II INTRODUCTION
tends bien, celles qui, comme l'épicuréisme antique ou l'utilitarisme semi-individualiste de Stuart Mill, abandonnent l'homme isolé aux impulsions de sa nature individuelle, plus ou moins réglée par la sagesse individuelle, et il a affirmé la morale sociale selon laquelle l'humanité organisée en un tout solidaire devient à la fois le principe et la fin de la conduite morale.
Quand Malon n'aurait fait que poser devant la démocratie, et pour elle, le haut problème moral, il aurait déjà rendu un très grand service. Il ne faut pourtant pas se méprendre. Le socialisme, tel qu'il s'affirme et se bâtit peu à peu par l'effort quotidien du prolétariat, n'est pas une sorte.de substruction grossière à laquelle s'ajouteraient jour par jour de nouveaux blocs et qui aurait besoin d'un couronnement idéal imaginé par les philosophes. Le socialisme n'a pas besoin d'allumer sa lanterne pour aller à la recherche d'une morale; il est déjà, par lui-même et en lui-même, une morale. Nous n'attendons pas de révélateur : S'il est des « âmes » qui souffrent aujourd'hui, ou prétendent souffrir, de leur propre vide et du vide de la vie, ce n'est point parmi nos militants qu'il les faut chercher. Ils ne demandent pas une foi à tous les échos ou à tous les passants : ils en ont une, et elle leur suffit poj.ir l'action : elle leur suffit aussi, dans la mesure des joies humaines, pour le bonheur.
Je dis que le socialisme est en lui-même une morale. Il l'est pratiquement et théoriquement. Pratiquement, il développe de plus en plus dans les multitudes humaines, jusqu'ici livrées à l'incohérence et à l'égoïsme des efforts individuels, l'idée de la solidarité. Certes, c'est pour le bien-être et l'affranchissement des travailleurs que les travailleurs luttent : mais ceVest point à eux, personnellement, que le socialisme leur dit de penser. Il leur