‹ La morale rationnelle dans ses relations avec la philosophic générale [microform]Chapitre 7 sur 38 · II · texte numérisé non relu

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18. La MORALE (vi), Science originale, mais divisible pourtant en parties qui rentrent dans plusieurs des Sciences énumérées plus haut ; elle comprend 4 parties :

1» Ethologie inductive, individuelle et sociale. (Sources : Psychologie, Sociologie, Biologie).

2» Ethocritique {Critique) S" Métamorale {Métaphysique)

4» Ethologie déductive. — La Morale pratique est l'une des sciences appliquées ; voir plus bas.

Pour les SCIENCES appliquées, ou SCIENCES APPLIQUÉES THÉORIQUES, TOir la

classification adoptée par M. Goblot : appliquées systématiques, temporelles, spatiales.

Pour les APPLICATIONS DE LA SCIENCE (SCIENCES APPLIQUÉES PRATIQUES), il en

existe autant qu'il existe de Sciences et de Combinaisons de connaissances scientifiques applicables à la pratique.

Les ARTS, en tant que requérant l'aide de la Science, sont des Savoirs inférieurs aux Sciences appliquées, car ils utilisent la Science pure ou théorique d'une manière empirique.

Les simples pratiques, dont les plus inférieures se nomment routines, n'ont avec la Science d'autre rapport que celui qui existe entre les inductions spontanées du Sens commun et la Science.

non-réductibilité est fort soutenable malgré la force des raisons qui conduisent à la modifier, et parce que chacune des disciplines énumérées doit historiquement une grande partie de sa prospérité à l'indépendance croissante dont elle a joui. Même, une fois la réduction opérée, et opérée après constatation de son utilité scientifique actuelle, il reste encore une hétérogénéité relative entre les objets des sept disciplines. Le nom de Sciences du Donné leur convient parfaitement, car on s'y efforce de n'imaginer que des explications vérifiables ; et quand on montre plus d'audace, on n'admet que des hypothèses dont la vérification future n'est pas impossible, ou que l'on tient, faute de mieux, mais en attendant mieux, simplement pour des expédients utiles ; on a conscience de ce que l'on ajoute, au donné, de purement symbolique, et là même on s'efforce de ne s'inspirer que des nécessités d'un Savoir tout positif. Il serait plus que téméraire de reprendre les considérations des Sceptiques sur le cercle inévitable où tournerait toute démonstration, où conduirait toute définition, pour nier qu'il existe des propositions scientifiques indépendantes de toute autre, qu'il en soit d'évidentes par elles-mêmes, et pour ramener tous les principes à de purs postulats. La Métaphysique même, forcément mystique

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d'une manière ou d'une autre, que Ton fonderait sur une théorie des Sciences où, tout concept et tout jugement étant déclarés relatifs, il serait interdit d'employer l'expression de « Sciences du Donné », serait détruite avec toutes les Sciences par cette théorie même. Quels que soient, enfin, les services que certaines de ces Sciences peuvent tirer de celles qui les suivent sur notre liste, ils sont inférieurs à ceux qu'elles tirent des Sciences qui les précèdent ; la plus indépendante de toutes est bien la Mathématique, et la plus dépendante la Sociologie, si l'on a souci — cette restriction s'impose — de remonter aussi haut qu'il est possible ; cependant M. Tarde dit avec raison que le sociologue peut se passer, bien souvent du moins, de remonter plus haut que la Psychologie; de sorte que la Biologie serait, pratiquement, la plus compliquée de toutes les Sciences.

La seconde espèce du premier genre, qui comprend toutes les connaissances que l'on peut acquérir en dégageant les conclusions des Sciences du Donné sans cependant dépasser les limites du donné, est l'ensemble des synthèses auxquelles s'élève l'esprit quand il réfléchit sur les Sciences particulières, dont chacune de son côté et dont le rapprochement donnent naissance à des conceptions d'une haute généralité. Chacune, la Mathématique ou la Psychologie ou la Sociologie comme la Mécanique, la Physique et la Chimie, a sa Philosophie particulière; et au-dessus de toutes les Philosophies des Sciences, il existe une Philosophie générale des Sciences, qui est à leur ensemble ce que chacune d'elles est à chacune des Sciences particulières. Que l'on se garde de la confondre avec la Métaphysique, dont l'objet, bien plus mince, est tout autre. Quand on oppose à cette dernière la Philosophie générale des Sciences, c'est grâce à un malentendu fort regrettable, mais qui s'explique : les métaphysiciens, trop ambitieux et d'une compétence d'ordinaire insuffisante en matière scientifique, ont souvent, entrepris de construire cette sorte de Philosophie, où la Métaphysique n'a pourtant rien à faire ; et les savants se sont trop souvent flattés de toucher le fond des choses, bien que leur office le plus élevé soit de généraliser sans quitter la sphère des apparences. Dans la mesure où les Philosophies des Sciences s'astreignent à demeurer positives et ne visent qu'à achever l'œuvre commencée par les Sciences particulières, elles sont encore, malgré leur caractère de conclusions et d'inductions hardies, des Sciences du Donné. Néanmoins, elles diffèrent assez

de celles-ci pour être classées à part. Longtemps elles ne firent guère l'objet de traités spéciaux, et on les voit encore incorporées à des ouvrages tout scientifiques ou mêlées à des chapitres de Métaphysique ; à présent, on les présente plutôt comme les substituts légitimes des anciennes Métaphysiques ou comme constituant une Métaphysique nouvelle, deux points de vue que nous ne saurions admettre. — Pour simplifier cette partie de notre liste, nous réunirons en un seul groupe, qui occupera le huitième rang parmi les Sciences, toutes leurs Philosophies spéciales. La Philosophie générale des Sciences occupera le neuvième. On remarquera qu'entre celle-ci et celles-là, il y a encore un lien génétique, et plus étroit que celui qui relie chacune des six dernières Sciences du Donné à celle qui vient avant elle.

