer des organes qui produisent la discordance et la lutte intestine au lieu du concours, c'est s'inoculer une maladie; c'est préparer la désorganisation dont moururent les empires de Cyrus, d'Alexandre, de Pyrrhus et de Napoléon, et dont périra l'empire sanglant de Guillaume. Ou. domine l'homme de guerre, le citoyen s'avilit et perd la moralité.
Une nation soumise aux conditions du développement des êtres organisés ne saurait passer brus* quement de i'entanoe à l'état adulte sans que cette croissance trop rapide présage la consomption. Les forces, pour rester complètes, doivent se développer progressivement et subir les épreuves de l'adolescence avant d'arriver à la virilité. Dans ces épreuves elles se trempent^ «elles se modifient, «lies s'adaptent à l'organisatioD,, elles se prêtent à l'évolution sociale. C'est pour cela que tout ce qui s'adjoint lentement à la nationalité ne s'en détache guère, tandis que tous les agrandissements trop rapides en rom-
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pent rèquilifare. Pas plus que rindividu la nation ne peut modifier briiisguement son genre de vie sans s'exposer à la maladie et ian dépérissement ; pas plus que rindividu, elle ne peut se livrer à des efforts vâol^its et prolongés isans subir la courbature. La xaoe qui test l'expo^essian plus ou moins directe de llaotion des milieux indique les aptitudes nationales 6t la voie suivie par les divers peuples, ainsi qme la place toiue par eux dans le grand concert de la civilisation. Oeux qui exercent l'action la plus ']^ofonde «ur les peuples voisins tiennent ce beau privilège de la sympathie qu'ils savent inspirer, et de la somme d'altruisme qu'ils tirent de leur état sociaL C'est ;âoxic Thomme placé au-dessus de l'égoïsme personnel, cemmimal et même national que nous devons analyser comme représentant les sommités morales de Tépoque actuelle et de la civilisation. Il ne s'agit pas de spéculer sur l'idéal et d'imaginer un être ir'réalisable , attendu que les dogmes religieux et métaphysiques ont montré cominen sont vaines et souvent pernicieuses des conceptions inconciliables avec la faiblesse humaine. Notre morale, suivie pas à pas dans l'évolution de l'humaoité, doit se tirer "des iaits <qui ont le double avantage d'en indiquer l'origine et d'en montrer les avantages. De même ^ue nous avons cherché dans la famille le bien et le mal de la parenté, de même que nous avons cherché dans la commune le bi^a et le mal du communier, de même nous devons chercher dans la nation le bien et le mal des nationaux.
Les facultés de la commune sont bornées et jamais on ne la vit faire, à elle seule, une langue, une science et une civilisation, tandisque tout cela peut résulter soit de municipes rassemblés, par l'unité de race, dans la confédération, soit de municipes unis, dans la nation. Moins celle-ci est organisée, moins elle est nombreuse et plus sa langue, sa divinité et sa science sont élémentaires. C'est l'inverse qui a lieu lorsque la nation s'organise et s'agrandit ; on voit même les progrès qu'elle fait dans le liangage et la connaissance se répercuter sur les croyances religieuses. La famille isolée est naturellement fétichiste quand elle n'est pas privée de toute religion : le municipe isolé est idolâtre et passe au polythéisme en entrant dans une confédération, enfin, la nation incline d'autant plus vers le monothéisme qu'elle est plus nombreuse et mieux constituée. Il ne faut pas douté que les progrès réalisés par Rome vers la nationalité aient été pour beaucoup dans la formation du dogme chrétien, de même que ce dogme a fait retour au polythéisme, lorsque s'émietta l'empire romain, et se compliqua d'une foule de divinités secondaires telles que les anges, les archanges, les martyrs, les saints*, les saintes, la vierge, etc. Chaque groupe social se faisait ainsi uu dieu à sa taille, et Von vit même certaines familles retourner au fétichisme en adorant du bois de la croix, des os, des cheveux et autres reliques dont elles s'attribuaient la propriété.
Une preuve du rapport qui existe entre le mono-
théisme et la nation, c'est que le Coran forma momentanément une nation arabe^ comme la loi de Moïse avait fait une nation juive. Mais la persistance de la polygamie et de la tribu, chez les sémites, ne tarda pas à neutraliser les effets de la prédication mahométane et à désorganiser les habitants de TArabie et du nord de l'Afrique. Le fractionnement des populations réagit à son tour sur la révélation et. fit que le mahométisme» au sein des tribus isolées et grossières, se compliqua de Tidolâtrie qui surgissait de toutes parts dans les clans chrétiens du moyen âge.
