‹ La morale socialeChapitre 34 sur 60 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

plier la joie des autres individus dont, par une tendance primordiale, il est solidaire. Et c'est cet instinct profond de sympathie qui, sous des formes diverses, lutte contre toutes les forces contraires de dispersion et d'antagonisme qui ont armé les uns contre les autres les hommes, les peuples et les races. C'est d'abord sous forme religieuse et théologique, puis sous forme métaphysique que s'est manifesté cet instinct ; les grandes religions et les grandes philosophies n'ont été que la projection, dans le vide de l'absolu, de ce besoin d'universelle sympathie, de ce pressentiment d'unité humaine qui est, dès l'origine, au cœur même de l'humanité. L'histoire et la critique ont éliminé ces formes premières, effacé ces fantômes célestes, ombre démesurée et vague de l'homme aimant et souffrant; mais cet instinct est resté, et c'est sous forme sociale qu'il cherche maintenant une satisfaction positive; c'est dans l'ordre économique, c'est-à-dire dans l'ordre de la réalité humaine et de la vie que l'instinct « altruiste » réclame et agit maintenant. Ainsi, quand Benoît Malon part de la notion d'humanité, il ne part pas d'un absolu immobile et abstrait qui serait la négation même de l'histoire, c'està-dire du marxisme; il démêle dans l'homme un instinct profond et essentiel, mais qui ne s'est jamais manifesté et produit que sous les formes changeantes de l'histoire et qui ne recevra sa pleine satisfaction que par l'évolution historique qui, en donnant à une classe, le prolétariat, une valeur vraiment humaine, abolit enfin les antagonismes économiques qui avaient neutralisé l'obscure tendance altruiste de l'être humain. Ainsi, malgré certaines formules de généralisation un peu hâtive et malgré certaines apparences d'idéologie, c'est bien dans le concret de la réalité humaine et de l'évolution historique que la morale sociale de Benoît Malon a son point d'appui.

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