Revenons à la première espèce du premier genre, où il est possible d'opérer une réduction, et osons tenter cette réduction. La Science moderne nous y invite, la Science moderne qui, dans ses parties les plus solides, mérite d'être appelée une expérience approfondie, plus exacte et plus assurée que l'expérience

pure et simple.

La Biologie tend à abandonner définitivement le préjugé d'une soi-disant force vitale spéciale, et le jour paraît proche où tous, les phénomènes vitaux seront tenus pour explicables, les uns par la Physique et la Chimie, les autres par des facteurs psychiques plus ou moins inconscients. — Et cette Science n'est pas la seule à paraître moins originale, à mesure que progresse l'expérience ^vante. La Physique et la Chimie, de leur côté, se rapprochent l'une de l'autre. Tant de la première explique les faits de la seconde ; tant de la seconde ne s'explique bien que par des modifications invisibles analogues aux modifications visibles qui sont l'objet de la première ; tant de la première paraît requérir, pour le déclanchement des forces qu'elle étudie, l'intervention d'actions qui relèvent de la compétence de l'autre Science ; il y a, enfin, du physique au chimique et inversement, de si continuels échanges d'énergie, décelant la possibilité de trouver pour toutes les forces des deux catégories une commune mesure, qu'il est naturel de réunir en un seul faisceau leurs lois fondamentales, et bien tentant de concevoir les énergies dont elles traitent comme des formes d'une seule et même énergie, celle de l'éther père de toutes- choses. La Science de ces lois et de ces énergies pourrait être nommée Hylologie. — A son tour, l'Hylologie, à laquelle la Biologie se réduit en par-

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tie, se ramène à la Mécanique, quand une fois on a prélevé tout le subjectif du physico-chimique pour en attribuer Tétude à la Psychologie, qui d'ailleurs ne s'achève point sans recourir aux lumières de la Biologie (Psychophysiologie) et des Sciences infra-biologiques (Psychophysique). — La Mécanique qui, si elle était parfaite, expliquerait jusqu'à la gravitation, laquelle semble dominer Physique et Chimie, est réductible elle-même, en principe, à la Mathématique, qui seule pourrait rendre intelligibles les gestes initiaux de l'éther, fùt-il admis que Téther n'a rien de commun avec toute cette matière qu'il engendre en la faisant telle qu'elle nous trompe par sa pesanteur (qualité dérivée) et nous fait croire à tort à l'existence, en elle, d'une source immédiate d'énergie K Depuis que l'on a imaginé de se représenter le temps, concept essentiel à la Mécanique, par un paramètre spécial, ce n'est plus un paradoxe que de ne voir, au fond du mécanique, que du géométrique. Or, comme il est ou sera possible de traduire algébriquement tout le géométrique, et que l'Algèbre, dont au reste l'Arithmétique n'est qu'une spécification*, est la Mathématique même : il est finalement manifeste qu'il n'y a qu'Algèbre au fond de l'Arithmétique, de la Géométrie, de la Mécanique, de l'Hylologie (Physique et Chimie), d'une partie de la Biologie, et donc d'une partie de la Psychologie, ainsi que de la Sociologie elle-même si elle n'est que Psycho- [ogie. — On peut, il est vrai, nous opposer la Géométrie pure, et certaines parties de l'Arithmétique qui ne supposent pas implicitement les principes de l'Algèbre ; nous demandons de remettre à quelques pages l'examen de cette double objection. — Quant à la Sociologie, elle n'est bien que de l'Inter-psychologie V

« Voir V Evolution de la Matière, par le D' G. Le Bon (Flammarion, Paris, 1905). Nous acceptons, on le voit, l'essentiel de la théorie du D"^ Le Bon, mais avec plusieurs réserves. L'univers commence avec l'atome, soit î Mais l'idée de Fatome et l'idée de ce dont il vient et do ce en quoi il se résout, doivent être regardées encore comme des conceptions symboliques. Il ne faut pas non plus perdre de vue qu*il est absolument nécessaire de déclarer que la somme des atomes constitués ou en voie de se faire ou de se dissoudre -f la somme de l'éther libre = constante.

2 Voir un peu plus loin la justification de cet apparent paradoxe.

3 Le sociologue dont nous nous inspirons le plus souvent, dans cet ouvrage, est M. Tarde, dont les Sociologistes abusent, quand, profitant de certains passages de son œuvre qui peuvent prêter à une équivoque, ils en font un auxiliaire de r Anti-Individualisme. L'Individualisme bien entendu est le premier et le dernier mot de sa sociologie. Qu'il nous soit permis de faire connaître, en passant, que ce grand penseur, à qui nous avions exposé, quelques mois avant sa mort, l'essentiel de notre Classification des Sciences, l'avait approuvé.

quoi qu'on puisse dire de la constance, de la singularité et de l'importance des effets produits par l'action composée des psychismes individuels, et de l'impossibilité, réelle certes, de comprendre la Psychologie de l'individu sans faire appel à rinter-psychologie. Mais on comprend encore moins celle-ci quand on l'isole de celle-là ; et l'on ne peut sortir de l'eiTibarras où l'on est jeté quand on veut pousser à bout cette idée, toute littéraire, d'âmes collectives, qui réussit d'ailleurs si mal dans le domaine de la Biologie ; en particulier, comment se représenter les intrications d'âmes collectives qu'il faudrait imaginer pour décrire une société renfermant à la fois plusieurs sortes de groupements, ce qui est le cas de toute société de quelque étendue ? — La Psychologie, enfin, est à demi Biologie ; mais la logique oblige si impérieusement de rendre compte de tant de faits psychiques (spécialement des faits intellectuels fondamentaux et des raisonnements abstraits) d'une manière purement psychologique, et aussi de tant de faits physiologiques par des agents et des facteurs psychiques, que l'on doit tenir la Psychologie, au moins en partie, pour aussi originale que la Mathématique. — En résumé*, toutes les Sciences de cette espèce (Sciences du Donné proprement dit), à part ces deux, sont des Sciences dérivées, des Sciences de Conséquences. Il n'y a de lois, au sens strict de ce mot, qu'en Psychologie et en Mathématique. Ailleurs, il n'y a que des résultats de la composition de leurs lois, et des fréquences provenant, d'une manière en quelque sorte à demi nécessaire, des interférences des actions des véritables lois. La législation de ces résultats, de ces fréquences, est ou psychologique ou mathématique ; elle est cela au fond, et n'est que cela ; mais les faits ou groupes de faits (choses) qui obéissent ainsi, de loin, aux lois fondamentales, aux vraies lois, n'ont pas en réalité de lois qui leur soient propres, et même n'ont point à vrai dire de lois, car il serait abusif de nommer de la sorte des nécessités dérivées et des fréquences. Seules, des lois que l'on peut dire originales méritent d'être appelées des lois; pour être originales, il faut qu'elles soient irréductibles, et il n'y a véritablement Science originale qu'où il y a de telles lois.

