IV INTRODUCTION
énergie de progrès. Seulement, par un vivant paradoxe,, que réalise souvent la nature humaine et que le socialisme favorise en liant le bien de l'individu à une organisation, d'ensemble, cet égoïsme du prolétariat est un égoïsme impersonnel.
Le prolétaire veut être assuré qu'il ne travaille pas pour, une chimère, qu'il ne lutte pas pour une idée creuse,] qu'un jour, sur cette terre même où il naît et où il meurt! il y aura plus de bien-être, plus d'égalité, plus de joie ; etj quand il sent qu'il a sous son pied un terrain ferme pouJ la bataille, alors peu lui importe de tomber en pleirl combat ; car si la victoire n'est point à lui, elle sera î d'autres souffrant comme lui, par qui et en qui il triorri phera.
Oui, égoïsme, mais égoïsme impersonnel : égoïsme d classe d'abord, le prolétaire se dévouant au prolétariat o il est compris ; égoïsme humain ensuite : car pour affranl cHir définitivement le prolétariat il faut le supprimer, il faut, par l'abolition des classes que crée le régime capital liste, réaliser l'humanité une, où il y aura plus de joi<3 véritable, non seulement pour les prolétaires d'hier, maà pour les capitalistes d'hier. Le prolétaire ne peut êtrâ pleinement égoïste, il ne peut se dévouer pleinement à lui-même qu'en se dévouant au prolétariat, en se suppr» niant au besoin pour le prolétariat, et il ne peut se dévouer vraiment au prolétariat qu'en se dévouant à l'huj inanité, en supprimant le prolétariat pour l'humanité! Captif, il ne peut se libérer qu'en libérant ses compagnons de chaîne, qu'en se sacrifiant même, s'il le faut, pour ledl libération : et quand tous ensemble se seront évadés de la prison, pour qu'on ne puisse point les y ramener, il faut qu'on n'y puisse ramener personne ; il faut que la prisoâ même soit détruite, et que dans la demeure joyeuse el
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libre construite par les évades, il y ait place pour les geôliers d'hier. C'est ainsi que l'égoïsme le plus strict aboutit à la générosité la plus large : c'est ainsi que le combat le plus farouche s'apaise en une définitive fraternité.
Est-ce calcul ? et ce dévouement grandissant n'est-il, en fait, dans le cœur des hommes, que de l'égoïsme prévoyant ? Ou bien les consciences individuelles sont-elles façonnées à leur insu par la loi souveraine de l'histoire, qui libère et grandit l'humanité tout entière par la révolte de la classe opprimée ? et les souffrants sont-ils, sans s'en douter, comme l'esclave qui ne peut se relever sans hausser le maître même qu'il portait ? Ou enfin le prolétariat sent-il d'emblée en lui-même l'humanité meurtrie ? voit-il au fond de sa propre souffrance la souffrance humaine ? et espère-t-il de son propre relèvement le relèvement humain ? Qui fera, dans le mouvement social, la part de ces trois forces : l'égoïsme réfléchi, la dialectique inconsciente de l'histoire, la conscience profonde de l'humanité? Qui expliquera comment l'individualité humaine peut être à la fois si close et si pénétrable? et comment il devient impossible de démêler dans le cœur de l'homme et dans le mouvement de l'histoire ces contraires ou ces prétendus contraires : l'égoïsme et le dévouement ? Celui qui aurait la clef de ces problèmes aurait le secret de l'homme et peut-être de l'univers. Le socialisme n'essaie point (et ce n'est pas son objet) d'en donner une solution théorique. Mais, pratiquement, et c'est par là qu'il est une morale, en liant, dans son effort d'émancipation, le prolétaire au prolétariat et le prolétariat à l'humanité, il exalte et concilie toutes les puissances de la nature humaine : égoïsme et dévouement, et par lui, l'appétit et le sacrifice, l'action secrète de l'histoire et l'action consciente de l'idée