Dès que la religion est admise comme une faculté sociale, on s'explique pourquoi la foi s'impose à certaines personnes qui ne sont nullement libres de croire ou de ne pas croire, cette foi est d'autant plus uniforme que le groupe social est plus restreint et se: trouve moins combattu par la connaissance rationnelle. De là l'uniformité de croyance qui règne dans la famille, dans la tribu et dans les sociétés élémentaires. Mais il en est autrement dans la nation où le développement du savoir suscite à la religion deux rivales telles que la métaphysique et la science. La croyance en contracte des variétés qui deviennent le principe du progrès et doivent être conservées précieusement dans Tintérêt du bien. Il est donc tout à fait immoral d'employer la contrainte pour ramener l'unité dans la croyance. En agissant ainsi, on supprime un élément de grandeur pour Thumanité, on s'expose à protéger le mal, on empé-
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cfae les hommes de prouoacen ea connaissance d6 cause snr le bien et sur le vrai. De marne que le municipe, adjoignant la propriété à la personne' fait de la probité une condition de l'existence sociale, de même la nation qui favorise la croyance doit en imposer le respect. La tolérano&devient ainsi une condition d'ordre et de paix dont les fauteurs de mal peuvent seuls^ méconnaître rexcellenee.
Il serait absurde, en effet, que Tétais social faisant naître simultanément la religion, la métapli'jsic[ue et la science prit parti pour l'une ou pour Tautre. Toutes sont des facultés collectives dont la puissance varie avec le degré de civilisation et dont Tutilité est attestée par rhistoire. La part de toutes résulte de la somme de croyance obtenue en &' adaptant à l'état mental qui domine à un moment donné, et de même que chacune est bienfaisante tant qu'elle favorise la morale et le savoir, de même chacune peut devenir malfaisante dès qu'elle se met en retardsur la civilisation. C'est ainsi qpie le catholicisme romain , après avoir fevorisé rémancipatîon dés corps et des âmes, profite de T influence acquise pour enrayer lé progrès eU porter la décadence chez tous les peuples où il domine. Il méconnaît la liberté des âmes résultant directement d'un état social dans lequel la science et la religion se disputent la croyance, sans avoir d'autre juge que la personne. A ce juge dey opinions il est absurde de vouloir imposer une opinion. On peut donc déclarer immoral ©t funeste le principe qui institua les jésuites et les m-
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qiiisîtBQrs, gui présida aux persécotions contre la pensée, qui donna naissance an Sj^Uétfru^, enfin qui ariéta le progrès dans une mokkié de FËurope et de TAmériqua.
On Toôt que des itrois facultés capitales de la nation naît une concurtenoe fayorable .à !la civiUsation , soxeb la condition que la tolérance sociale séserve À la personne <nne complète liberté de la croyance. Cette liberté, à son tour, .^suppose que chacun peut parler, écrire et étudier à sa convenance^ elle suppose latdiecnssion en tout et -sur tout, elle met le bien dons l-indépendanue de la pensée. Ici la logique-est tellement conforme au fait que l'histoire de toutes iles nations montre la prospérité sociale toujours enraison inverse de loppression. Ilest^Faoïg exemple que les obstacles mis à la pensée,, selon «les psatiques de Philippe II, 'de Louis X;IV, de Napoléon et des papes n'aient pas propager le mal ^parmi les peuplesiet que Témancipation de la pensée telle que Ta produisit la Renaissance, la Réformeietèiib Révolution françaiBe n'ait pe» amené l'essor du bien. Ia morale veut donc que la ipersDiine milite jMnirla literté, «'instruise «dans la religion, la philesoidiie 'et ila science, afin de ^prononcer entre eUes«aRrec connaissance de cause. Mais i de ce que la peiBOone :a ;la faculté d'avoir, d'émettie et de flMLtenir .son opinion, il me s'ensuit pas qu'elle ^ut hûDJi^ement attaquer d'ime façon injurieuse liOpiBÎon'd'autrui. L'équivalence mentale des nabieaoQuiKiaterdit rà itdus la prétention de dominer mo-