Rien n'est moins tendancieux que ces vues. Si la Science de demain doit faire au mécanisme une place plus large, notre réduction ne s'y opposera point, car elle interdit seulement que

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l'on abuse du mécanisme pour contester les droits de la Psychologie, que les biologistes respectent plus que jadis. Ajoutons qu'un dynamisme tempéré, nullement contraire à l'esprit du mécanisme, se mêle fréquemment à celui-ci, et ménage un terrain de conciliation entre psychologues et physiciens. Si la Science de demain doit favoriser l'espoir des Spiritualistes les plus audacieux, si, par exemple, la Biologie doit éclairer certains phénomènes obscurs de la Mécanique, comme telles particularités curieuses des métaux et des cristaux, on devra réduire alors, ou, si l'on veut, restituer une partie de l'Hylologie à la Biologie ; mais le rapport de celle-ci à la Psychologie ne sera point changé ; il s'aocusera plutôt davantage. Et si l'on constate que les parties les plus élevées du Savoir positif, la Psychologie et la Sociologie, peuvent rendre, à des parties inférieures de ce savoir, des services équivalents à ceux qu'elles en reçoivent, en résulterait-il un démenti à notre tableau ? Nullement. On peut donc l'adopter avec une entière confiance, car il a pour lui l'expérience future dans la mesure où l'on peut en préjuger ; il n'est opposé à aucun des progrès qui sont vraisemblables ou même simplement possibles. — Naturellement, la réduction des Sciences particulières à deux doit avoir son analogue dans le domaine des Philosophies scientifiques; et de plus il est sans inconvénient de fondre celles-ci dans la Philosophie générale des Sciences.

Il est indispensable, avant de considérer la Philosophie proprement dite, de présenter encore quelques remarques justificatives sur ce qui précède. Nous parlerons bientôt d'une Logique, d'une Critique et d'une Métaphysique constituant (avec la Morale) cette Philosophie ; chacune des trois premières disciplines, et aussi la Psychologie, qui pourtant appartient à un autre genre, pourrait sembler devoir être regardée comme la Science mère de toutes les autres. Ce serait à tort qu'on en jugerait de la sorte.

Toute pensée est, avant tout, un fait psychique, qu'il faut d'abord considérer ainsi ; mais, pris en soi, le psychique n'est cependant qu'un objet d'étude parmi d'autres. Et ce qui est proprement le psychologique, à savoir cette partie du psychique qui consiste dans l'étude du psychique, n'est lui-même qu'une région restreinte du champ de la connaissance positive. Considéré dans son rapport aux autres objets, le psychique n'est que

la forme sous laquelle ils sont donnés, et l'instrument de leur transformation en notions scientifiques. Mais cette forme n'est pas eux tout entiers, de même qu'elle n'est pas eux tout entière; et l'on peut répéter, de la forme sous laquelle ils sont pensés, ce qu'il est légitime de dire de celle sous laquelle ils sont donnés. Enfin, la Psychologie ne peut pas ne pas se reconnaître tributaire de la Logique, qui s'impose comme du dehors à la pensée prenant le psychique, ou toute autre chose, pour objet. Elle ne peut non plus refuser de reconnaître l'originalité de la Critique, qui démonte le mécanisme de l'esprit pour en pénétrer les fonctions. Et elle ne saurait absorber la Métaphysique, qui fait effort pour connaître comme être ce dont une partie du psychique, l'activité intellectuelle, est seulement la pensée. Comme la Logique, la Critique et la Métaphysique sont bien des ensembles de faits psychiques, mais ici le psychique consiste, en fait, à s'envisager lui-même comme un objet extérieur, et de points de vue supérieurs.

La Logique ne fournit que la forme la plus générale de la législation des divers Savoirs. De tous ceux-ci, l'Algèbre paraît être celui qui se distingue le moins d'elle. Mais que l'on considère la notion du rapport, qui est l'objet propre de la Logique : on s'apercevra aussitôt que cette notion domine celle de la quantité elle-même, tout comme celle de la qualité, et donc que l'Algèbre elle-même n'est pas une simple promotion de la Logique. Cette dernière est indifférente au contenu de toutes les Sciences, de même qu'elle est originale en son essence. Cela, d'ailleurs, suit de ceci. Sans doute, il n'est pas de Science qui ne soit tributaire de la Logique ; toutes la doivent respecter comme aussi les lois de toutes celles qui les peuvent précéder sur notre tableau ; mais comment réduire à la Logique des disciplines qui n'existent que grâce à des intuitions qui leur sont spéciales, et à des principes intimement liés à ces intuitions, que ces principes traduisent en jugements premiers, en axiomes propres? Nulle Science n'est à la Logique ce que la Biologie est à l'Hylologie, ou la Physique à la Mécanique ; on ne peut ramener les vérités psychologiques et mathématiques à une pure forme logique ; il faudrait, »pour cela, réduire tout d'abord la totalité des jugements synthétiques à des jugements analytiques, ce qui est impossible.

