‹ La morale socialeChapitre 5 sur 60 · BENOIT MALON V · texte numérisé non relu

BENOIT MALON V

bouclé sa ceinture et le bâton de voyage à la main, il se dirige vers le septentrion. Exténué par quinze jours de marches et sans un liard en poche, en septembre 1 863, il entre à Paris... A présent, nobles et bourgeois fainéants, écoutez un peu cette odyssée, cette iliade ; on dirait d'une féerie. Homme de peine ayant connu les jours sans pain et les nuits sans abri, puis auxiliaire teinturier sur les bords de la Seine, à Puteaux, il gîte dans un taudis, se loge en une mansarde de six pieds carrés, et c'est là sur un dur grabat où ses membres endoloris se délassent à la fin de la journée, qu'à peine éclairé, la nuit, par la lueur fumeuse d'une chandelle de suif enfilée dans le goulot d'une bouteille placée celle-ci sur une planche assujettie au châlit, entre deux chaises dépaillées, il se brûle les yeux, jusqu'à l'aurore, en des lectures forcenées et qui lui profitent si bien qu'en 1 865 ses camarades de travail et de misère, reconnaissant en lui le plus apte d'entre eux à défendre leur cause, le délèguent auprès des patrons et le nomment chef de grève. Il s'acquitte à merveille de ce premier mandat renouvelé en 1866, et ne tarde pas à se servir d'outils autres que ceux par lui jusque-là maniés. En 1867 et 1868, il envoie, encore inexpérimenté dans sa nouvelle profession, une série de correspondances ouvrières à la Mutualité, force articles au Courrier français et s'affilie, impatient de plus hauts combats, à X Internationale, dont le siège n'est pas encore dans la rue delà Corderie, mais dans celle de Gravilliers.

On le dénonce. Il est empoigné, jugé, frappé, puis incarcéré. Trois mois durant, il en manipule des bouquins, il en avale sous les verrous ! A peine sorti de sa geôle, il se remet en dansé, propage ses idées de

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