‹ La morale socialeChapitre 31 sur 60 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

presque machinale semble leur refuser le savoir. Ils veulent môme, comme pour se dépayser, savoir ce qui est le plus éloigné et des siècles présents et de leur condition propre. Et il en est qui parviennent à organiser, à systématiser ces connaissances fiévreusement acquises. Malon en est un glorieux exemple. Mais combien de fois, dans ces sortes de voyages aventureux dans tous les chemins de l'histoire, ou même en pleine métaphysique et en pleine idéologie, s'égarent-ils et s'éblouissent-ils eux-mêmes ! Combien de fois rapportent-ils de ces lectures téméraires des pensées confuses et ambitieuses ! Et surtout, dans cette sorte de science improvisée et présomptueuse, ils n'ont pas l'air d'être chez eux ! ils sont comme un parvenu dans un palais, ne sachant trop s'ils en sont maîtres. Et ainsi cette sorte de science, qui n'est souvent que vanité, les étourdit et les trouble au lieu de les fortifier : elle les humilie au lieu de les grandir. Si le socialisme, au début, a l'air de circonscrire l'éducation du prolétariat aux questions économiques, aux questions vitales, ce n'est pas qu'il veuille restreindre les audaces, les curiosités, les fantaisies même de la pensée et de l'art. Il se propose au contraire comme fin suprême d'appeler tous les hommes à la plénitude de la vie intellectuelle. Il veut que l'univers tout entier soit l'horizon familier de l'humanité tout entière. Mais il veut tout d'abord que la science du peuple soit à lui et bien à lui. Il veut qu'elle ne soit pas en lui artificielle et factice. Elle doit être l'interprétation de sa propre vie au moment même où il la vit ; et au moment même où il souffre, la lumière de sa souffrance. Elle n'est pas un attirail d'érudition ou une complication de rêverie qui embarrasserait la marche du prolétariat. Elle est une souple et vivante armure qui ne fait qu'un avec lui. Elle est le prolétariat lui-même, conscient^

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