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III. — Le Confucianisme

La morale que Confucius et Mencius (i) donnèrent

(i) L'éthique chinoise est contenue dans les Tse-Chou ou quatre livres de morale ainsi divisés :

Le Ta-Hio, ou la grande étude, par Koung-Fou-Tseu (Confucius) et son disciple Thsenc-Tseu.

Le Tchoung-Young, ou l'invariabilité dans le milieu recueilli par Tseu-Rse, petit-fils et disciple de Koung-Fou-Tseu.

Le Lun-Yu, ou entretiens philosophiques; le livre de Meng- Tseu (Mencius). (Traduits du chinois par G. Pauthier.)

aux Chinois, cinq ou six siècles avant le christianisme, et par conséquent un siècle avant la compilation de la Bible par Esdras, mérite aussi une mention particulière. « La principale vertu pour Confucius, dit Janet, est la vertu de l'humanité. » Fan-Tché demande ce que c'était que la vertu de l'humanité. Le philosophe dit : « Aimez les hommes. » — Il doit aimer les hommes de toute la force de l'étendue de son affection. — L'homme supérieur est celui qui a une bienveillance égale pour tous. » Dans quelques passages, le sentiment de la fraternité est exprimé en paroles touchantes et passionnées. Le philosophe dit : « Je voudrais procurer aux vieillards un doux repos, aux amis conserver une fidélité constante, aux femmes et aux enfants donner des soins tout maternels ! » Seu-Manican, affecté de tristesse, dit : « Tous les hommes ont des frères, moi seul n'en ai point. — Que l'homme supérieur, répond le philosophe, regarde tous les hommes qui habitent dans l'intérieur des quatre mers comme ses frères. »

Depuis l'homme le plus élevé en dignité jusqu'au plus humble et au plus obscur, devoir égal pour tous de corriger et améliorer sa personne ; car le perfectionnement de soi-même est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral.

U Invariabilité dans le milieu porte qu'il y a quatre grands devoirs : l'humanité, la justice, la bienséance et la connaissance des hommes. Dans les Entretiens philosophiques., le maître nous dit : « L'homme supérieur est celui qui a une bienveillance égale pour tous, qui est sans égoïsme et sans partialité. L'homme vulgaire est celui qui n'a que des sentiments d'égoïsme, sans disposition bienveillante pour tous les hommes

en général. » [Les Livres philosophiques.) De son côté, Meng-Tseu nous répète :

Un cœur miséricordieux est le principe de l'humanité; le sentiment de la honte (de ses vices) et de l'aversion (pour les vices d'autrui) est le principe de l'équité et de la justice; le sentiment d'abnégation et de déférence est le principe des usages sociaux: le sentiment du vrai et du faux ou du juste et de l'injuste est le principe de la sagesse.

Et combien il est encore le digne disciple de Confucius, lorsqu'il affirme en ces termes l'aptitude de l'homme à la justice :

La nature de l'homme, dit-il, ressemble au saule flexible, l'équité ou la justice ressemble à une corbeille; on fait de la nature de l'homme l'humanité et la justice, comme on fait une corbeille avec le saule flexible.

Toute la morale théorique chinoise est contenue dans l'incitation aux œuvres d'humanité et de justice :

La doctrine de notre maître, dit Meng-Tseu, consiste uniquement à avoir la droiture du cœur et à aimer son prochain comme soi-même. — Agir envers les autres comme nous voudrions qu'ils agissent envers nous-mêmes, voilà la doctrine de l'humanité. « La réciprocité est la règle de la vie. »

Rien de plus moral, dans le grand sens humain du mot, n'a été dit ni dans l'Inde, ni en Egypte, ni dans la Bactriane mazdéenne. Confucius fait tout céder à ses préoccupations moralistes. Pour lui, la morale est supérieure à la nature. Il ne craint pas de dire :

Le ciel et la terre sont grands sans doute; cependant l'homme trouve aussi en eux des imperfections. C'est pourquoi le sage, en considérant ce que la règle de conduite morale a de plus grand, a dit que le monde ne peut la contenir. Quelle est donc la cause de l'univers ? — La puissance productive du ciel et de la terre peut s'exprimer par un seul mot : c'est la perfection. Mais la production des êtres est incompréhensible. Le parfait est le commencement et la fin de tous les êtres; sans le parfait les êtres ne seraient pas.