On objectera que s'il y a lieu de réduire telles et telles Sciences particulières à d'autres Sciences particulières, malgré la

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spécificité des intuitions et de sprincipes qui leur sont propres, il doit en être de même de la Psychologie, et surtout de l'Algèbre, par rapport à la Logique. Il est exact, répondrons-nous, qu'à la base de la Psychologie l'on trouve une intuition spécifique, celle du conscient ; à la base de la Mécanique, il y a celles du temps et de l'espace ; celle de l'espace est aussi à la base de la Géométrie ; et celles de l'unité et de la multiplicité concrètes sont à la base de l'Algèbre ; sans de telles intuitions, ces Sciences sont impossibles, et les principes liés à chacune de ces intuitions sont propres aux Sciences où on les emploie. Il peut donc sembler, au premier abord, que si, malgré leur spécificité, l'on démontre que la Mécanique et la Géométrie, par exemple, sont réductibles à l'Algèbre, on peut tenir aussi la Psychologie et l'Algèbre pour réductibles à la Logique. Il n'en est rien cependant.

En effet, lorsqu'on ramène tous les donnés des diverses Sciences particulières au psychique et à l'algébrique, on remplace, dans le premier cas, des faits vitaux derrière lesquels il n'y a pas de principe vital et qui n'ont rien en eux-mêmes d'original, par des faits psychiques qui, eux, sont bien réels, ou encore des faits inter-psychiques (sociologiques) par des faits inlra-psychiques qui font toute la réalité de ceux-ci ; et dans le second cas on remplace successivement, — en allant de même, mais par degrés, du plus phénoménal au plus réel, — des sensations illégitimement objectivées par des' mouvement imperceptibles, puis ceux-ci par des formes géométriques, celles-ci enfin par des équations d'où tout élément subjectif est absent et qui constituent, au point de vue scientifique tout au moins, la véritable réalité objective. — Bref, la réduction, dans ces deux cas, est parfaite et vraiment digne de ce nom, car elle se fait par des substitutions au terme desquelles le réel est atteint ; le réel, donc l'irréductible. Ici, en dépit de l'apparence, le symbolique va s'évanouissant ; pas d'artifices, pas de détours. La réduction est bien réelle, car l'on ne peut parler de quelque chose de tel qu'où l'on substitue soit du réel à l'apparent, soit du plus réel à du moins réel. Au contraire, quand on représente des raisonnements psychologiques, algébriques, ou même autres, par des calculs comme ceux que permet la Nouvelle Logique, la substitution opérée est tout artificielle bien que légitime, car on remplace du réel ou tout au moins un phénoménal ayant encore une ombre de réalité, par quelque chose qui n'est rien du tout

en soi. Quoi de plus vide et de plus irréel que la Logique? C'est précisément parce qu'elle est au-dessus de toute réalité, parce que ses principes sont la pure et simple intuition des nécessités les plus abstraites de la pensée, qu'elle est la législatrice souveraine de toute réalité. Mais réduire quelque chose à elle, y songe-t-on ! Ce serait réduire quelque chose à rien pour arriver à le connaître. S'il y avait proprement réduction à la Logique dans le raisonnement scientifique, la Science serait vaine. Et s'il fallait parler de réduction, ne serait-ce pas plutôt la Logique qu'il faudrait songer à réduire aux autres Sciences? Mais pourquoi s'obstiner à parler de réduction ? Rien ne sort de la Logique, et elle ne sort de rien. Si toutes les Sciences particulières se réduisent à deux, c'est que ces deux fournissent de quoi expliquer ce que les autres expliqueraient insuffisamment en se voulant indépendantes, tandis que la Logique, elle, ne peut rien expliquer par elle-même, rien engendrer. Deux Sciences particulières seulement sont originales, mais toutes le sont en face de la Logique, de même que la Logique ne saurait, sinon à son début, être assimilée à une autre Science. C'est à la Psychologie qu'elle se relie alors ; mais bien vite elle cesse d'être comme « la Psychologie de l'intellection normale mise à l'impératif* » ; tel est son seul point de contact avec la sphère de la Science positive, qu'elle domine au reste entièrement comme elle domine la Philosophie entière, sans être l'origine et la mère, pas plus qu'elle n'est la conséquence et la fille de l'une ou de l'autre. — Elle n'est point la mèrede la Critique, puisque celle-ci a, parmi ses fins, celle de l'expliquer si possible ; ni de la Métaphysique, qu'elle rendrait vide comme elle l'est elle-même, vide comme elle seule sait l'être sans toutefois cesser d'être légitime et utile. Le plus grand reproche que l'on puisse adresser à une Métaphysique, n'est-ce point de n'être qu'une Logique qui se prend pour la connaissance du réel ? S'engendrer elle-même, c'est la seule fécondité dont la Logique soit capable ; et encore n'y a-t-il là qu'une métaphore.

D'après ce qui précède, on ne peut invoquer la possibilité de la Géométrie non analytique, ou pure, pour prouver la réductibilité de cette Science à la Logique, dont le rôle y est, toutefois, d'autant plus grand que l'on en exclut plus soie neusement l'Algèbre. Car il est évident que malgré son haut degré d'abs-

* Voir Essai critique , p. 185.

