INTRODUCTION VU
résoudra en satisfactions individuelles pour les prolétaires, ils ne peuvent point d'avance, même par l'imagination, délimiter et isoler dans la victoire commune leur propre victoire, et dans l'ordre nouveau leur portion exacte de jouissances et de droits. La joie, la libération qu'ils espèrent pour eux-mêmes se confondent donc nécessairement, même au regard le plus aigu de l'égoïsme le plus âpre, avec la libération et la joie qu'ils espèrent pour le prolétariat tout entier. Dans la lutte engagée entre la classe prolétarienne et la classe capitaliste, il y a des capitalistes ; à peine peut-on dire qu'il y a des prolétaires ; il y a plutôt un prolétariat, une force impersonnelle qui s'exprime par une conscience impersonnelle, par un égoïsme impersonnel. Et d'ailleurs, ce n'est pas seulement parce que, da'ns le lointain, les particularités se confondent que les prolétaires ne discernent pas, dans l'ordre futur, leur joie propre de la joie de tous : c'est parce que l'ordre socialiste est d'avance défini comme un régime d'égalité harmonieuse où les individus pourront se développer librement, mais sans jamais asservir les autres individus, et où, par suite, la vie individuelle vaudra surtout par sa joyeuse participation à la vie générale. La Société capitaliste est une mêlée ; la Société collectiviste sera un accord. Ainsi l'ordre capitaliste est châtié dès maintenant par son propre principe. Ayant surexcité et déchaîné, sans règle et sans frein, les appétits individuels^ et les forces individuelles, il pourra bien, contre le socialisme menaçant, organiser des coalitions de forces ; mais ces coalitions n'auront pas d'unité morale. Il n'y aura pas, en ces égoïsmes agglomérés, une âme de dévouement. Ou bien, si les capitalistes, pour faire face à l'ennemi commun, mettent un terme à leurs rivalités, à leurs luttes violentes ou sournoises, s'ils suppriment, par exemple, ou règlent