‹ La morale socialeChapitre 10 sur 60 · X BENOIT MALON · texte numérisé non relu

X BENOIT MALON

intestine, et le sang des pauvres coulera comme l'eau. N'importent, quoi qu'il advienne, elle vivra même sur une pyramide de morts, la République ! Ainsi penset-il, et les jours de deuil succèdent aux jours de joie. Il décline toute nouvelle candidature et ne veut être que ce qu'il est déjà : maire du XVIIe arrondissement. En dépit de lui-même, on le charge de nouveaux devoirs. Il les accomplira. S'il est ardent, il est sage aussi. Donc pas de dictature, et le voilà luttant à la fois contre les Jacobites de l'Assemblée et les Jacobins du Conseil. Les traîtres, les parjures sont aux aguets cependant, et la forteresse inaccessible du peuple est livrée à la soldatesque des maréchaux et des généraux de Verrhuel, qui se vengent eux-mêmes en vengeant leur maître déchu. La bataille rugit de Vaugirard à Belleville et des Ternes à Charonne. Enfin tout se tait, on n'entend plus ni les tambours ni les clairons, ni le tocsin ni le canon au milieu des flammes qui consument la huitième merveille du monde. A travers le massacre et l'incendie, jusqu'à la minute où tout croule autour de lui, le terrien de la Loire à la tête d'une poignée de Parisiens qui préfèrent n?être plus que d'être les sujets d'un monarque ou la valetaille d'une caste, il lutte sans répit et sans espoir contre les innombrables brigades que Guillaume de Prusse et Bismarck ont rendues avec empressement au Néron de Marseille afin que celuici ruine de fond en comble cet inexpugnable boulevard, cette citadelle de régicides, à l'assaut de laquelle eux -et leurs sauvages et serviles Teutons n'ont pas eu le courage de monter. Abusés par les réacteurs à qui les suffrages de leurs pareils, les inconscients des campagnes, ont ouvert les portes de la Chambre « élue en

Page 1