Quand il précise, Confucius n'est pas moins remarquable. Les principales vertus particulières qu'il recommande sont la force d'âme, la modération que constitue l'invariabilité dans le juste milieu, la justice et surtout l'humanité, son complément.

Telles sont les beautés morales de la philosophie de Confucius. Mencius, qui vint deux cents ans après le grand apôtre chinois de la philosophie morale, n'est pas indigne de son maître, nous l'avons déjà indiqué. Il perfectionna sa haute doctrine, s'efTorçant de la viriliser. L'originalité de Mencius, dit Fouillée, est surtout dans sa philosophie politique, qui est déjà libérale et hardie. Il appelle les tyrans « des voleurs de grand chemin» et les croit dignes de la même justice que les voleurs. Chanking Taï-Schi dit : « Celui qui a fait un vol à l'humanité est appelé voleur; celui qui a fait un vol à la justice est appelé tyran. »

Le peuple est ce qu'il y a de plus noble dans ce monde ; les esprits de la terre ne viennent qu'après : le prince est de la moindre importance.

Les moralistes chinois se tinrent longtemps dans cette voie. Dans un petit traité de morale de Kanging-pien on lit :

Suivre la raison, dit le sage, c'est avouer ne s'en écarter jamais.

On suit la raison quand on est sincère, pieux, bon ami, bon frère ; lorsqu'on a un cœur compatissant pour tous les êtres vivants ; quand on est plein de tendresse pour les orphelins, de commisération pour les veuves: quand on évite de faire le mal aux insectes, aux herbes et aux arbres.

Quand on sait être compatissant pour le mal d'autrui, se réjouir de son bonheur ; aider ses semblables dans leurs nécessités, les délivrer de leurs périls, voir le bien qui leur arrive comme obtenu par soi-même, et ressentir les pertes qu'ils éprouvent comme si on les ressentait soimême. Alors, on est révéré par tout le monde, protégé par la maison céleste, accompagné par le bonhenr et les richesses.

Un autre moraliste avait prononcé cette sentence, passée en proverbe :

Trouver à l'écart un trésor dont on soit le maître, ou une belle femme seule dans un appartement reculé, entendre la voix de son ennemi qui va périr, si on ne le secourt, admirable pierre de touche.

Pourquoi, avec une pareille morale, que ne voila aucune prédominance religieuse, la Chine est-elle restée stationnaire depuis plus de 3,ooo ans?

Parce que, ainsi que l'a remarqué Montesquieu, les législateurs chinois confondirent les lois, les mœurs, la religion et les manières, réglant tout et étouffant ainsi dans son germe tout essor individuel. Ce peuple, à l'esprit eunucisé, se défit des idées de violence, mais cultiva d'autant mieux les idées de fraude qui sont d'application générale dans le Céleste Empire.

En outre, Confucius avait dit, dans son conservatisme à outrance :

Que les choses de l'empire actuel suivent les mêmes ornières que ceux des temps passés, que les livres soient écrits avec les mêmes caractères, que les mœurs soient les mêmes qu'autrefois.

On l'a écouté, et, le manque d'une écriture phonétique, les influences climatériques et certaines particularités ethniques aidant, la Chine est restée la Chine. Ajoutons que l'étonnante immobilité, ou plutôt le recul de la civilisation chinoise, en dépit d'un si beau début, est une irréfutable preuve historique de cette vérité, fille de la gravitation, déjà démontrée en physique et en biologie, à savoir que tout ce qui ne progresse pas dégénère et meurt (i).

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