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traction, l'objet de cette Géométrie est encore moins réductible à du pur logique que Tobjet de TAIgèbre. Comme les deux autres continus, le temps et le mouvement, et comme la multiplicité et Tunité concrètes, que l'Algèbre ne peut éliminer et qui sont la matière, vraiment objective, sur laquelle elle travaille, l'espace est une intuition que l'entendement ne saurait se donner tout à fait à lui-même, qui lui doit venir comme du dehors, et qui n'est pas de la famille des purs concepts. La Géométrie rentre d'autant plus dans la Physique qu'elle se fait plus indépendante de l'Algèbre, car alors elle n'élimine point le sensible tout à fait. Mais alors aussi il y a, par là-même, dans la Physique, une partie au moins qui n'est point réductible à l'Algèbre. Avions-nous donc tort de ramener toutes les Sciences particulières à deux seulement ? Non ; dans la mesure où la Géométrie devient une « Physique de l'espace », elle rentre en même temps dans la Psychologie, car elle devient une application de la Logique à des images dont le caractère mental prend une importance d'autant plus grande qu'on refuse davantage de les remplacer par des équations. Peu importe si ces images, nécessairement considérées comme des objets et non comme des faits psychiques, se distinguent de toutes les autres et d'elles-mêmes envisagées comme phénomènes mentaux : notre raisonnement reste valable; il ne doit pas plus scandaliser que ne fait la thèse courante de la nature psychique des phénomènes physiques. — En somme donc, la Géométrie pure, possible sans doute, ainsi que l'est toute autre application de la Logique dont la juridiction est universelle, ne fournit point d'argument contre la réduction de notre première liste à une liste plus courte. Pas plus que leur obéissance à la Logique ne fait des autres Sciences, ni même de l'Algèbre, autant de promotions de la Logique, l'élaboration de la Géométrie pure par une Logique non assistée de l'Algèbre ne fait d'elle quelque chose de tel ; enfin, pour se rapprocher de la Physique, la Géométrie pure n'en est pas plus qu'elle, qui se refuse à l'honneur d'être une Science originale, une Science de cette dernière catégorie. — La Géométrie pure consiste à traiter logiquement d'images mentales dont la nature propre impose des nécessités spéciales aux raisonnements que l'on y fait, et que rien n'empêche d'être, éventuellement, plus féconds que les raisonnements particuliers à la Géométrie analytique, laquelle est pourtant plus conforme à l'idée d'un Savoir humain parfaitement unifié. L'on oublie, en Géométrie pure, le

caractère psychique des images que l'on étudie ; on oublie même, tant cette étude est encore abstraite, le caractère physique de l'existence du spatial, que nous n'inventons pas, ou du moins pas tout à fait. Mais n'oublie-t-on pas, nous le répétons, en toute Science cosmologique, le premier de ces caractères, bien qu'il appartienne à la plus grande partie des phénomènes physiques? Et qu'importe si l'on oublie le second, puisque, si on ne l'oubliait pas, la Science ne se ferait pas autrement qu'elle ne se fait ? D'ailleurs, l'intérêt de ce dernier caractère n'est au fond que psychologique ou algébrique; car d'une partie physique n'existe pour nous que grâce à une objectivation ; et d'autre part quand notre pensée, qui est indifférente, dans son activité proprement scientifique, à la question de la réalité ou de l'irréalité de l'espace, cesse de considérer le physique à titre de sensation, le physique n'a plus qu'un intérêt pour elle, celui qu'il peut revêtir en entrant dans une Mathématique tout algébrique, où il s'évanouit.

En Arithmétique, où l'objet considéré est une matière plus subtile que celle de la Géométrie, il peut sembler que tout ne soit que pure Logique. Mais, de l'Arithmétique, on peut faire deux parts, suivant que ses procédés se rapprochent de ceux de l'Algèbre ou s'en distinguent tout à fait. Dans le pVemier cas, elle n'est bien qu'une application déguisée ou anticipée de l'Algèbre, alors même que l'arithméticien ne songerait à aucune théorie algébrique. Mais alors, l'Arithmétique est aussi éloignée de se réduire à la Logique que l'est l'Algèbre, comme laquelle elle procède en partant de jugements synthétiques a priori dont la Logique ne saurait connaître, ces jugements étant particuliers au mode d'intuition qui les motive, et donc imprévisibles pour celui qui ne considère encore que les formes les plus générales de l'activité intellectuelle. Dans le second cas, l'Arithmétique a plu^ de rapports avec fa Logique pure, qui ne la gouverne que de très haut dans le premier cas, dans ce cas qui réalise les conditions les plus favorables à une unification parfaite du Savoir humain. Mais, dans le second cas, l'Arithmétique, directement occupée de déterminations concrètes de la quantité, a pour objet des phénomènes soit psychiques, soit physiques, c'est-à-dire au fond psychiques encore (c'est toujours des états de concience que l'on compte) ; et alors elle rentre, à un certain point de vue, dans la Psychologie ; elle devient une application de la Logique à du psychique, par où il se voit qu'on ne saurait davantage la réduire

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toute entière à la Logique, qu'on ne peut réduire, à cette même Logique, la Psychologie en général et les autres Sciences; toutes sont tributaires de la Logique, mais nulle ne s'y ramène. —Bref, la Logique demeure, malgré tout, une Science particulière, celle des lois universelles et tout à fait formelles de la pensée, ainsi que des modes d'application de cette pensée aux divers domaines du connaissable, dont elle ne peut révéler les lois propres. Mais elle ne régit pas que les Sciences positives; l'étudier, c'est donc étudier une Science doublement étrangère au groupe formé par celles-ci : elle les domine et règle aussi d'autres Savoirs ; c'est bien une Science particulière, mais d'un autre genre.

On ne peut songer non plus, si l'on admet la légitimité d'une Critique des fonctions de la pensée et d'une Métaphysique, à regarder l'une ou l'autre comme la Science mère de toutes les autres, ainsi que le firent plus ou moins Kant d'une part, et les philosophes les plus dogmatiques d'autre part. Quelle réalité tirer de la première, quelles intuitions, quels principes efficaces? Quant à la seconde, elle ne devient féconde que quand on l'aborde en partant de connaissances où elle ne fut pour rien, et le plus sur de ce qu'elle fournit ne rend aucun service à aucun savant. S'il est une bonne Critique et une bonne Métaphysique, elles doivent témoigner contre la prétention de construire la Science par un processus parallèle à celui de la genèse de leurs objets et de même sens que lui. Et ces deux disciplines sont aussi très indépendantes l'une de l'autre. Car si la pensée est, au regard de la Critique, le principe des fonctions dont la Psychologie de l'intelligence expose le développement, la Métaphysique n'a point à expliquer celui-ci ; et si la Critique apporte à la Métaphysique des éléments indispensables au jugement que celle-ci doit, en fin de compte, porter sur elle-même, ce n'est pas elle qui l'engendre ; moins formelle que la Logique, elle Test encore trop pour fonder un Savoir qui aspire à étreindre le réel. .

