‹ La morale socialeChapitre 23 sur 60 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

la concurrence, ils capitulent devant le principe socialiste, c'est-à-dire devant le socialisme lui-même ; c'est-à-dire que l'ordre capitaliste porte en lui-même, quoi qu'il fasse, son arrêt de mort : ou il mourra de l'application de son propre principe, qui le livrera discordant et désagrégé aux coups de l'ennemi, ou il mourra de l'adoption du principe adverse. Ou bien il périra de n'avoir point de morale, ou bien il périra d'avoir introduit la morale socialiste, c'est-à-dire la solidarité, dans un régime social qui est essentiellement un antagonisme.

Au contraire, l'ordre socialiste, qui sera solidarité, se réalise, par une sorte d'anticipation morale, dans la conscience de ceux qui le préparent, en un sentiment de solidarité : c'est ainsi que, sans l'abolir et même en l'utilisant, il élève et transforme l'égoïsme instinctif des prolétaires.

En second lieu, si l'égoïsme capitaliste ne peut être ennobli et épuré comme l'égoïsme prolétarien, c'est que le capitalisme a, en ce moment-ci, contre lui ce que nous avons appelé la dialectique de l'histoire. Les capitalistes sentent que le Capital est menacé par son développement même, que, par le divorce croissant de la propriété et du travail, l'ordre actuel perd peu à peu sa légitimité et sa base. Ils sentent que la concentration croissante des capitaux rend possible leur concentration définitive en une seule puissance : la nation, et qu'en accumulant des régiments de salariés sous sa discipline, le Capital prépare lui-même le groupement des forces insurrectionnelles qui se lèveront contre lui. Ainsi, dans leur propre puissance, par l'ironie dialectique des choses, est enveloppée leur défaite. Ainsi le mouvement mystérieux et irrésistible de l'histoire, bien mieux, leurs propres ambitions et leurs victoires mêmes conspirent à leur ruine avec les forces grandissantes du prolétariat révolté. Ils n'ont donc pas

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