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CHAPITRE V

Nécessité de la stabilité et de la durée de la vie domestique.

Mais la morale domestique est tarie, dans sa source, elle avorte misérablement, si la famille manque de stabilité ; l'heureuse influence qu'elle peut exercer sur l'homme, sur la femme, sur les enfants, n'est plus qu'une chimère insaisissable, si le lien conjugal n'est ni exclusif, ni indissoluble.

C'est pourquoi la morale positive a toujours répudié le divorce.

Dans ses attaques philosophiques contre cette institution, Auguste Comte a, en effet, été précédé par des penseurs de diverses origines, notamment par David Hume, par M'"« Necker, par de Ronald.

Mme Necker, surtout, a merveilleusement mis en lumière les inconvénients du divorce dans un opuscule trop peu connu, composé en 1793, au lendemain de la promulgation de la loi qui l'introduisait

en France, en montrant que la stabilité conjugale doit être maintenue :

1" Dans l'intérêt du bonheur des époux qui, se sentant libres de briser leur union, s'abstiennent de ces concessions mutuelles qui finissent par établir l'unité dans le dualisme conjugal, et qui, au lieu de corriger leurs incompatibilités d'humeur, les entretiennent et les enveniment ;

2" Dans l'intérêt du bonheur des enfants, dont l'éducation, d'abord viciée par le spectacle quotidien des discordes intestines, se trouve ensuite privée, par le fait du divorce, de la tendresse vigilante de l'un de leurs ascendants, et quelquefois de l'un et de l'autre, quand le jugement exécutoire ordonne leur placement dans une maison neutre, ou quand une nouvelle union de leurs parents les met en rivalité avec d'autres enfants ;

3<* Dans l'intérêt du bonheur des vieillards qui, au déclin de la vie, ont besoin des consolations de l'amour filial et des secours que leur inaptitude à l'activité ou leurs infirmités rendent souvent nécessaires ;

4° Dans l'intérêt des bonnes mœurs, enfin, qui, sous tous les rapports, ne peuvent être que corrompues par l'instabilité des familles (1).

La stabilité de ces dernières est, d'ailleurs, si naturelle que, selon la juste remarque d'Auguste Comte,

(1) Réflexions sur le divorce, par M"" Necker, publiées par M. DE Lescure, rééditées par Jouaust. Paris, 1881.

les unions, même illégitimes, tendent à prendre un caractère permanent, tellement la perpétuité du lien est dans la nature même de l'union conjugale.

En s'opposant à la liberté du divorce, la morale positive ne porte donc atteinte à aucune liberté respectable.

Au surplus, rien ne s'oppose à ce que le principe du divorce soit maintenu dans les lois ; mais il n'en devrait être fait application que dans des circonstances exceptionnelles et les tribunaux devraient se garder d'en accorder, aussi libéralement et aussi complaisamment, pour de futiles motifs, le bénéfice aux indisciplinables ; car, selon la spirituelle expression de Pierre Laffitte, c'est de la fausse monnaie qu'on remet ainsi dans la circulation.

« Le divorce facile est un malheur pour une nation », dit le président Roosevelt ; il n'est légitime que dans le cas d'immoralité notoire de l'un des deux conjoints, parce qu'alors l'époux indigne constitue pour la famille un élément de contagion, dont il est nécessaire de préserver la collectivité domestique, dans l'intérêt même de la société générale.

De toute manière, pour apprécier sainement la question du divorce, aussi bien que toutes celles que peuvent soulever les relations domestiques, il ne faut jamais oublier que la tendance continue de l'évolution humaine a eu pour objet de subordonner graduellement la famille à la société. Par exemple, on a successivement réglé, dans l'intérêt social, les

conditions et les formalités du mariage, les devoirs et les droits respectifs des époux, les droits et les devoirs respectifs des parents et des enfants, les successions.

Conformément à cette loi universelle et séculaire, la morale domestique, elle-même, doit donc être subordonnée à la morale civique.

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