En résumé, les seules Sciences originales, parmi les Sciences particulières, ce sont la Psychologie pure et la Mathématique, qui est essentiellement V Algèbre. La première a, pour objet, le sujet, qui est un véritable objet, car il est immédiatement saisi, saisi comme il doit l'être pour l'être dans sa réalité. La seconde a, pour objet, l'objet scientifique au sens le plus restreint du mot, c'est-à-dire le donné dépouillé de tout ce que la Science positive a le droit et le devoir de déclarer subjectif, sans qu'elle

soit d'ailleurs autorisée à poser que nulle autre sorte de Savoir ne regardera comme tout relatif encore le point de vue qui, pour elle, est absolu. Toutes les Sciences particulières positives autres que la Psychologie et la Mathématique sont des Sciences dérivées des deux premières, qui sont les seules originales au sein du genre ou elles rentrent. Ce genre se compose de deux espèces: les Sciences du Donné proprement dit forment la première avec leurs Dérivées ; l'autre est constituée par les Philosophies des Sciences et parla PhilosophiegénéraledesSciences qui en sort. Celle-ci, qui renferme tout ce qu'on peut nommer leConclu duDonné, tout ce qui ressort immédiatement du Donné, et cela seul, sert d'intermédiaire, comme il apparaît spécialement par ses rapports intimes avec la Logique et la Critique elle-même, entre les Sciences du premier et celles du second genre, entre celles du Donné et celles du Non-Donné, entre la Science proprement dite et la Philosophie proprement dite.

I III. — Deuxième moment : Classification des Parties

de la Philosophie,

Les recherches du deuxième et dernier genre, qui portent sur le Non-Do7iné, se subdivisent d'abord, non en espèces, mais en sous-genres, car les catégories qu'il faut immédiatement distinguer ici sont très hétérogènes. En effet, ce qui n'est point donné est, par rapport au Donné, du Supposé (dans le sens de vorausgesetzt) ou du Suggéré; du Supposé, quand l'esprit ne perd pas de vue le Donné et se soumet sans cesse à son contrôle tout en cherchant à le dominer, ainsi que l'on fait en Logique ou en Critique ; du Suggéré, quand l'esprit se risque à chercher quelles hypothèses tout ensemble exactes et invérifiables le Donné peut obliger une intelligence normale à tenir pour satisfaisantes. D'un mot, le Suggéré, c'est la Métaphysique, sorte de recherche où l'on espère, en dépassant délibérément le Donné, pénétrer jusqu'à la racine de son existence et de son essence, et jusqu'aux premiers principes de sa connaissance. Cette recherche diffère trop des deux autres, bien que toutes trois appartiennent à un même genre, pour qu'on l'y nomme sans la séparer de la Logique et de la Critique elle-même plus qu'on ne séparera ces deux dernières. Il faut donc regarder la Métaphysique comme l'uni-

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LA MORAIJi RATIONNELLE

que individualité d'une espèce, unique aussi, qu'il convient d'appeler plutôt un sous-genre. Ce sous-genre est celui du Suggéré par le Donné ; l'autre sous-genre est celui du Supposé dans ou par le Donné. Ces deux sous-genres épuisent le contenu du genre qui se rapporte à la connaissance du Non-Donné.

L'esprit se montre moins ambitieux dans celui de ces sousgenres qui a pour objet le Supposé. Cependant, il n'est point factice de distinguer, des Sciences du Donné, les Sciences que nous nommons a du Supposé », et qu'il ne convient pas, au reste, d'appeler des Sciences du Suggéré. Car, bien que plus proches, à certains égards, des Savoirs positifs que de la Métaphysique, elles ne sauraient se confondre avec eux. Le physicien, le chimiste, le psychologue analysent le Donné pour en découvrir les lois ; mais il serait étrange de dire que ces lois sont supposées dans ou par les faits donnés. Même abus de langage si l'on présentait les lois formelles de la Logique ou les lois fonctionnelles qu'étudie la Critique, comme assimilables à celles de la Physique, de la Chimie ou même de la Psychologie. D'autre part, eùt-'on le droit de rapporter toutes les lois positives et toutes les lois de la Logique à la constitution de l'esprit, la Critique, dont ce travail serait l'œuvre, et qui attesterait, dans ce travail même, son hétérogénéité avec la Logique, n'en resterait pas moins distinctedesSciencespositivesautantquedelaLogique,plusdistincte

même de celles-là que ne l'est celle-ci, en laquelle on ne peut déjà plus voir une Science du Donné comme les autres, bien qu'elle consiste en théories moins hardies que la plus prudente des Critiques. — Remarquons en passant que le caractère normatif de la Logique n'en constitue point l'essence; c'est une théorétique qui est susceptible de servir et qui sert à une pratique déterminée, comme toute théorétique, mais qui sert d'une manière plus constante à une pratique plus étendue que toutes les autres, voilà tout. Positive, la Logique doit l'être, et la Critique doit s'efforcer de l'être aussi ; mais quoique bien fondées à se passer d'inspirations métaphysiques et à faire valoir leurs ressemblances avec les Sciences du Donné, elles ne sont pas pareilles à ces dernières. Jamais le mathématicien lui-même, qui est, de tous les savants, le plus proche parent du logicien, ne consentira à fraterniser avec lui, avec le constructeur d'une Critique surtout, comme il fait avec le physicien et le chimiste, ou ceux-ci avec le biologiste, ou celui-ci avec le psychologue, qui se défie volontiers du pur logicien, lequel de plus en plus se

défie de lui ! — Ainsi donc, la distinction de la Logique ainsi que de la Critique et des Sciences du Donné demeure obligatoire en dépit des réserves nécessaires, autant que l'est celle de la Métaphysique et de toutes les autres recherches. Entre les Sciences du Donné et celle du Suggéré, il y a les Sciences du Supposé, fort ditî'érentes de la précédente bien qu'elles forment avec elle un genre à part, celui des Sciences du Non-Donné.

