‹ La morale socialeChapitre 24 sur 60 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

contre eux une sorte d'ennemi extérieur rôdant autour de la forteresse capitaliste comme un assiégeant autour des murs de la ville. C'est au centre même de leur puissance et au cœur même de leur force qu'est pour eux l'inquiétude et le péril. Ce n'est donc pas la haine vaillante et vigoureuse de l'ennemi commun qui les rassemble : c'est une peur étrange, une sorte d'appréhension vague et paralysante comme si, pour la première fois, ils voyaient sur le rivage la marée montante venir vers eux. Oh ! cela ne les empêchera pas de lutter ; peut-être même leur peur déchaînée sera-t-elle féroce. Mais ils sentent, quoi qu'ils fassent, que l'avenir leur est ennemi.

Ils ne peuvent avoir ce bel élan de confiance et d'audace qui rapproche les cœurs et emporte les égoïsmes confondus dans le même mouvement allègre. Chacun d'eux sera incessamment ramené sur soi : — si moi du moins je pouvais me sauver ! ou si, en attendant la catastrophe commune, toujours possible, je profitais de toutes les circonstances pour assurer ou développer ma situation personnelle : Après tout, le monde durera bien autant que moi ! — Et ainsi, même dans la fureur des coalitions rétrogrades et l'emportement de la lutte, les égoïsmes capitalistes seront groupés peut-être, mais non fondus et transformés. Les socialistes, eux, ont le sentiment qu'ils marchent à la victoire, que le mouvement des faits concorde avec leur propre mouvement, que les forces de l'histoire secondent leur propre force, et dans cet élargissement de l'espérance commune, tous les égoïsmes particuliers s'agrandissent et se pénètrent. La peur resserre; l'espérance dilate. L'égoïsme capitaliste, même dans la joie de la fortune présente, est crispé par la peur. L'égoïsme prolétarien, même dans la souffrance de la misère présente, en s'ouvrant à l'espérance, s'emplit de générosité.

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