INTRODUCTION III
apprend, au contraire, qu'ils ne pourront trouver des satisfactions individuelles, fermes et durables, que dans une organisation sociale nouvelle, que cette organisation ne peut sortir que d'une évolution économique profonde, et que cette évolution, le prolétariat peut la hâter, mais qu'il n'y peut suppléer. Donc, les militants socialistes combattent-ils pour eux-mêmes, ou pour leurs camarades, ou pour leurs enfants, ou pour les enfants de leurs enfants ? Ils ne le savent point, et c'est dans cette noble incertitude qu'ils vont tous les jours à la bataille, affrontant ou les privations ou les périls.
Certes, ils ne formulent point la doctrine de la résignation ou du sacrifice : Car la résignation, quand ce n'est point à l'inévitable qu'elle se soumet, n'est que lâcheté, et le Sacrifice, quand il perpétue l'iniquité parmi les hommes, est le complice de cette iniquité. Ils ne se donnent pas non plus l'air de dédaigner le bien-être matériel : c'est celui-là d'abord qu'ils réclament. Ils laissent aux bons apôtres, rassasiés de confort, l'exclusif souci de, la vie idéale. Ils sont des égoïstes, eux, et brutalement ils veulent vivre, et bien vivre, et ils ne le cachent point et comment aboutiraient-ils, comment renverseraient-il l'ordre capitaliste, même miné par la force des choses, si leurs revendications s'évaporaient en subtilités ? Non, il faut qu'il y ait en elles l'énergique poussée des instincts élémentaires. La faim n'est pas la mauvaise conseillère dont parle le poète ; elle est au contraire la bonne conseillère : c'est elle qui> tout le long de l'évolution préhumaine et humaine, a créé ou aidé à créer les espèces supérieures et les civilisations supérieures. Le prolétariat avoue et proclame son égoïsme ; et par là, au lieu de flotter comme un lierre sentimental, il s'enracine au sol et plonge dans la nature même pour en convertir la sève en