‹ La morale socialeChapitre 37 sur 60 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

pouvait monter et surveiller selon certaines recettes d'utilité, comme on monte et surveille une pendule, selon certaines recettes de mécanique. Le matérialisme économique de Marx soustrait l'individu humain à la puérilité étroite du système utilitaire : car, d'une part, le milieu économique, agissant sur les hommes, détermine leurs conceptions et leur conduite, non selon leur intérêt, individuel clairement et immédiatement perçu, mais selon l'instinct et la loi de la catégorie sociale à laquelle ils appartiennent. Bien loin d'être un petit mécanisme bourgeois fonctionnant sous globe, à l'abri de la poussière et des brusques oscillations, comme l'homme-type de Bentham, l'homme de Marx est soumis à d'incalculables poussées historiques qui entraînent et dépassent le moi individuel. Et d'autre part, le milieu économique agit sur les individus humains pour déterminer, selon la catégorie économique où ils vivent, la direction générale de leur pensée et de leur vie ; mais dans cette catégorie générale de pensée et de mouvement, chaque individu humain développe sa nature propre, ici égoïste et sensuelle, là affectueuse et aimante ; en sorte que l'égoïsme économique de classe qui est, selon Marx, le fond même de l'histoire, laisse subsister les désintéressements et les dévouements individuels. Il laisse aussi, par conséquent, subsister le problème qu'a abordé Malon : Quelle est la source profonde de ces dévouements individuels ? Et comme, selon Marx, l'histoire, imitant en cela le mouvement de l'Idée hégélienne, arrivera à se nier elle-même, c'est-à-dire à abolir, par la victoire du prolétariat, l'antagonisme de classe qui a été l'histoire même, comme, par conséquent, l'humanité, réconciliée avec elle-même en un monde harmonique de production, éclatera enfin dans son unité et sa beauté, le mouvement économique lui-même nous

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