De ces réflexions il ressort, principalement, que les Sciences du Donné appellent des Sciences du Supposé ; que la Logique et la Critique sont de telles Sciences, celles-Tnêmes qu'appellent, comme complément, les Sciences du Donné. Mais il est utile de confirmer ces résultats, de les rendre plus clairs encore, et de montrer comment la Logique et la Critique complètent les .Sciences positives aussi bien objectivement que subjectivement.

Considérons d'abord la Logique. On peut, on pourra longtemps encore discuter sur la nature des lois scientifiques. Sontelles en tout ou en partie seulement d'une objectivité parfaite et leur objet constitue-t-il ou non tout le réel? Leur objectivité est-elle réelle, mais seulement approchée dans certains cas ou irième dans tous les cas? Ou encore, faut-il ne point parler de choses, réduire tout le réel au phénoménal, toute la législation desapparences à celle que nous leur imposons, et se demander seulement si la plus raisonnable de toutes les manières dont un esprit peut leur imposer des lois est celle qu'emploie spontanément notre esprit? Quoi qu'il en soit du sens que l'on croit devoir donner au mot « objectivité », il y a toujours lieu de parler d'objectivité au sujet des propositions auxquelles on juge applicable la qualification de scientifiques ; toujours, par suite, il y a lieu, pour comprendre que le réel se prête à être connu, d'admettre que sa cognoscibilité repose, objectivement, sur une législation formelle, relativement simple, à laquelle il consent à se soumettre. Autrement dit, la cognoscibilité du réel repose, objectivement, sur l'identité des lois les plus générales du Donné avec les lois de ce donné spécial qui est : l'ensemble des nécessités les plus générales de la pensée. S'il n'en était ainsi, la Science ne pourrait même pas posséder cette vérité symbolique et pratique que les penseurs les moins dogmatiques ne lui refusent pas ; elle ne pourrait permettre aucun raisonnement cohérent sur les faits, aucune prévision ; elle ne serait pas. Les Scien-

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SCIENCE, PHILOSOPHIE ET MORALE

ces du Donné, par là-même qu'elles sont possibles, supposent donc objectivement aussi bien que subjectivement, la possibilité de la Logique ; le Donné en tant que Donné suppose doublement lelogique;lelogiqueestdoublement supposé dansle Donné. Le logique doit être regardé comme V armature detoute réalité et de toute pensée, comme impliqué dans ces deux parties du Donné, comme donné, avec elles et en elles, dans le fait même de Tapplicabilité de la pensée à la réalité. L'étude du logique est donc bien immédiatement appelée par l'étude du Donné, en lequel il

est, à la lettre, supposé. ,^. - •

On voit de nouveau par là que la Logique ou Dianoetique, est bien une Science à part, et non la Science ^mère de toutes les autres ou une partie d'une autre Science, positive ou transcendante ; malgré sa positivité relative, elle demeure différente des Savoirs qui ont le Donné pour objet, comme aussi de la spéculation métaphysique, malgré son caractère de Science du Supposé ; on voit, enfin, qu'on aurait tort d'en faire une Science de l'esprit plutôt que de la nature : elle esTl'un et l'autre, et autre chose encore, sans être toutefois plus qu'un Savoir positif. Elle domine la Philosophie des Sciences, où parfois on la fait entrer ; car son objet est plus vaste que celui de cette Philosophie. Elle est intermédiaire entre elle et des systématisations plus hardies. Combien, en dépit de l'apparence, elle est plus certaine que les disciplines qui la précèdent, la Mathématique exceptée, et spécialement que la Philosophie des Sciences, où se marque au plus haut point le caractère inductif du Savoir positif, et où l'on ne se passe point d'hypothèses complémentaires qui, pour ne point faire appel au transcendant, n'en contiennent pas moins, à peu près toujours, de l'invérifiable, et du plus téméraire. En Logique, au contraire, il n'y a plus rien de symbolique, bien qu'on puisse se servir de cette Science pour réduire à des schèmes abstraits tous les raisonnements humains, et bien qu'on puisse exposer toute la Logique sous une forme simili-algébrique. En tant que la Logique formule les lois les plus fondamentale de la pensée du réel, elle ne saurait plus rien avoir de symbolique; son objet est le plus réel que l'on puisse concevoir, bien que le plus subtil et le plus mince. Ici, de plus, on ne trouve aucun postulat, car les principes de la Logique proprement dite (distincte de la Méthodologie) expriment ce qu'il y a, en l'esprit, de plus immédiatement lumineux. S'agit-il de la Méthodologie? On s'y inspire de ce qu'il y a de plus assuré dans

l'expérience positive, externe et interne, de ce qui, dans l'édification des Sciences, a reçu la consécration du succès le plus constant.

Dernières observations sur ce point. Il y a aussi un lien génétique entre la Logique et la Philosophie des Sciences, qui la précède sur notre liste, en tant qu'on peut la dégager analytiquement, inductivement, de cette Philosophie. Mais d'autre part la Logique précède, en un sens, toute spéculation humaine. Cependant, sa place n'est pas en tête de la liste, avant la Mathématique, car en tant qu'elle domine toute spéculation, elle ne commande à aucun des Savoirs qui suivent la Mathématique par l'intermédiaire d'un ou de plusieurs Savoirs, comme il arrive pour tous ceux que nous avons énumérés ; la Logique commande immédiatement à tous. Il faut donc la classer en songeant, non point à la Science qui est la plus générale après elle, mais à la nature de son objet, lequel n'est que « supposé dans le Donné ». Disons tout de suite que l'on pourrait a fortiori raisonner d'une manière analogue au sujet de la Critique, qui n'est d'aucun usage effectif dans l'élaboration du Savoir positif. Quant à la Métaphysique, elle est, à certains égards, si manifestement hors cadre, que ce n'est point sans un scrupule que nous l'avons située dans le genre qui contient aussi la Logique et la Critique : on ne peut rien tirer, de la Science qui explique tout être, pour rendre raison du phénoménal comme tel, le phénoménal fùt-il au fond, pour qui sait voir, l'être lui-même.

