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CONCLUSION GÉNÉRALE DV RÈGLEMENT DES INSTINCTS PERSONNELS

Notre examen des sentiments personnels et des règles sociales auxquelles il faut les soumettre étant terminé, considérons, à nouveau, l'égoïsme dans son ensemble pour déterminer la discipline générale qui lui convient.

Nous sommes alors frappés par cette constatation que la morale positive est non moins éloignée du mysticisme, qui constitue l'oppression de la raison par le sentiment, que du matérialisme, sous l'empire duquel le sentiment est opprimé par l'intelligence.

Cette morale ne s'acharne pas dans une lutte implacable et vaine contre les instincts personnels ; elle se propose plutôt deles subordonner aux instincts sociaux et prescrit seulement de ne pas se complaire dans leur satisfaction nécessaire.

En dehors de ces satisfactions légitimes, mais

passagères, des instincts égoïstes, il faut toujours s'efforcer d'écarter les images et les idées correspondantes que la fermentation cérébrale pousse trop souvent au premier plan, dans l'activité journalière, et de leur substituer des sentiments sociaux.

Nous devons, sous ce rapport, nous montrer aussi vigilants que nous le sommes habituellement pour éviter les dangers qui menacent notre santé corporelle ou qui peuvent nous occasionner des douleurs physiques.

La purification des instincts personnels doit être poursuivie par des efforts quotidiens ; car il n'y a pas de petites victoires en morale, et l'occasion s'offre rarement d'accomplir un effort héroïque. D'ailleurs, comment l'accomplirait-on, si l'on est ordinairement enclin à la mollesse morale ?

L'habitude seule nous détermine dans le cas d'un événement inattendu, et l'habitude résulte de la répétition des mêmes actes.

La nature ne fait pas plus de saut dans l'évolution morale que dans l'évolution organique, et, selon la juste remarque de Duclos, « le préjugé est la loi du commun des hommes ».

Toute la discipline des instincts personnels consiste donc à communiquer à l'enfant, et entretenir chez l'homme, des préjugés sociaux, sous l'influence desquels ils conçoivent une répulsion spontanée pour les grossiers intérêts et pour toutes les mauvaises actions.

« Il n'est pas niable que l'homme prenne aisément

de mauvaises habitudes, disait Auguste Comte. Pourquoi n'en prendrait-il pas de bonnes? » (1).

Pour atteindre ce dernier but, il est désormais superflu de recourir aux vaines terreurs, ou aux promesses illusoires de la théologie, d'ailleurs impuissante à se faire croire.

Une bonne éducation — le fait n'est plus douteux — peut beaucoup plus sûrement être instituée avec des moyens purement humains, tels que les sages conseils, les bons exemples, la modération dans les appétits, la sobriété, la pudeur, la patience, la modestie, l'éloignement des méchants et des vicieux, les relations choisies, le respect des hommes équitables, utiles, bienfaisants, le désir de les imiter, les bonnes habitudes, en un mot, dont Aristote confondait si justement l'institution avec celle de la morale ellemême (2).

Bref, la règle générale de l'égoïsme se résume, d'après Auguste Comte, dans cette formule :

Vivre au grand jour.

C'est la consécration de la sagesse universelle ; les grands moralistes, de tous les temps et de tous les lieux, ont, d'une manière plus ou moins explicite, abouti à la même conclusion.

Pythagore, notamment, pensait comme Auguste Comte, lorsque, dans ses Vers dorés, il écrivait :

(1) Philosophie positive : vol. V, p. 149.

(2) La Morale : liv. II, chap. I»"^, paragraphe I".

« Ne fais rien de vil, que tu sois seul ou avec d'autres ».

Et Confucius ne concevait pas la morale personnelle autrement, lorsqu'il disait :

« Prends bien garde de ne rien faire dans le lieu le plus secret de ta maison dont tu puisses rougir ».

Il ne faut donc pas hésiter à chasser de son âme la dissimulation, la fourberie, l'hypocrisie.

Toutefois, la règle fondamentale de tous les instincts personnels, semblable à toutes les règles scientifiques, n'est pas absolue. On l'appliquera avec une suffisante sagesse, si l'on considère que la vie privée ne doit pas être soustraite à l'appréciation publique, et si l'on évite le dualisme moral, à l'inverse de Montaigne qui, sous la pression des nécessités de son époque, conseillait à l'homme c< de se faire une arrière-boutique pour établir sa vraie liberté », et « de faire, comme les animaux, qui effacent la trace à l'entrée de leur tanière ».

Au surplus, l'obligation de vivre au grand jour peut ne donner que des résultats purement négatifs et ne produire que des hommes sans défauts ; elle ne résume la morale personnelle qu'à la condition d'être complétée par le concours des sentiments bienveillants et par le développement dès qualités effectives qui sont beaucoup plus importantes dans la vie sociale.

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