LA MORALE RATION M. LLE
Les pauvres qui sont malades ou aliénés, et les criminels qu'on ne supprime point» doivent être assistés, dans une certaine mesure, aux frais de l'état, parce que, ne disons pas l'intérêt, mais la défense des autres citoyens contre mille périls très certains et très connus l'exige. - L'assistance par l'état n'a pas d'autres fondements ; son principe unique est la justice, la plus stricte justice, et l'on voit qu'elle n'exige pas peu en l'espèce, de même que l'idéal préconisé plus haut en ce qui concerne l'organisation de la pénalité échappe aisément au reproche de trop conseiller l'indulgence. Nous savons quelles difficultés il y aurait à préciser davantage, mais c'est quelque chose de poser logiquement les bases de la discussion du détail en pareille matière, et nous n'avons pas l'impudence de prétendre savoir comment l'établissement du détail pourrait s'achever.
Une question assez épineuse est celle que soulève le droit incontestable de tout citoyen à pouvoir s'élever socialement aussi bien que tout autre. La doctrine de la maximation interdit, semble-t-il, à l'état, d'agir beaucoup positivement pour assurer ce droit, car il lui faudrait pour cela trop étendre ses attributions, les étendre au delà de ses compétences et mettre la main à des besognes trop délicates pour lui. A l'initiative privée d'y pourvoir; à la société, et d'une manière générale au patriotisme, qui vit de liberté et de charité intra-nationale, de suppléer à ce que ne peut faire l'état.
Pour terminer, observons que, même si on l'en prie, l'état ne doit point accepter d'être arbitre entre les individus, les associations, les associations et les individus ; qu'il soit seulement juge î Car s'il est arbitre, et non pas seulement juge, il décide inévitablement au nom de thèses qu'il n'a pas le droit d'affirmer, lui qui n'a, moralement, d'autre droit que celui de décider si, oui ou non, devant le code de la stricte justice, une injustice a été ou non commise, va être ou n'être pas commise, et que le droit d'agir, après cela, en conséquence.
3. — Gomment donc faut-il que s'organise, au sein de la nation, la recherche de l'eudémonie, l'action collective libre, la poursuite des fins de l'ordre spirituel, la réalisation, de l'idéal
• La peine de mort n'est pas indéfendable, il le faut reconnaître. Cependant, tonte question sentimentale mise à part, nous devons la condamner pour rester d'accord avec nos principes. Voir Ethol. déduct., page 4:38.
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social que nul n'a le droit de faire régner par la force, mais que chacun, individuellement, doit prendre pour but suprême de ses efforts? Gomment peut-on jouir de tous les bienfaits de l'association sans Socialisme, et de la liberté maxima sans Anarchie ? Gomment, sans aucune concession à l'Etatisme, peut-on faire que, finalement, la nation présente l'aspect d'une société où le bonheur commun et la moralité générale soient voulus par tous, où il en soit ainsi bien que chacun soit convaincu qu'il doit être l'ouvrier de son propre bonheur et que la moralité est chose d'ordre absolument individuel ?
Voici, en principe, les moyens de suppléer efficacement à ce que l'état n'est pas en droit de faire. Que tout ce qui n'est point rationnellement de son ressort, s'opère par l'initiative privée et par de libres associations où l'on entre et d'où l'on sorte sans contrainte, et qui soient si avantageuses; si éducatrices que l'on n'en désire guère sortir quand on y est entré. Que des Sy7idicats de toutes sortes se multiplient pour parer aux inconvénients sociaux qui viennent proprement des hommes, de la tendance de l'homme à exploiter l'homme! Que des Coopératives de toutes sortes, de production, de consommation et de crédit, se forment pour lutter contre les fatalités économiques ! Que des Mutualités de toutes sortes se créent pour libérer l'homme de toutes les fatalités naturelles évitables ! Qu'il y ait partout, enfin, des Sociétés . de Culture éthique pour que l'àme humaine produise enfin la moisson de vérités pratiques et de vertus dont elle est virtuellement pleine! — Si cet état de chose se réalisait, l'égalité et la liberté, dans la .mesure où elles sont possibles, deviendraient en même temps des réalités, car chacun n'obéirait qu'où il commande aussi ; dans l'Etat que nous préférons, l'unanimité, avonsnous dit, peut être toujours présumée de toute loi ; dans le réghne social qui se juxtapose à cet état, toute décision serait aussi, bien facilement, l'expression de l'unanimité, puisque les associations dont nous parlons seraient libres, puisque la possibilité de leur donner pour rivales des associations nouvelles existerait toujours, et que le droit commun les régirait. xMais il ne faudrait pas qu'elles devinssent oppressives par la transformation d'engagements d'abord spontanés en des contrats à longue échéance garantis par des serments et par des amendes. Gombien la fraternité serait facile entre des hommes liés plutôt par le sentiment de la libre solidarité que par celui d'une contrainte
LA MORALE KATIONNELLE
LA MORALE CIVIQUE ET LA MORALE GOSMOPOLITKjUE
économique impersonnelle, et d'une contrainte politique trop
personnelle ! " , . ^
