‹ La morale socialeChapitre 25 sur 60 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Enfin, il n'y a pas, il ne peut y avoir un fond humain dans l'égoïsme capitaliste. Le Capital, en approfondissant son propre intérêt, ne peut y trouver le droit humain. Certes, les capitalistes peuvent se dire qu'en servant directement leurs propres intérêts, ils servent indirectement l'humanité. Ils peuvent se dire notamment que par les grandes entreprises, dont ils retiennent presque tout le bénéfice, ils contribuent à la civilisation générale. Oui, ils peuvent se dire cela, ou le faire dire par les officieux de l'économie politique. Mais, au fond, ils sentent bien que, s'ils sont utiles, c'est par hasard et comme par ricochet, que leur but n'est point là, et que s'ils traversent parfois le courant humain, c'est comme le chien de chasse qui, acharné après sa proie, rencontre et traverse un ruisseau et y laisse au passage la poussière dont il est couvert. Et surtout ils doivent bien s'avouer qu'en fait les victoires du Capital n'ont rien d'humain, puisqu'elles font de la puissance de la liberté vraie le privilège de quelques-uns. L'homme ne vaut plus par lui-même, par sa faculté d'aimer, de souffrir, de penser : il vaut par la puissance extérieure dont le revêt le Capital. Et sans cette puissance, il ne vaut pas : iï n'a pas droit au plein et libre développement de ses énergies. Au fond du capitalisme, il y a la négation de l'homme. Selon la logique capitaliste, il est possible, à la rigueur, qu'un jour un seul homme soit propriétaire absolu de tous les moyens de production de la planète, qu'un Charles-Quint du Capital, plus ambitieux, plus heureux et un milliard de fois plus puissant que l'autre, réalise la monarchie universelle de l'Argent et que tous les hommes, tous, sauf un, soient des salariés; il est possible, selon la logique et le droit capitalistes, qu'un jour, un homme, un seul homme, maître de tout, puisse refuser à tous les autres hommes tout le sol de la

Page 1