CHAPITRE III
Devoirs conjugaux.
Le mariage est un devoir social ; il nous est imposé par le besoin physiologique correspondant à la conservation de l'espèce et par la nécessité de compléter notre éducation morale qui, sans cette épreuve, reste généralement insuffisante.
Toute la morale conjugale est dominée et pour ainsi dire synthétisée par cette belle formule, proposée comme règle par Auguste Comte :
L'homme doit nourrir la femme (1).
Cette règle implique le maintien de la femme au foyer domestique et sa libération de l'activité extérieure qui doit être réservée à l'homme.
Le foyer domestique est la place naturelle de la femme ; elle est chargée de l'administrer, d'y faire régner le bon ordre, l'économie, la prévoyance, l'agrément et les attributions biologiques, spéciales à son sexe, l'obligent à y demeurer pendant toute la
(1) Politique Positive : vol. I, p. 248.
durée de sa fonction maternelle : gestation, parturition, élevage et première éducation des enfants.
A toute époque, l'élévation morale des peuples a, pour commune mesure, l'amélioration de la condition des femmes.
Béte de somme dans les hordes primitives, esclave, généralement, dans les anciennes civilisations de l'Orient, même en Judée, où la doctrine la représentait comme la source de tout mal, de plus en plus émancipée, en Grèce, à Rome, puis dans le régime catholico-féodal, et dans les sociétés occidentales contemporaines, la femme est devenue de plus en plus libre et respectée ; mais elle est aussi devenue de plus en plus femme, c'est-à-dire de plus en plus investie des fonctions sociales propres à son sexe.
Les mœurs industrielles modernes, qui tendent à la transformer en concurrente de l'homme pour l'activité, représentent une rétrogradation, d'autant plus déplorable qu'elle a pour conséquences la désorganisation de la famille et la déchéance de la race.
Au contraire, le foyer domestique, avec tous les charmes que la femme y apporte, constitue si naturellement le théâtre normal de son activité, que, dans les familles riches ou de modeste aisance, dans lesquelles les femmes sont dispensées de tout souci matériel et peuvent librement suivre leurs vocations spontanées, il est bien rare qu'elles aspirent à jouer un rôle extérieur. Les mieux douées deviennent plutôt les collaboratrices de leur mari, comme le furent M">« Lavoisier, M^n^ Condorcet.
Préoccupé de contribuera l'évolution continue de la femme vers une plus digne diflérenciation et une émancipation plus complète de tout labeur étranger à sa fonction naturelle, Auguste Comte a même assigné comme idéal, à la morale conjugale, la suppression des dots féminines qu'il regardait comme un vestige humiliant de la vénalité primitive des femmes.
La dot, en effet, n'est pas une obligation légale ; elle n'est, nulle part, imposée par aucun texte ; c'est une survivance des mœurs grossières des premiers âges ; elle ne peut donc être modifiée que par les mœurs, c'est-à-dire par l'adoption et la pratique d'une morale plus parfaite que celle qui dirige aujourd'hui la portion la plus avancée de l'Humanité.