‹ La morale socialeChapitre 45 sur 60 · II. — Le Mazdéisme · texte numérisé non relu

II. — Le Mazdéisme

A côté des grandes religions indoue et égyptienne, le mazdéisme tient une place honorable. Il se distingue même par une glorification qu'on ne saurait assez admirer de l'activité humaine et du travail : en quoi il est supérieur au védisme et dépasse même l'hermétisme.

La doctrine de Zoroastre est basée, elle aussi, sur le panthéisme comme les précédentes ; mais elle est plus spiritualiste.

Nous en donnerons une idée sommaire :

L'origine des choses est dans une sorte d'indéter-

(i) François Lenormand, membre de l'Institut.

miné universel, le Zernane-Akerène, le temps sans bornes, père de toutes choses.

Du Zernane-Akerène naquirent Ormuzd, l'esprit de lumière, et Ahriman, la matière, le principe ténébreux. D'Ormuzd procédèrent l'es âmes de toute espèce, d'Ahriman tout ce qu'il y a de matériel.

Ormuzd avait créé toutes choses parfaites ; mais Ahriman a introduit le mal dans l'Univers. Et le grand combat se livre d'un côté entre Ormuzd, génie du bien ayant pour auxiliaires les sept Amschaspands, chefs eux-mêmes de la foule innombrable des Içeds, sorte d'anges, et des Ferouers (sorte d'âmes), et, d'un autre côté, Ahriman^ génie du mal ayant pour auxiliaires les sept Darvands, chefs eux-mêmes de la tourbe immense des Dœvas ou esprits du mal.

La bataille sera longue et terrible, non éternelle néanmoins, car Ormuzd l'emportera et Ahriman luimême s'amendera avec tous les siens et viendra s'absorber dans la pure lumière de l'éternelle justice et du bonheur universel. 11 en sera ainsi de tous les méchants ; après une période d'expiation, ils viendront, purifiés, réconciliés, partager la félicité des bons.

Comparez avec l'enfer chrétien, et dites si Michelet n'était pas fondé à proclamer que la religion primitive de la Perse n'a pas été surpassée.

Elle ne pouvait qu'être noble et pure, la morale d'une telle religion ; elle est, par surcroît, la morale fortifiante du travail.

Ormuzd a dit aux laboureurs : « O vous qui êtes la source des biens, si les hommes ne recherchent pas le bien, vos travaux seront inutiles. »

Lorsqu'Ormuzd fait aller en avant le laboureur, tous les biens se multiplient.

« Juste juge, dit Zoroastre à Ormuzd, quel est le point le plus pur de la loi des Ma^déens ? »

Ormuzd répond :

« C'est de semer la terre de forts grains. Celui qu-i sème les grains et le fait avec pureté remplit toute l'étendue de la loi des Ma^déens. Celui qui pratique cette loi des Ma^déens est ainsi que s'il avait donné Vêtre a cent créatures, à mille productions ou célébré dix mille prières.

« Ce que je désire, c'est que l'homme fasse le bien de cœur, que le germe de l'homme se multiplie, que son corps soit grand. L'homme fidèle à la loi peut sans crainte formuler ses vœux,, demander les plaisirs de ce monde et la gloire du ciel.

« — Je vous demande, ô Ormuzd, dit le fidèle, les plaisirs, la pureté, la sainteté; accordez-moi une longue vie bien remplie. Donnez aux hommes, ô Ormuzd, des biens purs et saints : nourrissez-les ; qu'ils vivent longtemps, engendrent toujours dans les plaisirs. »

Tel est le dogme, et le culte y correspond. Tout le culte zoroastrique,ditMarius Fontanes [les Iraniens). est dans le mot « plaire » : « Faites en sorte de plaire au feu-dieu, de plaire à Teau, de plaire aux arbres, de plaire à l'homme, de plaire à la femme pure. »

Que touchante est cette prière :

Faites, âmes des saints, que les troupeaux ne diminuent pas, que l'humanité pure ne diminue pas, que les sublimes leçons d'Ormuzd ne diminuent pas. Faites que la terre s'élargisse, que les fleuves s'étendent, que le soleil soit toujours élevé. Eloignez les méchants, faites que l'ized de la paix nous protège contre la guerre, l'ized de la libéralité contre l'avarice, l'ized de rhumilitécontrel'orgueil, l'ized de la vérité contre le mensonge; favorisez le pur contre Timpuretversez la lumière.

Voilà maintenant comment est prêché le devoir de bienfaisance :

Moi, Ormuzd, je prononce des bénédictions sur celui qui nourrit un ami et qui fait du bien ; sur le pur qui se rend encore plus pur et sur l'ami dont l'amitié est vive.

•Vous établirez roi, ô Ormuzd, celui qui soulage et nourrit le pauvre.

Labourer la terre, y semer des grains, y planter des arbres pour assainir l'air, améliorer ainsi la vie de l'homme équivaut, dira Zoroastre, à des milliers de prières ; soigner les troupeaux sera, ajoute-t-il, gagner le paradis. Aux Aryas védiques, les brahmanes prêcheront l'inutilité de la vie, la commodité de la soumission, les joies de l'anéantissement, et les laboureurs, les pasteurs et les artisans, les travailleurs de toutes sortes — vaicyas, parias — ne seront bientôt qu'une caste reléguée dans l'ignominie, incapable de secouer jamais sa honte. Les Brahmanes qui perdirent l'Inde n'ont aucune affinité avec Zoroastre qui prit l'Iran tombé et le releva par la morale et le travail ( i ).

Le Nekah ou bénédiction nuptiale, encore employée au Kirman par les sectateurs de Zoroastre, mérite d'être reproduit dans ses parties principales :

Au nom du dieu libéral, bienfaisant et miséricordieux ;

Au nom d'Ormuzd secourable;

Soyez instruit de ce qui est pur !

Faisant le bien d'une manière convenable, appliquez* vous à penser le bien, à dire le bien, à faire le bien.

... Dites la vérité au milieu des grands.

Parmi vos amis, ayez le visage doux et les yeux bienfaisants.

(i) Marius Fontanes : les Iraniens.

Ne faites pas de mal à votre prochain.

Ne vous emportez pas de colère.

... Ne vous laissez aller ni à l'envie, ni à l'orgueil, ni à la vanité.

Ne prenez pas le bien d'autrui ; abstenez-vous de la femme de votre prochain.

Fuyez les méchants.

Répondez avec douceur à votre ennemi...

Rendez-vous plus célèbre que votre père.

Ne faites point de mal à votre mère.

Comme le corps et l'âme sont amis, soyez l'ami de vos frères., de votre femme, de vos enfants.

Ainsi parlèrent les moralistes mazdéens ; mais l'on sait ce qu'il advint de leurs enseignements, quand les Perses eurent conquis la grande et amollissante Assyrie. Nous pouvons le dire, toutefois : si le hasard de l'histoire avait voulu que l'évolution religieuse des peuples occidentaux eût eu pour foyer initial soit les Védas, les lois de Manou et les S 'outras, soit les livres sacrés des Egyptiens, soit le Zend-Avesia des Perses, au lieu d'avoir la Bible de l'âpre peuple juif, la religion qui serait sortie eût été plus humaine, moins irrationnelle que le christianisme.

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