La vieille conception de la cité a fait ses preuves en bien comme en mal, en mal comme en bien. Qu'on l'ose donc juger! Il est temps que la tutelle de l'état, jadis nécessaire a un haut degré, mais qui l'est moins, soit secouée ; l'ancien serviteur, moins gênant que jadis, réclame sous le nom de Socialisme qu'on lui continue le culte superstitieux auquel il s est habitue pendant des siècles: ne cédons pas à ses plaintes hypocrites . Derrière lui, voyons des hommes qui voudraient être Louis \iv €t seraient heureux de nous persuader qu'ils sont tout le contraire de Louis XIV. L'éducation sociale du citoyen parla liberté est possible ; le signe du véritable esprit civique est l'amour raisonnable de la liberté, la volonté de se soumettre ou il est juste de se soumettre, mais pas au delà. Moralement et socialement, la liberté n'est qu'un moyen; politiquement, elle est une tin, elle est la fin. Confondre serait immoral et déshonorant. Si jamais les sociétés humaines doivent se rapprocher de la justice absolue, c'est grâce à ce qu'elles auront, d'une part réduit 1 état à son minimum, et de l'autre développé en elles au maximum le goût de la libre association. Ce ne sera pas encore le Ciel terrestre que rêvent quelques-uns, mais ce sera l'image la plus approchée de ce royaume d'Utopie dont la réalisation a pour condition fondamentale la nolonté de régler politiquement la nation
• A rexpérience sociale future de trouver le moyen de concilier les divers modes de groupements que nous ênumérons ici, et qui dans une certaine mesure s'opposent. U formule du droit nouveau qui leur conviendra --un droit à !âè de l'ancien droit, un droit d'êtres libres - para t encore fort malaisée à établir, mais qu'importe s'il est vrai que la est le ^^ai i^^^^^^^^ que de longtemps le conflit ne serait pas aigu entre les ^b}f ^^^^'^PfT^f '. Tu. Sociétés le Culture éthique de pacifier les âmes et ^ ^^^^-er les i^^^^^ qui devront régner dans l'humanité de demain! - ^^.,f ^^^^c^^^' ^^"^^^^^7: ratians et les Mt^tualités ont déjà réalisé des merveiUes par ^^ l^^^e^^e f.e Syndicalisme, et pour cause, n'a pas encore rendu des services s imposant a l'approbation de tous ; nous avons dit plus haut ce qu on en peut espérer
t Plusieurs des idées ci-dessus exposées ont été émises en 1900-1901 dans les Tnna^. de PkiL CHrét. par M. Carra de Vaux, ^ais^nous somme loin d'un accord parfait avec lui, qui va jusqu'à laisser le "toyen libre de iTabonner à la police « î Notre théorie est plutôt d'accord -J^^^^^, dont M. Gide est l'un des plus grands leaders. Si la société a ^«mr ressem Die à celle que nous rêvons, il sera de ceux dont on f ira qu'i s en ont ete ^^^^^ prophètes. Le meilleur de la gloire de Spencer sera d'avoir été 1 un des pre mierâ parmi ces prophètes.
d'après l'idéal d'une justice absolue. Le passé a fait l'âme de l'esclave volontaire contre lequel s'emportait La Boétie ; l'avenir pourra créer l'individu libre, qui n'a fait encore que s'esquisser! L'humanité parfaite, mais peut-elle être autre chose qu'une résultante? Elle sera quand les individus se rapprocheront davantage de la perfection, qu'on n'impose pas par des a lois et règlements». L'Etatisme est un contre-sens. Pour réussir, il faudrait tout au moins qu'il pût commander le sacrifice : or il y a là, c'est évident, une contradiction dans les termes ! Sous couleur de progrès, ne soyons point réactionnaires; l'avenir est aux nations qui auront su se donner l'éducation de la liberté, que ne sauraient donner la force, la contrainte, l'association qui ne va pas sans gendarmes. Le gendarme sera toujours nécessaire, mais qu'on ne lui accorde pas trop de compétences, qu'on ne lui donne jamais que des pouvoirs restreints. Pandoure n'est que Pandoure, nécessaire, mais Pandoure ! C'est pitié de voir tels penseurs éminents se consoler des injustices qu'il faudrait faire à des hommes réels, dans le présent, en songeant que d'autres hommes, dans le présent ou dans l'avenir, en bénéficieront. Mais les hommes meurent ! Mais l'espèce n'est qu'un mythe. Mais tous les individus sont des êtres à part ! N'y eût-il que ces objections contre votre justice, ô Socialistes d'état, cela suffirait. La vraie justice, ce sont plutôt vos adversaires, qui sont à leur manière des relativistes et le sont avec plus de logique que les plus relativistes d'entre vous, ce sont eux qui ont la vraie idée de la justice : leur justice est partielle, mais elle ne boîte pas; elle est effective, tandis que la vôtre, plus séduisante au premier abord peut-être, sombre dans son contraire.
Une fédération de sociétés libres avec un minimum d'état, voilà l'idéal pour toute nation. On doit travaillera le réaliser sans relâche, mais avec une prudence que nos ignorances ren^ dent obligatoire, avec l'intention fermé de préférer toujours l'évolution à la révolution.
On ne peut traiter de la Morale civique sans traiter déjà de la Morale cosmopolitique, puisque le devoir de constituer la cité repose en partie sur un devoir plus vaste ; et la première n'achève de se préciser que grâce à la seconde. A l'intérieur de la cité, tout devoir peut être appelé civique, car les obligations du
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LA MORALE HATIONNELLE