‹ La morale socialeChapitre 53 sur 60 · KANT, FICHTE, RENOUVIER, LANGE, JANET · texte numérisé non relu

KANT, FICHTE, RENOUVIER, LANGE, JANET

Le grand et profond philosophe moraliste de Kœnigsberg s'attache tout d'abord à débarrasser la morale de tout eudémonisme, de tout motif intéressé.

Ces définitions sont à ce sujet d'une sévère précision.

La bonne volonté d'un homme, ou la vertu en général, est l'intention désintéressée, dominante, d'agir d'après les lois de la moralité. Toute intention et toute action où l'utile et l'agréable sont sacrifiés à la valeur externe sont vertueuses. Les actions qui n'ont d'autre but que l'utile, que l'agréable, ne sont pas vertueuses, quand bien même elles pourraient n'être pas précisément vicieuses. Elles se font non par devoir, mais par prudence.

Il insiste ; pour lui, la morale est une obligation morale, et l'obligation morale est le devoir de faire ce qui est conforme à la loi rationnelle et d'omettre ce qui y est contraire.

D'où vient maintenant cette loi rationnelle ?

L'être raisonnable, nous dit Kant, appelle sa causalité une volonté en tant simplement qu'il est membre du monde intellectuel. Or le monde intellectuel contient le fondement du monde sensible, par conséquent aussi de ses lois. Je dois m'y conformer et, comme intelligence, me reconnaître soumis aux lois du monde intellectuel, comme à des impératifs (limitant les mouvements sensibles) pour moi et les actions conformes comme des devoirs.

Ainsi le motif moral initial émane des insondables profondeurs de l'abstrait ou de la raison pure et n'a pour point d'appui que le fond mouvant de la conscience, de la conscience qui n'est qu'un processus.

Schopenhauer n'a-t-il pas raison de dire que la morale kantienne est, en dernier ressort, une fille de la morale théologique ; que, comme cette dernière, elle est une morale d'esclave, obéit à un commandement. Cela est tellement vrai que Kant, trahissant sa critique philosophique, en arrive à dire que la morale a trois postulats :

i° V immortalité de l'âme, découlant de la condition pratiquement nécessaire de la conformité de la durée pour l'accomplissement de la loi morale ;

2° La liberté, découlant de la supposition nécessaire où est l'homme du monde sensible, quant à la faculté de déterminer sa volonté, d'après les lois d'un monde intelligible ;

3° Inexistence de Dieu, découlant de la nécessité de la condition d'un monde intelligible^ par la supposition d'un bien suprême absolu.

Ces postulats découlant de « suppositions », de « nécessités », sont ce qu'il y a de plus arbitraire, et Kant a infirmé son éthique, en voulant à toute force la faire reposer sur des bases théologiques, spiritualistes et métaphysiques, que lui-même reconnaît seulement « supposables » et « nécessaires », c'està-dire incertaines.

En outre, n'est-ce pas là ouvrir la porte aux sanctions extra-terrestres et donner une récompense pour but à l'obligation morale qu'on nous a dit pompeusement avoir pour objet non pas de nous rendre heu-

reux, mais de nous rendre seulement dignes de l'être (i)?

Comme plus solidement assise est la morale altruiste: sociale dans ses origines, sociale dans sa destination !

Kant est plus heureux, son point de départ étant admis, dans le choix des formules générales dont il se sert pour envelopper ses préceptes moraux.

Toutes les actions moralement bonnes doivent dériver des lois morales que nous prenons pour maximes, et les lois elles-mêmes doivent émaner du principe suprême de la moralité qui veut universellement et nécessairement. Ce n'est qu'à cette condition que les actions des hommes auront des règles certaines et déterminées. Ce principe général suprême peut être exprimé de différentes manières, mais qui ne diffèrent point quant au fond.

I. Agis d'après des règles et des maximes telles que tu puisses vouloir qu'elles soient érigées en lois générales pour toi et pour tous les autres hommes. Si, par exemple, nous ne pouvons jamais vouloir que ce soit une maxime générale parmi les hommes de tromper, de voler, d'abréger sa vie par l'intempérance, nous rejetterons cette maxime comme moralement mauvaise.

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