INTRODUCTION XVII
de soi et de son rôle. Si elle n'était qu'une imitation maladroite du savoir bourgeois, elle serait pour le prolétariat une infériorité. Au contraire, étant l'affirmation du prolétariat et de sa mission historique comprise par lui, elle lui donne sur la science bourgeoise, qui, dans l'ordre économique, n'est bien souvent qu'une scolastique vaine, toute la supériorité de la vie armée sur les formules mortes.
De là deux avantages décisifs. La pensée, confondue avec la vie et la souffrance, peut descendre jusqu'aux fonds les plus obscurs du peuple, car il y a là souffrance et vie. Dans les cerveaux assourdis par le bruit continu des tissages, en de longues et stupéfiantes journées, la pensée socialiste seule peut vibrer encore. Elle est comme une lancination cérébrale réveillant le prolétariat de sa torpeur. Le socialisme seul peut faire de la pensée dans le peuple, non une simagrée scolaire qui cesse à treize ans, quand l'enfant entre à l'atelier, mais une habitude et une vérité. Seul il arrachera à la stupidité et à la mort d'innombrables cerveaux humains, et il léguera à l'humanité future, pour ses prodigieuses audaces et entreprises intellectuelles, un peuple pensant.
Et de plus (c'est le second service rendu par le socialisme à la pensée humaine) il aura identifié la pensée et la vie. Le peuple aura contracté l'habitude de la méthode : il ne se sera abandonné qu'à l'idée bien comprise qui le prenait par le cœur et par les entrailles. Il apportera, dés lors, dans l'étude élargie de l'univers et de la vie, une sincérité profonde et un sérieux passionné. Si jamais l'humanité, qui semble retourner à une sorte d'enfance sénile et faire un hochet des croyances et des systèmes, retrouve le sens vraiment religieux de la vie et de l'univers, elle le devra à cette éducation socialiste qui aura fait de la pensée,