‹ La morale socialeChapitre 33 sur 60 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

non un jeu délicat, mais l'affirmation et l'expression de la vie.

Ainsi le socialisme, où les sots affectent de ne voir que des revendications matérielles, est un véritable créateur d'idéal. De l'idéal il ne fait point je ne sais quelle aristocratique fantaisie glissant à la surface des sociétés : il en veut faire l'ennoblissement de l'humanité tout entière, et pour cela, bien loin d'éliminer ou de dédaigner les instincts primordiaux, les appétits physiques, les tendances égoïstes, c'est" sur elles qu'il s'appuie d'abord. C'est à l'égoïsme qu'il fait appel, et cet égoïsme, il l'élargit et le transforme ; c'est aux besoins matériels qu'il s'adresse ; mais il appelle l'appétit animal qui est dans l'homme à réfléchir sur lui-même, et la pensée même prend l'humanité aux* entrailles. Ainsi ce n'est pas une humanité fictive que le socialisme aura élevée, mais l'humanité réelle, l'humanité qui est une portion de la nature. Par là le socialisme est la plus grande force morale et la plus efficace qui ait encore paru dans le monde humain. Par là aussi il apparaît qu'entre « l'idéalisme » de Benoît Malon et le « matérialisme » des marxistes il n'y a pas une opposition fondamentale de conception, mais bien plutôt une simple différence dans la méthode d'exposition. Puisque nous sommes à ce point de l'évolution historique où l'intérêt d'une classe, le prolétariat, se confond avec l'intérêt de l'humanité et où dans l'affranchissement espéré de cette classe perce l'affranchissement de l'humanité, on" peut indifféremment aborder le problème par le côté humain et moral, comme le fait Benoît Malon, ou par le côté économique, comme le fait Marx. Benoît Malon croit découvrir tout au fond de l'homme un instinct primordial et permanent, une sympathie native de l'être humain pour l'être humain, le besoin, par conséquent, pour tout individu, de multi-

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