‹ La morale socialeChapitre 30 sur 60 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

ne les réunira- t-elle pas à nouveau en une plus vaste et plus ferme synthèse ?

Ainsi c'est sur elles-mêmes que les foules misérables et

• dépendantes sont appelées. à réfléchir : c'est sur leur misère même et sur leur dépendance. Elles ne sont plus l'inerte matière pétrie par tous les événements, par toutes les dominations : elles veulent connaître la loi même des événements qui las subordonnent, l'origine, les services transitoires, la légitimité caduque, le mécanisme et l'usure des puissances qui les oppriment. Elles ne sont plus roulées comme un caillou par la force de l'histoire ; elles en comprennent le cours dans le passé, elles en pressentent le cours dans l'avenir, et ainsi, selon la.vieille maxime stoïcienne, qu'en comprenant le destin on l'abolit, le pro-

' létariat, jusque dans sa servitude présente, est libre, puisqu'il la comprend, puisqu'il en sait l'origine et qu'il en marque la fin. Il est libéré d'avance par la pensée socialiste. Et cette pensée ne lui est point une pensée étrangère, une pensée d'emprunt. Elle sort de sa vie même : et elle en est la formule. Il n'y a pas un seul incident de son existence quotidienne qui ne soit un appel à la réflexion, un commentaire de l'idée une fois comprise. Les forces colossales de l'histoire en mouvement, il les sent sur lui et en lui, et il a par là un sens historique beaucoup plus profond et vivant que celui de la bourgeoisie, immobilisée devant l'idole capitaliste comme devant l'immuable figure du droit.

C'est ce que l'éducation vraiment socialiste a de nouveau pour le peuple : la pensée se confondant avec la vie même. Certes, l'élite du peuple a toujours eu de. magnifiques échappées de curiosité. Il y a parmi les travailleurs des hommes qui d'autant plus veulent savoir, et savoir tout, que leur condition économique, leur existence

Page 1