Quand on a reconnu l'existence de lois véritables et, en une certaine mesure, connaissables, quand on a formulé les lois logiques et aperçu leur portée à la fois subjective et objective, il n'est pas temps encore de se livrer à la recherche métaphysique. Avant de s'élever vers l'absolu pour expliquer de ce point de vue supérieur ces deux sortes de lois, bref tout le positif de notre connaissance, il faut encore résoudre cette question préalable : quel est le rapport des lois scientifiques et des lois logiques avec la pensée? Seule, la connaissance de ce rapport peut permettre de définir l'activité de cette pensée à qui l'on projette de demander le secret de l'être, et de définir la nature de ce subjectif et de cet objectif apparent dont il faut savoir l'essence et l'étendue pour aborder le problème de l'absolu, de l'absolu dont le nom, pris dans son sens strict, ne signifie rien aux yeux de la Science. — En cette nouvelle étude, à laquelle convient le

LA MORALE KATIONNELLE

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nom de Critique ou de Ncëtique, on ne doit point considérer la pensée comme une chose en soi, comme un sujet-objet, ce qui serait pour le moins prématuré, mais comme le confluent, le point d'intersection du subjectif et de l'objectif tels que les fait connaître une description totale de l'activité intellectuelle observable. Tout, dans l'esprit, est-il fonction de la pensée, ou non? Voilà la question. Elle se pose naturellement. C'est pourquoi il va lieu d'inscrire la Critique, qui l'étudié, qui se propose pour but de formuler l'essence du sujet comme tel, autrement dit l'essence de l'absolu subjectif, sur notre tableau des recherches normales. La Métaphysique, qui vise à Connaître un absolu objectif, exige évidemment, pour préface immédiate, cette Critique qui cherche le rapport de tout le subjectif et de tout l'objectif apparent de la connaissance avec la pensée, avec le sujet pur, avec ce que nous avons appelé a l'absolu subjectif ». Cette pensée est-elle une source véritable d'activité dans la connaissance? Alors celui qui la connaît, la connaissant comme active dans la connaissance, est en droit d'y voir un absolu subjectif dont la subjectivité n'est probablement pas synonyme d'existence apparente, mais d'existence réelle. Sans aucun doute, il n'est pas indifférent, pour affirmer ou pour nier à juste titre l'existence de l'absolu objectif, de savoir d'abord si, oui ou non, la pensée joue, dans le sujet connaissant, le rôle d'un principe actif. Il faut s'assurer premièrement qu'elle joue un tel rôle ; s'il en est ainsi, la conclusion métaphysique que l'absolu subjectif existe vraiment, et n'est pas seulement le dernier terme de la dialectique appliquée à l'étude de la fonction pensante, celte conclusion s'impose presque ; et il devient en même temps possible d'espérer que si l'esprit est capable de connaître l'objectivité absolue du sujet, il peut aller plus loin et savoir quelque chose du reste de l'objectif, au cas où il y aurait encore, dans la réalité absolue, autre chose que le sujet. Mais on doit s'assurer d'abord que le rôle du sujet dans la connaissance n'est pas fictif; pour cela, il faut en étudier la nature et l'étendue.

Rechercher si l'esprit est pour quelque chose dans le fait que ce qu'on nomme le Donné lui est donné, c'est poser cette question : Y a-t-il quelque chose de supposé par le lionne en tant que donné (nous ne disons plus dans, mais par le Donné ; nous disons encore « supposé » et non point «i suggéré ») ? Se demander cela, c'est poser le problème critique, au sens restreint où nous prenons ce terme. La différence de cette nou-

velle Science et de la Logique est la suivante : Tandis que la législation logique est comme intérieure à celle que la- Science découvre, d'où il appert que la Logique est bien la Science du Supposé dans le Donné (simultanéités et successions données de faits donnés), les rapports que la Critique tâche de découvrir entre la pensée et les modes les plus généraux de l'activité cognitive par laquelle elle se déploie, ne sont l'objet possible d'aucune constatation pour qui analyse les formes de la pensée et les propositions résumant l'expérience. En Science, l'expression « constater une loi » a un sens, bien que l'induction soit toujours à quelque degré hypothétique ; mais en Critique, on ne saurait employer cette expression sans abus de langage, car l'on n'y vise à connaître que ce qui est supposé par le Donné, et ce caractère de la Critique la rapproche fort de la Métaphysique. Son objet est aussi spécial que celui de tout autre savoir, de la Logique, par exemple ; mais si la Logique est telle que les logiciens peuvent toujours s'accorder entre eux, il n'en sera probablement jamais ainsi des constructeurs de Critiques, bien qu'en droit l'unanimité soit possible ici aussi. C'est pourquoi la Critique peut et doit premièrement accepter les lois formulées par la Science positive et par la Logique ; son rôle est de les expliquer, en tout ou en partie, par la pensée pure ; mais il est clair que ce genre de spéculation offre moins de sécurité que celui du physicien ou du logicien. La Critique ne s'élève audessus des autres Sciences qu'en perdant à demi contact avec les bases les plus assurées de la connaissance. Avec elle, commence la série des divergences philosophiques dont on ne peut prévoir la cessation définitive. Mais quand même il serait vrai que nul n'a esquissé les premiers linéaments de la vraie Critique, il serait téméraire de prétendre qu'il n'y a pas lieu d'en espérer l'édification. Elle a, en effet, sa place marquée parmi les recherches normales, aussi bien que la Logique et la Philosophie des Sciences, ses deux points d'appui les plus immédiats. Elle les relie à la Métaphysique, qu'elle ne suppose d'abord que comme un fait psychologique général dont il faut expliquer la possibilité et la fatalité. Comme cette dernière, on doit essayer de la construire pour apprendre si réellement elle est possible. Pas de Dogmatisme légitime, si l'on ne démontre pas que la raison est et fait quelque chose par elle-même ; pas d'Antidogmatisme légitime, si l'on ne démontre pas que la raison n'est pas : ceci serait à peu près prouvé si l'on pouvait être sur

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