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VI. — Druidisme, Wahalisme, Odinisme, Divers

Le druidisme touche au védisme par sa théorie des transmigrations, et au mazdéisme par la bonté active de son dieu suprême :

Il y a trois unités primitives d'où procèdent : toute pie, tout bien, toute puissance et qui se résolvent en Dieu, leur foyer de développement. Il y a trois cercles de l'existence : le cercle de la région vide de Ceugant rempli par Dieu, le cercle de migration de YAbred où tout être animé procède de la mort, et le cercle de la félicité de Gwynfid. Dieu traverse le premier et les hommes les deux derniers en sortant de ÏAnnwfn (de rabaissement) pour s'élever par le perfectionnement moral à la félicité céleste.

Pour traverser le redoutable cercle d'Abred des vies d'épreuves où régnent trois calamités : la nécessité, l'absence de mémoire et la mort, l'homme a la sympathie et le secours de Dieu.

Au plus profond dans YAnnwfn, la nécessité régnait seule dans les ténèbres: dans l'Abred elle est déjà atténuée par la conscience et la connaissance qui appellent l'homme à la liberté et à la félicité. Mais s'il ne s'est pas élevé assez haut pour sortir de l'Abred, il doit mourir pour renaître à une vie de migrations et d'épreuves avant de transmigrer dans le Gwynfid.

La plénitude de la science ou la sagesse parfaite est le dernier terme au développement futur de l'homme. Il ne saurait y atteindre dans cette vie, où la mémoire de son passé lui manque, où tout commence pour lui à la dernière naissance. Ce n'est que dans le Gwynfid qu'il se souviendra et que sa haute destinée s'accomplira (i).

De l'éternel Ceugant, où il reste infini et immuable^ Dieu pénétrera de son esprit toutes les créatures du Gwynfid et les embrassera d'un lien commun d'amour et d'harmonie après les avoir aidées à éviter les pièges du génie malfaisant créateur, de l)rug(\Q mal), et à se dégager librement des liens d'Abred^ instrument temporaire et désormais brisé de l'accomplissement de ses vues providentielles (2).

De cette idée, ajoute le poète républicain, traduit par B rébœuf,

... Naît dans leurs cœurs cette bouillante envie D'affronter une mort qui donne une autre vie, De braver les périls, de chercher les combats, Où l'on se voit renaître au milieu du trépas.

(1) Voir les Bardes druidiques, par André Pezzani.

(2) « S'il faut vous en croire, les ombres, ô druides, ne vont pas chercher les demeures silencieuses de l'Erèbe, ni les pâles

Cette théogonie est certes infiniment supérieure aux théogonies juive, chrétienne, musulmane, et supporte très bien la comparaison avec le mazdéisme iranien, sur laquelle elle a même l'avantage d'être plus nettement progressiste, tout en étant basée comme elle sur cette grande conception aryenne de l'universelle rédemption finale et de la félicité suprême des mondes, après les larges épreuves, le lot de tout ce qui a eu vie. c'est-à-dire a erré et souffert. Mais trop exclusivement théogonique, extra-terrestre^ cette noble religion ne pouvait enfanter qu'une morale sacerdotale donnant trop à l'idéal divin et pas assez aux" réalités humaines. La morale qui s'en dégagea fut trop spéculative, ne se préoccupa pas assez des peuples qu'elle abandonna à la cruauté, aux extorsions d'une barbare aristocratie militaire.

Autre cause de stérilité pour cette morale sacerdotale fut le caractère presque exclusivement guerrier du panthéon druidique.

Qu'y voyons-nous ? A côté du Korydwen et de Gwyon, de Taliésin et de Teutatès altéré de sacrifices humains, se groupaient sur le même rang Camul^ le génie de la guerre ; Tarann, le tonnerre, l'esprit fulgurant qui règne dans les airs ; Belen, le soleil, « le guerrier aux cheveux d'or», qui réchauffe le cœur des braves et fait croître le blé, la vigne, les plantes salutaires. Toujours des dieux guerriers ; puis, au-dessous de ces génies supérieurs, s'agite le peuple de Gwyon et de Korydwen, les dieux de la nuit, les nains noirs et les naines blanches, les Kori-

royaumes du dieu de l'abîme. Le même esprit régit d'autres organes dans une autre sphère. La mort est le milieu d'une longue vie, » (Lucain : la Pharsale.)

gans et les fées, tous actifs, mais tous batailleurs.

Comme couronnement à cette divine exhibition guerrière, trône au sommet de la hiérarchie divine le dieu « un et triple », Hésusle terrible, « l'éternel inconnu », le seigneur de la forêt qui inspire la terreur par ses autels sauvages) que le druide même craint de rencontrer sous la sombre voûte des chênes des forêts et que les Gaulois sans peur redoutent plus que la chute du ciel, s'empressant de lui donner pour Tapaiser sa part de sacrifices humains.

Un semblable personnel divin pouvait enfanter des guerriersre doutables qui raillent la souffrance et dédaignent le repos comme chantera plus tard Lucain (i) ,mais non un grand peuple de pacifiques travailleurs, vivant unis et solidaires.

Que le druidisme ne passa-t-il un peu de son énergie débordante aux religions indoues et que ne leur emprunta-t-il iine bonne part de leur esprit de bonté, de bienfaisance et de douceur !

Le dévouement à l'amitié guerrière, le respect des femmes et une grande pureté de mœurs furent les vertus principales des Gaulois batailleurs, qui auraient été plus moraux si leurs dieux avaient été moins cruels. En est une preuve la rapidité avec laquelle ils se civilisèrent sous la domination romaine.

Plus farouches encore que ce peuple furent les Germano-Scandinaves'd'O^nz et de Thor. La guerre est grande, glorifiée, et la récompense suprême des braves, après la mort, est le Walhalla où ils continuent à se pourfendre, en s'enivrant d'hydromel et de bière.

(i) Lucain: la Pharsale.

Il est pourtant remarquable que les Scandinaves avaient des mystères analogues à ceux d'Osiris et d'Adonis. Balder le Bon (le Soleil) mourait au solstice d'hiver.

Le dieu, dit la légende, avait fait un songe effrayant : il croyait sa vie en péril . Les autres dieux du Walhalla. auxquels il communiqua ses craintes, firent tout ce qui dépendait d'eux pour les rendre vaines. A cet effet, ils firent jurer par les animaux, les végétaux et les minéraux qu'ils ne feraient aucun mal à Balder et ils n'exceptèrent de ce serment qu'une plante parasite, le gui de chêne, qu'à raison de sa grande faiblesse ils jugeaient tout à fait inoffensive. Par ce moyen, Balder était devenu invulnérable à leurs yeux et chacun d'eux se faisait un amusement de lui envoyer des traits, des pierres et toute autre espèce de projectiles qui l'atteignaient sans le blesser. Hœdur l'Aveugle (le destin) était le seul qui ne se mêlât point de ce divertissement, son infirmité y mettant obstacle.

Locke (le mauvais principe) lui offrit de diriger son bras afin qu'il jetât lui aussi quelque chose à Balder. Hœdur accepta.

Locke lui mit dans les mains le rameau que les dieux avaient méprisé et, avec son aide, Holder lança le gui fatal à Balder, qui fut percé de part en part et expira aussitôt.

Mais il ressuscitera un jour. Il n'aura pas d'ailleurs été seul à mourir. Tout doit périr un jour, hommes et dieux, pendant le triomphe momentané des puissances malfaisantes et destructives.

Tout à coup, Fenris, le loup dévorateur, brisera sa chaîne. Jormungandr ^ le serpent, sortira des mers, et

Locke, principe du mal, apparaîtra à la tête de ses bandes.

Vainement les Ases, secondés par les héros du Walhalla, feront-ils assauts de' prouesses ; tous succomberont, vainqueurs et vaincus, dans la plaine de Wigrid. Odin lui-même sera englouti par le loup Feuris. Une fumée épaisse enveloppera la terre ; les flammes gagneront le fameux frêne arbre Yggrasih, dont les racines pénétraient jusqu'au Niflheim, au Jotunchcim, au Godheim ou Asgard, et dont le sommet atteignait les cieux; l'univers embrasé disparaîtra dans les mers.

Mais la mort n'est que la transfiguration des choses. Un monde détruit est un monde qui veut renaître. Après la grande catastrophe, une nouvelle terre, une nouvelle race surgiront. Plus de géants, plus de monstres. Tous les dieux ressusciteront, sauf Odin et Thor. Mais Balder et Hœdur remplaceront Odin ; Modi et Magni, fils'de Thor, remplaceront leur père, et, comme lui, sauront manier Miollvis, la bonne massue. Plus de Walhalla, mais, à sa place, d'autres séjours, plus attrayants encore, pour les bien-heureux (i).

En somme, comme dans le mazdéisme, il y aura un combat long et acharné entre le bien et le mal ; le mal ne triomphera que momentanément et sera vaincu par le bien. Mais rien de la haute morale zoroastrienne ni de la bonté aryenne. La vaillance guerrière allant jusqu'à la férocité, la pureté, la fidélité à la haine et à l'affection, un respect très grand de la femme sont les seules vertus honorées dans

(i) A. Genty : Histoire des mythologies.

YEdda (i). La religion odinique ne pouvait guère en inspirer d'autres.

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